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Nous croyons qu’il serait intéressant d'exposer maintenant l’œuvre de certains de ces welfare workers de la vieille souche tels que nous avons pu les voir au travail ; et pour cela nous envisagerons quelques firmes anglaises où ils sont en fonction, et nous étudierons en même temps les œuvres sociales qu’ils dirigent.
Nous croyons devoir tout d’abord citer la manufacture de cacao Cadbury située tout à côté de Birmingham, car elle est, en Angleterre, le type de la grande firme développant perpétuellement ses œuvres sociales, mais toujours fidèle au vieux système. Ici, en effet, le welfare worker ne consent à s’occuper de l’ouvrier que lorsque celui-ci à fini son travail.
L'œuvre sociale la plus importante de cette grande compagnie est la cité de Bournville ; c’est une cité ouvrière fondée en 1879 par M. Georges Cadbury qui en resta propriétaire Jusqu'en 1900, époque à laquelle il transféra tous ses droits à un groupe de « Trustees » qui eurent en même temps la charge de l'administration et de l’entretien. Dans l’acte de cession, M Cadbury eut soin de stipuler ses conceptions et ses idées en ce qui concerne le développement de cette petite ville. Ce fut donc grâce à ses indications qu’elle prit un aspect aussi champêtre. Cette cité est considérée comme un modèle du genre. Elle occupe une superficie de 220 hectares dont 55 seulement sont construits. Les cottages sont isolés au milieu d’un jardin qui donne sur des rues de plus de 12 mètres ; chaque habitation comporte en général 6 pièces comprenant 2 salons, salle à manger, trois chambre à coucher et une cuisine, ainsi que les dépen-
dances ordinaires, salles de bains, ete On trouve aussi, çà et là, des jardins publics et des terrains de récréation, ouverts à tous ceux qui désirent en profiter. Une seule grande maison fut construite, Saint-Georges’Court qui abrite un club féminin où peuvent loger les dames seules. Ce club organisé en société coopérative offre aux pensionnaires une chambre à coucher et une autre pièce servant de petit salon. D’autres bâtiments plus modestes contiennent des écoles primaires ou des ateliers d’apprentissage. Enfin, l’adnunistration municipale est con fiée au Conseil de la cité de Bournville qui est un corps élu par les habitants.
En ce qui concerne l’usine Cadbury proprement dite, on a coutume de dire que c’est une usine dans un jardin. En effet, les bâtiments sont entourés de verdure et bornés par d’opulents gazons qui rendent leurs abords gais et champêtres. Pour pouvoir vraiment créer cette « usine dans un jardin », M. Georges Cadbury n’hésita pas en 1879 à transplanter de Birmingham à Bournville l’usine et ses dépendances ; à cette époque, bien des gens crurent que cette transplantation entrainerait la chute de l’industrie. Deux chiffres suffisent pour démontrer que ces craintes étaient vaines : l’usine employait alors 230 ouvriers ; à l’heure actuelle, elle en occupe 11.000. Ce transport des ateliers à la campagne fut une opération très salutaire pour les ouvriers, mais la jeunesse en profita surtout car elle put se développer ainsi plus normalement au grand air. La sollicitude dé M, Cadbury pour l4 jeunesse a toujours été proverbiale ; l’éducation a été une de leurs œuvres favorites. Ainsi, ils obligent tous les ouvriers ayant normalement terminé leurs études, mais n’ayant pas atteint 18 ans,
à fréquenter l’école dite Day continuation School, où on leur offre une éducation postscolaire qui a pour principal but de former et de développer leur intelligence.
L'esprit dans lequel sont faites les classes est essentiellement britannique car si le personnel enseignant est fourni par les autorités locales, le genre d’enseignement est à la discrétion de l’industriel. C’est à dire qu’il peut imposer un enseignement soit professionnel, soit de formation générale. À Bournville, c’est cette dernière solution qui est adoptée ; en effet, la brochure sur l'éducation postscolaire la définit ainsi : « Les classes ont pour but de fournir une éducation libérale qui élargira l'esprit des élèves » Le simple énoncé d’un certain nombre des matières montrera que cette éducation a surtout en vue la formation générale. En voici quelques-unes : Anglais, histoire, mathématiques, éducation physique, etc.
Lorsque le cycle des études est terminé, c’est-à-dire lorsque les ouvriers ont dépassé 18 ans, on essaye encore de prolonger les bienfaits de cette éducation, mais d’une façon différente ; en réunissant périodiquement les anciens élèves sous prétexte d'approfondir certaines questions. À chaque week end, les hommes par exemple se retrouvent dans une école publique du voisinage où ont lieu des conférences.
Il en existe aussi une autre plus technique appelée l’éducation préparatoire au travail ; elle est donnée pendant la première semaine après l'embauche. D’après ce système qui rappelle beaucoup celui employé en Amérique pour l’introduction de l’ouvrier au travail, au lieu de mettre les nouveaux venus directement à
leur machine dans l’atelier, on leur fait suivre une classe dite classe d'initiation où on leur explique succinctement les règlements de l’usine, l’organisation des ateliers, et où on leur enseigne des questions ayant rapport à l’industrie telles que : l’hygiène à l’usine, la santé, les règlements du travail, les dangers de l’industrie, ete. Enfin, pour compléter cet ensemble éducatif, nous trouvons toute une organisation qui peut donner aux jeunes gens la formation professionnelle qu’ils désirent.
L'organisation de tous ces couts, tant professionnels que généraux, exige une besogne matérielle importante qui est remplie par |’ « Education Office ». Ce service surveille les absences et les progrès des élèves. Il place employé dans la classe qui lui convient le mieux sans que cela puisse gêner la marche des services. Cet « Office » a, par conséquent, un travail important de sélection et d’organisation à accomplir ; 1l le fait en collaboration avec le service social.
En principe, l’éducation physique fait partie, nous Pavons vu, du Day continuation school et, par conséquent, n’est plus obligatoire pour les ouvriers et ouvrières qui ont dépassé 18 ans ; mais la maison Cadbury organise des cours facultatifs d’éducation physique qui sont ouverts à tous ceux qui le désirent. Les sports sont aussi fort en honneur ; nous croyons qu’il est superflu d’entrer dans le détail de cette organisation, car nul n’ignore que la plupart des usines en Grande-Bretagne possèdent. de nombreux clubs sportifs de Hockey, foot-ball, tennis, etc., etc.
Nous avons déjà dit que l’usine Cadbury était la plus célèbre de l'Angleterre pour ses œuvres sociales, Nous
avons vu qu'elle ne refusait aucun sacrifice pour améliorer le sort de ses ouvriers. Cependant, on chuchote parfois à travers le Royaume Uni que la direction, en organisant des œuvres sociales n’est pas exempte de tout esprit de paternalisme ou, du moins, on lui reproche de se servir de cette remarquable organisation comme d’un moyen de publicité.
Ce dernier grief, les adversaires du welfare le font à la plupart des industries qui appliquent ces principes. Ils disent que les institutitons sociales servent à améliorer le sort des ouvriers et, en même temps, les ventes de l’usine. Il est très difficile de savoir quelle part de vérité contient cette affirmation.
Nous voudrions examiner maintenant l’œuvre accomplie par un welfare worker qui semble dénué de tout esprit de paternalisme et de publicité. C’est encore un welfare worker « ancien modèle » qui travaille dans une usine de la banlieue londonnienne celle de la Compagnie Chiswick Polish. Le service social de cette maison est dirigé par un welfare worker ! qui est une femme. Une de ses principales occupations consiste à embaucher les ouvrières. Tous les matins, elle reçoit de 9 à 10 heures les candidates. Celles-ci remplissent une fiche sur laquelle elles inscrivent d’abord la situation qu’elles demandent, leur nom, leur adresse et une quantité de renseignements concernant leur précédent emploi, sa durée, les salaires gagnés, etc. La seconde partie de
1. On nomme en général welfare workers des hommes ou des femmes ayant acquis une éducation technique appropriée et membres du welfare worker institute dont nous parlerons plus loin.
la fiche est complétée par la directrice du service social, d’après l’interrogatoire de l’ouvrière. Les renseignements qu’elle peut ainsi obtenir ont trait à ses études, à sa famille, à son intelligence et à sa propreté. Au cours de cette entrevue, la directrice du welfare départment lui remet une notice sur laquelle sont consignées toutes les recommandations concernant le travail ainsi que les institutions de welfare dont la jeune ouvrière pourra bénéficier. C’est une façon de la mettre au courant des détails de l’usine et de lui expliquer ce qu’est le club de jeunes filles ainsi que toutes les distractions qu’elle peut y trouver. Après l’interrogatoire, notre welfare worker ne manque pas de vanter à la jeune candidate les avantages de ces institutions car elles sont en grande partie son œuvre. L’embauche terminée, la directrice du welfare départment confie à une de ses collaboratrices : la jeune ouvrière pour l’introduire à son atelier ; cette personne viendra ensuite, pendant les premiers temps, souvent la visiter, Pencourager et lui donner tous conseils nécessaires. Nous avons déjà vu quels étaient les excellents effets psychologiques de cette pratique. Le welfare départment est chargé aussi de surveiller la discipline et les absences. L’absence de plus d’un jour entraine uve visite à domicile. Enfin, une charge qui mcombe à la directrice du welfare départment, est celle de secrétaire du safety comité, qui a pour but, comme ceux que nous avons déjà étudiés en Amérique, dé faire des suggestions pour éviter les accidents. Voici résumées d’une façon succincte, les diverses institutions que la directrice du welfare départment de cette société nous a fort aimablement exposées, en nous faisant visiter ses lavabos, ses vestiaires, ses salles de bain, etc...
Dans la banlieue de Londres, on trouve d’autres maisons où le welfare départment est semblable à celui dont nous venons de parler. Ce sont toujours des welfare workers fidèles aux anciens principes qui les dirigent. Il en est ainsi en ce qui concerne les organisations sociales des imprimeries Lamson et Paragon que nous avons pu visiter sous la complaisante conduite du welfare secrétary. Dans cette maison, ce qu’il y a de plus curieux, est certainement le social Institute. C’est un bâtiment séparé de l’usine où sont concentrées toutes les activités sociales de cette grande imprimerie. Le social Institute est séparé de l’usine afin de bien montrer que les activités sociales doivent être distinctes du travail. D’autre part, et pour accentuer cette idée, celles-c1 sont entièrement livrées à l’initiative des ouvriers. La direction ‘a cependant nommé un welfare secretary, mais ce n’est qu'un gérant qui en principe, ne devrait être là que pour mettre à exécution les décisions prises par les ouvriers. En fait, il a su se rendre indispensable et c’est lui qui met tout en mouvement, en laissant aux ouvriers Pillusion qu’ils dirigent. À vrai dire, le rôle de ce welfare secretary est assez difficile à définir, car ses occupations « sociales » ne sont qu’une partie de ses attributions. Mais il est le vrai ressort moteur et préside au fonctionnement des œuvres. Sous son experte direction nous avons pu visiter le restaurant installé dans l’institut social. C’est une vaste pièce qui est, en même temps, salle des fêtes, et comporte une scène. Les tables autour desquelles s'installent les ouvriers pour prendre leurs repas sont à la place des fauteuils d’orchestre. « Au balcon », sont installé les contremaîtres qui prennent le « lunch » tout en surveillant leurs subordonnés.
Tout à côté de cette salle se trouve la cuisine aménagée de façon très moderne. L'idée qui a présidé à son organisation est celle de pouvoir servir les ouvriers le plus rapidement possible 1, Or, le lunch est servi en trois minutes. [l est vrai qu'il ne comporte que deux plats.
Cette salle, au moment des repas, présente une animation extraordinaire et les ouvriers, lorsque le service leur parait trop lent, manifestent leur impatience en frottant leur couteau sur leur assiette, ce qui produit un bruit de crécelle qui met le comble à l’affolement des serveuses.
Le repas terminé, les jeunes filles d’un côté, les hommes d’un autre, s’en vont dans de vastes pièces dites chambres de repos. Là, ils trouvent des jeux de société ou des revues illustrées et occupent ainsi les quelques moments de loisir qu’on leur accorde avant la reprise du travail. Quelques ouvriers, au lieu de se diriger vers ces salles vont à la bibliothèque qui est une des institutions sociales dont les dirigeants de cette usine sont le plus fiers, car son origine est assez curieuse. Voici, en effet, comment elle fut fondée :
En Angleterre, quand un membre de la direction d’une entreprise vient à mourir, on organise une souscription pour lui élever un € mémorial ». C’est ce qui fut fait dans cette maison à la mort d’un directeur. Mais, la souscription terminée, on hésita beaucoup sur la façon de constituer ce mémorial. Quelqu'un proposa alors d’organiser une bibliothèque, et l’idée fut adoptée. Pour créer cette nouvelle œuvre, on investit une partie
1. En Angleterre, les restaurants vraiment « up to date « doivent servir très rapidement les repas.
du capital dans les dépenses matérielles ; l’autre fut placée afin de-constituer des revenus pour l’entretien. Cette bibliothèque, réservée naturellement aux ouvriers, est entièrement gratuite et vraiment luxueuse ; d’excellenis fauteuils attendent les lecteurs et des tapis épais sont là pour empêcher tout bruit.
Après nous avoir fait visiter toutes ces installations, le welfare secretary nous a eomplaisamment donné toutes les indications voulues sur les clubs sportifs ou sociaux qui se réunissent dans les locaux du « Social Institute ». Il nous a expliqué qu'ici, au lieu de trouver les associations multiples qui se rencontrent dans la plupart des usines, 1l en existe une seule dite « social and sport association » ouverte à tous moyennant le paiement de 2 pences par semaine.
En somme, ce qu’il y à de plus original dans cette organisation, c’est la création du social institute qui démontre l’attachement de cette maison au vieux SVStème, d’après lequel on doit organiser en dehors de lPusine une vie sociale n’ayant aucun rapport avec le travail,
Le welfare secretary s’occupe aussi de la publication d’une revue mensuelle intitulée Paragon way. Nous y retrouvons l’exposé de toute l’activité sociale de la maison. Les exploits des sections sportives y sont commentés. Cette revue organise des concours de différentes sortes ; ainsi, dans un fascicule que nous avons eu en main, nous voyons exposé le résultat d’un concours de photographie organisé entre les employés de la maison, et les vues primées y sont reproduites. À la suite du
résultat se trouve un article qui semble composé par
quelqu'un de très expert en l’art photographique où l’auteur critique les épreuves tant au point de vue artistique qu’au point de vue technique. Enfin, cette revue contient tout un programme de fêtes organisées par les ouvriers, qui auront pour but de subvenir aux besoins des œuvres sociales. Nous avons déjà noté, én effet, que la plupart de ces œuvres étaient livrées à Pinitiative des ouvriers. Ce sont donc eux qui doivent soutenir les activités sociales. On ne peut reprocher à cette Compagnie d'organiser ses œuvres avec un esprit empreint de paternalisme. Sans doute, le welfare worker est l’animateur, mais la décision est réservée toujours aux ouvriers ; ils dictent les programmes des fêtes, et déterminent l’attribution des fonds. En résumé, deux caractères principaux dominent cette organisation. D'abord, l’activité sociale est indépendante du travail et, en second lieu, elle est confiée à l'initiative des ouvriers.
Dans une autre maison de Londres que nous avons pu visiter, un de ces caractères se manifeste aussi. C’est à la maison Bourne et Hollingworth qui est un des grands magasins d'Oxford Street. Nous avons parcouru cet établissement qui rappelle beaucoup les Magasins du Louvre de Paris et nous avons été à même d’apprécier tous les efforts qui ont été faits en vue du welfare. Alors que dans les grands magasins parisiens, hygiène et le bien-être des employés semblent des préoccupations secondaires, ici nous avons trouvé établies toutes les améliorations pouvant convenir au genre de travail des employées. Dans ces magasins, à chaque comptoir de petits sièges sont dissimulés dans des meubles et lorsqu'une jeune fille est inoccupée, elle tire sur un
anneau et fait apparaître une sorte de strapontin. La sensation d'étouffement que l’on éprouve en été dans nos magasins n'existe pas ici. Des bouches d’air placées dans certains endroits du plafond, envoient perpétuellement de l’air ozonisé dont la température est, paraît-il, réglée suivant la saison. Un peu partout sont disposées de petites armoires où l’on peut trouver le nécessaire d'urgence en cas d’accident. Enfin, à chaque étage, une chambre de repos est prête à recevoir une ouvrière momentanément indisposée. La direction a tenu à aménager des restaurants simples mais suffisants où les repas servis paraissent très copieux.
Jusqu'ici, nous n’avons exposé que les organisations de welfare se rapportant plus ou moins à l’amélioration des conditions du travail. Mais cette maison s’est surtout préoccupée du bien-être de ses ouvrières en ce qui concerne le logement. Le personnel est principalement composé de jeunes vendeuses venues de la province. Les directeurs qui, en l’absence d’un service social vraiment organisé, remplissent les fonctions d’un welfare secretary, ont estimé qu'il était nécessaire de les héberger et de leur offrir à un prix modique un confort très appréciable. Ils ont construit à cet effet, deux grands hôtels à proximité des magasins où ils peuvent loger la plupart de leurs vendeuses. Nous allons décrire maintenant les dispositions principales de ces immeubles que nous avons pu visiter et cela nous permettra, en même temps, d'indiquer comment cette maison peut offrir à ses employées des conditions de vie vraiment confortables. :
Quand on entre dans ces hôtels, dès le vestibule, on a l'impression de pénétrer dans une luxueuse pension
de famille. Les salles que l’on visite ensuite ne font que fortifier cette impression. La bibliothèque, fort bien chauffée, et où d’excellents fauteuils de cuir sont disposés autour de petites tables couvertes de publications, vous conduit à une salle de bal. Dans cette dernière, très sobrement décorée, mais très vaste, les ouvrières prennent leurs ébats plusieurs fois par semaine. L'orchestre, qui se trouve sur une scène, est composé de divers instruments : violon, banjo, piano (demi queue), etc. À côté se trouve une petite pièce réservée aux directrices, mais ceci est tout à fait exceptionnel car, au point de vue de l’organisation matérielle de ces hôtels, il n'existe aucune distinction entre les membres du personnel. Au rez-de-chaussée se trouve la salle à manger qui est vaste, bien éclairée et bien aérée. Si l’on descend au sous-sol, on visite différentes installations « hydrothérapiques » : salles de bain, cuvettes pour le lavage des cheveux, buanderies où les employées peuvent venir laver leur linge, qu’elles portent ensuite à sécher dans des salles spécialement destinées à cet effet. Mais, en même temps qu’elle a voulu fournir tout le confort possible aux employées, la direction a cherché à leur éviter les dangers de la crande ville. Une discipline assez sévère est observée ; les jeunes filles ne peuvent sortir que deux fois par semaine Jusqu'à une heure du matin ; les autres soirs, les portes sont fermées à dix heures. Cette sévérité peut paraître à des Français excessive et provenir de l'esprit de paternalisme ; cependant, en Angleterre, elle ne choque pas et découle du besoin qu’éprouvent les Anglais de maintenir un ordre social très rigoureux.
Il serait fastidieux d’énumérer une à une toutes les
facilités matérielles que les vendeuses des magasins Bourne et Hollingworth trouvent dans ces hôtels. Ajoutons seulement que les chambres sont simples mais grandes et bien aérées ; elles donnent toutes sur de vastes couloirs qui aboutissent à un grand escalier au milieu duquel se trouve un imposant ascenseur qui dessert tous les étages. Nous espérons, grâce à ces descriptions, avoir donné une idée aussi complète que possible de ce que peut être cette œuvre sociale.
Nous venons d’exposer rapidement l’activité de quelques welfare workers qui ne font que continuer leurs précurseurs. Nous avons vu, en effet, que, pour la plupart, ils s’attachaient au bien-être de l’ouvrier en dehors de l’atelier et ne se préoccupaient qu’accessoirement de son travail et de ses aptitudes professionnelles. Cependant, il en existe, qui, tout en gardant les mêmes principes, ont voulu paraître plus modernes. C’est ainsi que nous avons été en rapport avec un welfare worker attaché à l’usine Peek Frean qui, bien qu’encore très imbu des vieux principes, a tendance à adopter les méthodes américaines. Cette évolution se constate déjà par le seul fait qu’il a pris le titre d’employment manager.
Cet « employment manager » est chargé de la plupart des attributions imparties aux welfare workers que nous venons d'étudier. Cependant, ici l’embauche et la surveillance de la main-d'œuvre sont plus complètes. L’employment départment est chargé de l’embauche qui, comme partout ailleurs, consiste principalement en un interview. Mais, une fois que l’ouvrier est admis, on surveille sa production. Au bout d’un mois, en eflet, le contremaître du nouvel ouvrier reçoit une fiche sur
laquelle il doit indiquer sa production et s’il estime qu’il peut faire des progrès, on lui demande en même temps des renseignements concernant sa conduite, son aptitude au travail, son assiduité, ete... Après six mois de présence, une autre feuille de renseignements est de nouveau envoyée au contremaître. Ainsi, les ouvriers sont surveillés en ce qui concerne leur production, leur assiduité et leur conduite. La discipline aussi est rigoureuse. Par exemple, une absence de plus de trois mois entraîne une enquête : on demande l’avis du service médical, du contremaître, et ensuite une décision est prise par l’employment manager qui, entre temps, a envoyé un de ses collaborateurs au domicile de l’ouvrier. En cas de départ d’un ouvrier, l’'employment départment poursuit une enquête pour en connaître les causes. Les renseignements obtenus sont soigneusement étudiés. Et si l’on constate que de nombreux départs sont provoqués par une mauvaise organisation des services, on s’efforce d'y remédier !.
Tous les renseignements que peuvent fournir les enquêtes poursuivies par l’employment départment sont par lui centralisées. Ils servent ensuite à l’établissement de graphiques, qui permettent de connaître l’état de santé du personnel, la fréquence des accidents, etc. Grâce à certains de ces graphiques, on a pu introduire dans la répartition des heures de travail des innovations intéressantes. Ceux reproduisant la courbe des accidents montraient que ceux-ci étaient plus fréquents
1. Nous retrouvons ici un système à peu près semblable à celui employé en Amérique consistant à interroger les ouvriers quittant le travail pour remédier aux causes de labor turnover.
à certaines heures de la journée. Des arrêts dans le travail ayant été alors établis, on a pu constater que la moyenne des accidents baissait énormément.
Nous avons vu que la présence des ouvriers à l’usine était très étroitement surveillée, et que la discipline était sévère. Mais cette sévérité est facilement supportée par les ouvriers parce que les règles sont élaborées par le comité de l’usine (works committee). Nous n’étudierons pas ici son fonctionnement, nous y reviendrons en examinant les comités d’usine en Angleterre. Notons seulement que l’employment manager est secrétaire du works committee.
Différentes institutions sont encore gérées par l’employment départment. Ce sont des cantines, des lavabos, des vestiaires.
Enfin, comme en Amérique, c’est encore lui qui 2 , organise les vacances pour le personnel et qui est seul investi du pouvoir de renvoyer les ouvriers.
Nous constatons donc que cet employment départment cherche à copier les principes adoptés Outre- Atlantique ; cependant, remarquons que l’employment. manager est plutôt un welfare worker car il s’oceupe bien peu des rapports de l’ouvrier avec son travail. Il faut reconnaître néanmoins qu’il a su allier, à l’ancien système, quelques méthodes modernes. Ainsi, nous avons vu qu'il surveillait la production de l’ouvrier sans toutefois pousser la logique jusqu’au bout et lui fournir les moyens d’accroître ses qualités professionnelles. En Amérique, en effet, quand on veut que l’ouvrier produise, on lui donne tous les moyens de se développer au point de vue de sa profession. A l’usine Peek
Frean, il n’y a rien de semblable, on surveille simplement son rendement et c’est tout. Nous ne retrouvons pas d'organisation permettant une adaptation harmonieuse de l’ouvrier au travail ; autrement dit, il n’y à pas plus de sélection que de formation professionnelle, qui sont en Amérique parmi les principes essentiels de la réforme sociale.