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CHAPITRE PREMIER

Historique du développement de la question sociale. — L’ingénieur social avant la guerre. — La guerre et les œuvres sociales. — Existe-t-il des ingénieurs sociaux en France. — L'accueil de l'Industrie.

Chacun de nous a appris sur les bancs de l’école que la condition des ouvriers sous l’ancien régime était des plus misérables et en tous cas très différente de ce qu’elle est de nos jours. Mais 51 l’on étudie les choses de plus près on constate que la vie des travailleurs n’était pas si pénible qu’on l’a prétendu. Il est vrai que la constitution de l’industrie ne ressemblait nullement à ce qu’elle est aujourd’hui.

Si l’on remonte par exemple au Moyen-Age, on doit reconnaître que seule la petite industrie existait. On fabriquait alors des objets en faible quantité, au fur et à mesure des besoins. Dans les petits ateliers, l’égalité du labeur comportait entre patrons et ouvriers la similitude du genre de vie. L’éloignement du chef qui

est devenu un des fléaux de l’industrie moderne, était inconnu à cette époque. Ce qui dans l’atelier élevait le patron et lui donnait la supériorité morale, c’était le chef d'œuvre qui se trouvait toujours à la place d'honneur.

Ce chef-d'œuvre rappelait aussi l’existence de la corporation, ce syndicat avant la lettre, qui protégeait, patrons et ouvriers. Les corporations formaient en effet, pour les artisans des sociétés de Secours Mutuels qui venaient en aide aux orphelins et aux vieux ouvriers. Elles avaient des caisses que les membres alimentaient. Dans les cérémonies, les fêtes, les processions, on les voyait venir précédées de leurs bannières et quand elles partaient en guerre, sur l’étendard qui les précédait, on voyait figurer l’image du patron ou de la patronne que la Confrérie s’était choisie ?,

Les corporations avaient leurs chefs élus, jurés, syndics ou encore prud'hommes. Enfin, elles avaient aussi des règlements ou coutumes. Le célèbre Livre des Métiers n’était que la réunion des coutumes des corporations de Paris faite par Etienne Boileau sur l’ordre de saint Louis. Ces règlements, qui déterminaient les conditions du travail, protégeaient en même temps maîtres et compagnons contre la concurrence.

Malgré ces règlements qui, à la longue devaient devenir funestes, la grande industrie essayait de naître. Elle apparut d’abord sous la forme de grands ateliers ou fabriques. Les fabriques royales apparurent les premières et Colbert favorisa leur développement. Nous

1. Parmi les patrons, citons : saint Crépin pour les cordonniers, saint Joseph pour les charpentiers, saint Pierre pour les boulangers, etc.

ne citerons que pour mémoire les manufactures de Sèvres, des Gobelins et de Beauvais qu’il fonda. Mais il s’attacha surtout à vivifier toutes les branches de l’industrie en attirant à prix d'argent et par des concessions de privilège des industriels et des ouvriers étrangers. L’essor que Colbert imprima à l’industrie devait produire par la suite l’usine moderne.

Cet essor n’eut pas tout le développement qu’il aurait pu avoir si les corporations n’avaient pas existé. Il est inutile de refaire ici le procès de ces institutions. Nous avons tous appris qu’elles empêchaient toute modification et toute initiative ; et qu’en imposant un monopole de fait elles figeaient l’industrie dans des formes anciennes et surannées. Elles étaient d’autant plus funestes qu’elles ne protégeaient même pas les produits nationaux. C’est pourquoi le traité de commerce de 1761 provoqua l'invasion en France des produits anglais.

La première tentative pour abolir ce régime archaïque fut faite par Turgot en 1776. Mais après sa chute il fut rétabli. Ce fut seulement par une loi du 16 février 1791 que l’Assemblée promulgua la liberté du travail. Puis la fameuse Loi le Chapelier !, interdisant toute association, porta le dernier coup à ce vieux système. Cette fois la réforme avait dépassé son but en interdisant l’association. On avait :ub titué le régime de l'isolement à celui de la contrainte. Les inconvénients ne se firent pas attendre. Il y eut crise économique qu’on atiribua à la guerre, à l'instabilité politique et en général aux temps troublés. Les remèdes que l’on proposa n'étaient que des palliatifs insuffisants ; la suppression des octrois par exemple n’empêcha pas la crise de se prolonger.

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