LE PSYCHOLOGUE INDUSTRIEL
L'Institut de psychologie industrielle : les enquêtes. — Le Medical Research Board : sa propagande.
Jusqu'à présent, en Angleterre, la sélection des ouvriers était une question qui préoccupait bien peu les industriels. Sans doute, l’abondance de la maind'œuvre la rendait facilement interchangeable, et un ouvrier ne convenant pas était aisément remplacé. Cependant, la méthode des tests a aussi fait en Grande- Bretagne son appartion. A l’origine de ce mouvement, nous trouvons l’Institut de psychologie industrielle. Il fut, en effet, un des premiers à expérimenter en Angleterre cette méthode.
Cet institut, symptomatique de l’évolution nouvelle du welfare en Angleterre, est de date assez récente. Il fut fondé en 1918 par son directeur actuel, le DT Myers, qui, auparavant dirigeait à Cambridge le laboratoire de psychologie. Ce dernier se décida à le fonder sur les instigations et avec le concours de M. Welch, directeur d’une importante firme industrielle qui était venu lui proposer d’appliquer ses expériences à la formation professionnelle et à la sélection des ouvriers.
Depuis longtemps, dans des conférences de propagande, le DT Myers réclamait la fondation d’un Institut qui aurait pour mission de guider les ouvriers dans le choix de leur métier. C’est donc grâce à l’appui de M. Welch qui sut convaincre d’autres industriels,
que put être constitué une dotation qui permit à l’Insütut de s'établir. Dès le début, il eut pour but d'améliorer le travail de l’ouvrier, en étudiant les mouvement et la fatigue ; il s’inspirait donc des principes de Taylor surtout en ce qui concerne l'étude des mouvements : le time study. Mais il s’en éloignait quand il déclarait, qu'il pouvait exister plusieurs méthodes de travail également bonnes. L'Institut répudiait le Taylorisme scientific, qui prétend éliminer toute équation personnelle, en proclamant que tout ouvrier peut découvrir une méthode qui lui est propre.
En étudiant ainsi le travail, l’Institut est amené à envisager les conditions de ce travail, par exemple l’éclairage, la température, l’aération. Ces études sont faites sous forme d'enquêtes poursuivies par des membres de l’Institut qui ont une formation technique spéciale : ce sont les investigators, ou en français : enquêteurs. Mais le but final de ces travaux est une amélioration de la production.
Nous avons déjà vu, en effet, qu’en Amérique l’amélioration des conditions du travail produisait une augmentation de la production. Cependant ici, nous retrouvons une note originale qui fut négligée par les Américains. L'Institut de Psychologie industrielle, pour obtenir une amélioration de la production, étudie, à côté des conditions du travail, la fatigue, qu’il cherche autant que possible à éliminer. Nous sommes loin du Taylorisme qui, nous l’avons vu, peut devenir dangereux, parce qu’il néglige ce facteur.
Mais les études entreprises par cet Institut l’ont amené à reconnaître que la sélection des ouvriers était un moyen indirect d'éliminer la fatigue. Les enquêteurs
ont constaté que les ouvriers qui étaient aptes à tel genre de travail se fatiguaient moins que ceux qui n'avaient aucune aptitude. La sélection est devenue dès lors un des buts principaux de l’Institu:. C’est pour cela qu’on charge les « investigators >» de rechercher les tests qui dans telle industrie permettront de sélectionner les ouvriers. Ils doivent donc réunir certains éléments et étudier le genre de travail afin de découvrir le te-t ; une fois qu’ils l'ont déterminé, ils doivent éprouver sa qualité sur les ouvriers en fonction. Pour cela, un des enquêteurs choisit dans l’atelier les meilleurs ouvriers et leur fait subir le test.
Mais l’Institut utilise les tests d’une façon plus générale car il s’occupe de l’orientation professionnelle des enfants. Au sortir de ce qui correspond chez nous à l’école primaire, il en examine un certain nombre, environ 600 par an, et leur indique quelles sout leurs aptitudes. Pour compléter, au point de vue scientifique, ces études, l’Institut suit ces enfant dans la vie et compare leur réussite à celle de 600 autres enfants qui n’ont pas été examinés.
Mais, nous l’avons déjà dit, le travail principal de lPinstitut est l’élimination de la fatigue, grâce aux enquêtes industrielles poursuivies par les enquêteurs. Ainsi, nous relevons dans le n° d’avril 1927, du Journal of the national Institute of industrial psychology le compte rendu d’une enquête que nous allons résumer à titre d'exemple.
Les inspecteurs qui en furent chargés étudièrent d’abord l'éclairage, car si d’après eux dans l’usine soumise à l’enquête, l’éclairage artificiel avait été bien compris, l'éclairage naturel était insuffisant. Les pla-
fonds et les murs, étant de couleur sombre, ne réf'échissaient pas, disaient-ils, suffisamment la lumière ; ils proposèrent de les faire blanchir. Le premier résultat, fut une économie de 15 à 20 minutes de lumière artificielle chaque jour. Continuant leur enquête, les investigators découvrirent qu’une perte de temps considérable dans la mise en train du travail avait lieu chaque jour. Une étude attentive démontra que l’ouvrier en général, ne parvenait jamais à mettre en train sa machine dans le temps voulu. Cela avait pour effet de réduire son gain dans de notables proportions. Aussi, dans son désir de rattraper le temps perdu, il se surmenait et faisait de nombreux « loups ». Le remède proposé fut la création d’un employé spécialement chargé de surveiller la mise en train et de voir si chaque ouvrier avait bien ce qui lui était nécessaire aussitôt qu'il en avait besoin.
Les enquêteurs constatèrent ensuite que la rapidité du travail était extrêmement différente suivant les individus. Ils attribuèrent ces différences à un manque d’entrainement de la part des ouvriers et à de mauvaises méthodes de travail. Ces méthodes défectueuses employées par les ouvriers étaient la cause de perte de temps et produisaient une fatigue supplémentaire. Pour remédier à cet inconvénient, les émissaires de l’Institut proposèrent d’organiser un apprentissage plus complet et de créer dans chaque atelier un « setter » autrement dit un instructeur qui donnerait des avis utiles aux ouvriers.
Enfin, les investigators firent adopter quelques modifications aux appareils, qui avaient pour but de rendre le travail plus facile et, par conséquent, moins fatigant. Ils conseillèrent d’installer auprès de l’ouvrier des
tablettes sur lesquelles il pourrait poser ses outils et non plus à terre comme il le faisait précédemment. Ils conseillèrent aussi de placer dans un endroit bien accessible une sorte de pigeonnier où les ouvriers pourraient trouver les outils qui leur étaient nécessaires sans courir tout l'atelier.
Les enquêteurs constatèrent aussi que les ouvriers étaient très à l’étroit et travaillaient d’une façon peu commode, les machines se trouvant parfois au milieu des passages. Ils conclurent qu'il fallait modifier leurs places dans les ateliers. Pour les enquêteurs, le problème était donc de permettre à l’ouvrier de travailler à son aise et, en même temps d’utiliser toute la place disponible. D’autres éléments venaient encore s’ajouter à ces données ; il fallait prévoir l’installation plus complète d’appareils protecteurs et envisager le problème de la succession des opérations.
Les délégués de l’Institut proposèrent une nouvelle dispositions des machines qui était si bien comprise qu’elle eut pour résultat, tout en donnant plus d’aisance au travailleur, de permettre une augmentation de personnel, qui s’élevait parfois jusqu’à 32 0/0. On put même ramener dans certains ateliers des ouvriers occupés au même travail et exilés ailleurs. De cette façon aussi la perte de temps, occasionnée par des allées et venues inutiles, fut largement réduite.
Voici enfin une amélioration qui eut incontestablement pour résultat de diminuer la fatigue des ouvriers. Ainsi dans l’atelier de polissage, les pièces à polir, extrêmement lourdes, devaient être placées sur un tabouret pour se trouver en face du tour. Ce travail, accompli par deux hommes, car il était nécessaire de retourner
la pièce plusieurs fois sur le tabouret, était extrêmement pénible et fatigant. Les enquêteurs proposèrent de surmonter le tabouret d’une sorte de poulie à laquelle serait suspendue la pièce qui devenait ainsi beaucoup plus facile à mouvoir.
D’après le compte rendu que nous venons de donner, on a pu se rendre compte combien ces études sont empiriques et tout à la fois pratiques. Nous avons pu constater que les moyens employés pour améliorer le travail ressemblaient beaucoup à des modifications techniques. Celles que nous avons exposées jusqu'ici paraissent de peu d’importance. Parfois cependant les enquêteurs proposent des améliorations techniques véritables, car, en étudiant la position de l’ouvrier à son travail, 1ls sont amenés à envisager la machine elle-même et à faire des découvertes. Souvent aussi, ils proposent d’auires améliorations qui ne paraissent avoir aucun rapport avec le travail, mais qui permettent d'augmenter « l’efficiency ». Ainsi, en réduisant par des moyens mécaniques le va et vient de ceux qui transportent des objets en cours de fabrication, ils augmentent la production en rendant le transport et le maniement plus rapides.
Mais les innovations que proposent les envoyés de l’Institut de Psychologie Industrielle ne s’arrêtent pas toujours au domaine technique. Souvent aussi le point de vue psychologique leur suggère d’heureuses modifications. Voici par exemple une autre enquête que nous avons relevée dans ce même journal de l’Institut. Celle-ci, menée pendant 7 mois, porta à son début sur les conditions matérielles du travail, c’està-dire l’éclairage, l’aération, le chauffage, etc qui
furent fort améliorées. Mais les enquêteurs furent attirés par d’autres questions et apportèrent à l’organisation de l’usine quelques modifications vraiment originales. Par exemple, la durée de la journée de travail était de 9 h. 1/2 avec une semaine de cinq jours. Cette longue journée exigeait particulièrement des jeunes filles un effort considérable. Aussi l’étude individuelle du rendement amena les enquêteurs à constater une baisse de la production au milieu de la matinée et une autre, moins importante, dans l’après-midi. Ils découvrirent que la cause de ces arrêts était un.« lunch » avalé rapidement et en fraude par les ouvrières, ce qui avait pour effet de troubler la discipline. Aussi, pour éviter ces inconvénients proposèrent-1ils d'imposer un arrêt au personnel à 10 h. 45 et de permettre à ceux qui le désiraient d’aller à la cantine pour y absorber la tasse de thé traditionnelle et quelques menus aliments.
L'autre modification que proposèrent les envoyés de l’Institut et que la direction de cette usine adopta, est d’un ordre beaucoup plus élevé et dénote un état d’esprit nouveau. Îls proposèrent, en effet, d’organiser dans cette usine un système de représentation du personnel, qui devait avoir pour but de permettre aux employés d’apporter à la direction des suggestions en ce qui concernait les conditions du travail, l « efficiency », la disposition des machines, des appareils, etc. car 1es enquêteurs estimaient avec juste raison (et du reste ceci n’est pas particulier à cette usine) que les ouvriers qui apportaient des suggestions à leurs contremaitres étaient, en général, mal reçus et qu'après cela, ils n’osaient pas les porter plus haut. Souvent, en effet, les ouvriers n’osent pas porter leurs propositions aux
chefs de peur d’encourir l’animosité de leurs supérieurs immédiats. Pour éviter cet inconvénient, les enquêteurs pensaient qu’il fallait organiser un système de représentation qui permettrait aux ouvriers de discuter avec plaisir leurs propositions, s'ils avaient à les exposer devant un conseil mixte composé de représentants des ouvriers et de la direction.
On connait déjà les arguments psychologiques en faveur des suggestions. En proposant l’organisation de ces comités, les investigators ne manquèrent pas d’en montrer les avantages. Ce plan de représentation avait donc pour but de permettre aux ouvriers de s'intéresser à la production de l’usine et, en même temps, de créer une collaboration plus étroite de la direction et du personnel.
On le voit, les méthodes de l’Institut sont multiples et bien éloignées de négliger les éléments psychologiques, elles aboutissent à une réorganisation pratique et rationnelle de l’usine.
Nous avons vu que les agents de l’Institut appelés « investigators » ou « psychologistes », ont une formation technique très poussée qu'ils acquièrent à l’Institut. En se chargeant de la formation de ses inveitigators, l’Institut trouve là un moyen d’appliquer pratiquement les résultats des études scientifiques qu'il poursuit. C’est pour cela que l’enseignement technique que l’on fournit aux enquêteurs porte principalement sur l’étude de la fatigue et des mouvements.
Les principes de cet enseignement ont été exposés par le D' Myers dans son livre : Industriel psychology in Great Britain. Il montre comment l’on doit d’abord étudier la contraction des muscles. Puis il fait une des-
cription des études scientifiques entreprises sur la fatigue musculaire, et aborde aussi la question de la fatigue mentale et de ses remèdes. Mais le livre du DT Myers est intéressant qu’au point de vue scientifique. L’éducation que l’on donne aux enquêteurs est beaucoup plus poussée.
Nous ne pouvous entrer ici daus tous les détails des cours qui sont exclusivement réservés aux futurs enquêteurs. Notons simplement que ceux-ci restent toujours les employés de l’Institut.
Ainsi, quand un industriel désire rénover ses méthodes, il s’adresse à l’Institut et lui demande d'envoyer quelqu'un pour faire une enquête. En somme, l’Institut restée un organisme autonome qui offre ses services pour un temps limité. De cette façon il garde son indépendance et peut diriger ses « investigators » comme il l'entend. Une des raisons qu’il met en avant pour sauvegarder son individualité est qu’un « psychologist » à la solde d’un patron négligerait souvent le point de vue scientifique pour s'attacher par trop exclusivement au rendement. Du reste, au point de vue pratique, cette formule est loin d’être mauvaise. La plupart des indu:tries, en effet, ne sont pas assez importantes pour occuper perpétuellement un psychologue. L’entretien d’un pareil employé à demeure gréverait trop les frais généraux. Pour les industries qui ont besoin d’être réorganisées, une enquête menée pendant un certain temps permet d’obtenir des résultats pratiques très suffisants.
Prenons un exemple qui montrera bien qu’un psychologue à demeure serait un luxe que peut seule se payer une grosse industrie. Ainsi un patron possédant une industrie de moyenne importance désire sélec-
Facteurs Rapidité du travail Qualité du travail Habileté à apprendre le travail Maximum Vitesse Précision * Sentiment Mémoire Mémoire de et précision de visuelle mécanique vitesse du mouvement l’esthétique Coordination Perception
de la main des
et de j’œil distances égales
tionner son personnel et, pour cela, a besoin d’établir des tests. C’est une opération délicate ; mais, une fois qu'ils ont été établis, pour les appliquer il n’est plus nécessaire d’avoir recours à un spécialiste. Un employé quelconque saura le faire automatiquement. Par contre, le travail de celui qui doit établir ces tests requiert, nous l’avons vu, une formation technique très développée. Voici, d’après un rapport de l’Institut, comment on doit opérer. L’enquête que nous prenons comme exemple fut poursuivie dans une fabrique de chocolat. Le travail préliminaire consistait à déternuner les facteurs nécessaires à |” Cefficiency » de chaque opération. On prit par exemple l’empaquetage, et on fit l’analyse de ce que pouvait comporter ce travail. Voici un tableau qui résume les « éléments ».
Ces éléments, ou « facteurs » une fois déterminés, 1l
fallait établir des tests qui permettaient de mesurer
ces qualités. Ici, l'esprit inventif de l’enquêteur fut mis à contribution, mais il put s’appuyer sur de nom-
breux précédents. Une fois les tests établis, on les proposa aux ouvriers empaqueteurs. Les résultats furent comparés à la production de chaque ouvrier et l’on s’aida des données que l’on pouvait avoir sur leur habileté professionnelle, Le résultat de cette épreuve fut résumé en un tableau que nous reproduisons ci-dessous, indiquant le coefficient de comparaison Les tests : Coefficient Erreur 0 /0 probable Coordination de l’œil et de la
VAE ON SP RE DEC TE sh 39 + 07 Test de rapidité N0 1 ......... 49 + 09
— AN Re 44 + 09 Imagination et mémoire visuelle 44 + 09 Substitution A". use. ne 40 10 Perception des distances égales... 37 Æ 41 Mémoire es nm darts s"2b è 26 44
On le voit, le test d’intelligence générale ne figure pas dans ce tableau ; celui-ci ne résume, que des tests d’aptitude spéciale.
Les ouvriers mettent, en général, de la bonne volonté pour se soumettre à l’épreuve des tests. Mais il paraît qu'il n’en fut pas toujours ainsi. Les enquêteurs prononçaient les mots d’efliciency et d'organisation scientüfique leur déplaisant fort les rendaient méfiants. Cela, à leurs yeux, sentait trop le Taylorisme. Les investigators, eurent tôt fait de prouver aux travailleurs que leurs méthodes étaient très différentes de celle de Taylor. Tout en reconnaissant qu’il y avait de mauvaises manières de travailler, ils proclamaient qu'il pouvait y avoir plusieurs méthodes également bonnes pour accomplir le même travail. Les résistances dimi-
nuèrent alors, car les reproches que l’on adresse au Taylorisme de rendre l’homme machine et de décourager toute initiative, ne peuvent plus s'appliquer aux méthodes de l’Institut. L’opposition des ouvriers a disparu et même ils coopèrent activement aux enquêtes en facilitant le travail des « investigators », ou en leur faisant des remarques ou des suggestions souvent fort eflicaces. :
L’attitude des ouvriers anglais vis-à-vis de ces enquêtes a été rendue favorable par le fait qu’une institution d'Etat s’est aussi occupée de sembrabies études. Nous voulons parler du Medical Research Council. À vrai dire, c’est plutôt l’Industrial Fatigue Research Board, constitué en 1918, qui poursuit des enquêtes comme celles de l’Institut de psychologie industrielle ayant pour but d’étudier des ques'ions telles que l'influence des heures de travail sur la fatigue et la production. Il s’applique aussi à « étudier systématiquement et scientifiquement les lois gouvernant l’emploi d’une façon hygiénique de l'esprit et du corps humain dans l’industrie ». Ainsi les recherches entrepriies par PIndustrial fatigue Research Board ont pour but : 19 Etudier le facteur humain dans l’industrie ; 20 Essayer de faire comprendre à l’opinion publique l’importance de ces études. On le voit, les buts poursuivis par cet organisme d'Etat sont plutôt scientifiques et, en tout cas, purement désintéressés, car leurs enquêtes, à l’encontre de celles entreprises par l’Institut, ne sont ni rétribuées n1 faites au profit de tel ou tel patron.
Les méthodes d'enquête sont de deux sortes. Les délégués du Board étudient une industrie déterminée où ils sont à peu près sûrs de faire des remarques qui
peuvent intéresser l’opinion publique ou bien ils choisissent des problèmes généraux qui concernent diverses industries. C’est en adoptant cette seconde méthode qu'ils ont envisagé de nombreuses questions d’ordre général telles que : les heures de travail et leur réparttion, le facteur personnel dans l’accident du travail, l’aération, la durée moyenne de lapprentissage dans différents métiers, etc...
Mais le Board pour mener à bien ces enquêtes qui. on le conçoit, sont très complexes, a réparti la charge du travail entre quatre comités, dont les titres montrent bien l'orientation scientifique des études entreprises. Ce sont, en eflet, le comité de statistique. de physiologie du travail musculaire, de physiologie de la respiration et de psychologie industrielle. Chaque conuté poursuit son enquête séparément puis, s’il y a lieu, celles-ci sont réunies pour la publication du rapport sur un point spécial. D’autre part, chaque année, le Board publie un compte rendu indiquant les lignes générales de son activité. Les résultats des enquêtes tels qu’ils sont indiqués par ces rapports, sont parfois fort appréciés par les industriels car ils permettent des applications pratiques. Par exemple, l’étude des heures de travail a amené bien des patrons à introduire dans leurs usines des périodes de repos pour réduire la fatigue et diminuer le nombre des accidents. On doit dire aussi, à la louange du Board, qu’il ne se désintéresse pas des applications pratiques qui peuvent être tirées des rapports qu’il publie. Du reste, lorsque dans l’un d’eux, les enquêteurs indiquent des constatations scientifiques, le plus souvent les palliatifs pratiques sont facilement déductibles, et du reste, les rédacteurs eux-
mêmes les indiquent rapidement. Quoiqu'il en soit, les rapports du Board sont plutôt abstraits.
Cette allure scientifique permet à beaucoup de patrons qui n'aiment guère les innovations de dire que ces rapports s6nt inapplicables car, disent-ils, «on ne peut y trouver aucune suggestion vraiment utilisable ». À la vérité, ce sont les industriels € conservatifs » qui parlent ainsi car les conclusions pratiques peuvent être aisément déduites.
Ba composition même des comités est une garantie contre la tendance que pourrait avoir le Board de conduire les recherches d’une façon par trop scientifique. Dans ces comités, en effet, à côté des membres du Board (les spécialistes), on trouve des personnes appartenant à l’industrie dans laquelle se fait l’enquête, Parmi eux 1l y a des représentants des organisations patronales ainsi que des représentants ouvriers. Ce comité est chargé de la surveillance de lenquête et de la rédaction du rapport.
Il est difficile de mesurer d’une façon certaine les résultats obtenus par cette institution. Le Board est, en eflet, un organisme de propagande qui cherche à créer un mouvement. Il espère que ses rapports arriveront à déterminer les imdustriels à changer leurs méthodes. Il conseille d’enquêier sur les causes de non production et voici une phrase extraite d’un rapport à l’adresse des industriels récalcitrants :°« Si l’on faisait cela, même d’une façon superficielle, les résultats qu’on obtiendraii seraient tels qu’ils persuaderaient les plus conservatifs qu’il y a des possibilités insoupçonnées
d’enquête dans toutes les catégories d’industrie ».