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Actuellement directeur général du réseau de l'Etat

la conduite d’un aimable agent, une de ces cités, celle connue sous le nom de « Lille-Délivrance ». Nous avons pu en même temps recueillir une ample moisson de renseignements en ce qui concerne les œuvres sociales, instituées pour le bien-être des ouvriers dans cette petite ville. Cette cité est, après Tergnier, la plus grande de toutes celles construites par la Compagnie, puisqu'elle comporte 835 logements. Dès qu’on y pénètre, on est séduit par l’aspect tout à la fois bourgeois et champêtre des petites maisons. Point de grandes rues tirées au cordeau, mais de larges avenues bien pavées et agréablement dessinées. Cependant, on a l'impression que les matériaux de construction ne paraissent pas d’une solidité à toute épreuve ; ceci, du reste, n’est qu’une impression. Revenons à des constatations plus objectives et énumérons les principales œuvres sociales que l’on peut y trouver.

Citons l’école Pasteur construite par la Compagmie et dirigée par un instituteur de l'Enseignement primaire.

Celui-ci s'occupe en même temps des jardins scolaires qui constituent aussi une œuvre très intéressante. Pendant les heures de loisir, les enfants vont, sous la direction du maître, bêcher un petit coin de terre où on leur enseigne des méthodes de culture rationnelles. Les résultats de ces jardins scolaires sont remarquables ; des prix leur ont été décernés à certaines expositions horticoles. Mais leur but est tout autre, on espère qu’en apprenant aux enfants à cultiver un jardin ils continueront par la suite à faire de même pour le petit lopin de terre qui entourera leur «€ cottage ». On leur donne ainsi le moyen de s'occuper utilement au lieu d’aller porter leur désœuvrement au cabaret.

Parmi les autres institutions sociales que l’on rencontre dans cette cité, nous indiquerons les écoles ménagères, les écoles professionnelles, les bains-douches, les consultations de nourrissons, les foyers, les terrains de sport, etc. La plupart de ces œuvres, telles que consultations de nourrissons et goutte de lait, sont entretenues et organisées par une infirnuère visiteuse et par une surimtendante. Enfin, répétons-le, c’est une surintendante- diplômée qui dirige, au siège social à Paris, toutes les œuvres réparties dans les différentes cités. Nous avons tenu à rapporter cet exemple, pour montrer que l’activité d’une surintendante groupait parfois un grand nombre de services.

Nous espérons avoir donné une idée d’ensemble de l’action des surintendantes. Nous ne saurions, en tout cas, trop insister sur leur rôle moral qui est le point essentiel de leur œuvre. Mais pour être vraiment à a hauteur de leur tâche, il est nécessaire qu’elles acquièrent une formation préalable qu’elles trouvent du reste à l’école sociale de l'Association des Surintendantes, dont nous avons signalé la création pendant la guerre. L’enseignement qu’on leur offre s’étend sur deux années. Au cours de la première les jeunes filles qui entrent à cette école reçoivent un enseignement social général. Les différents cours portent sur les matières suivantes : assistance, prévoyance, enseignement ménager, hygiène sociale, notions de droit, notions de psychologie et de pédagogie, travail social. Au cours de la seconde année les élèves doivent se spécialiser ; les unes se destinent à devenir surintendantes, les autres choisissent les

matières qui les préparent le plus à devenir assistantes et visiteuses d'œuvres sociales. Parmi les principaux cours de la seconde année citons : notions de droit, économie politique, sociologie, les lois d’assistance, la natalité, psychologie appliquée, législation du travail, hygiène industrielle, organisation des divers services sociaux, enseignement ménager. Enfin ces cours seraient insuffisants pour former une véritable surintendante qui à besoin d’avoir quelques connaissances des milieux ouvriers. Aussi impose-t-on aux élèves des stages pratiques, qui se font dans les grandes organisations sociales : maternité, hôpitaux, maisons de convalescence, pouponnières, etc. Mais le stage le plus important est celui que la candidate surintendante fait comme ouvrière d’usine : elle s’embauche comme les autres femmes et travaille à côté d’elle sans dévoiler son identité.

Après ce stage. la candidate doit faire un rapport et celui-ci est un des meilleurs moyens que les Directrices de l’école ont pour apprécier la valeur de la future surintendante. D’après sa façon de parler et de sentir, l’école peut juger de ce qu’elle est capable de faire pour améliorer le sort des ouvriers. :

Certains cependant regrettent que ce stage ne se prolonge pas sur une plus longue période : un an, par exemple, car, disent-ils, la surintendante dans un si bref passage parmi les ateliers ne peut vraiment connaître la mentalité ouvrière.

Mais toutes les jeunes filles qui le désirent ne sont pas admises à cette école. L’Association des Surintendantes est très sévère en ce qui concerne le recrutement. On fait une sélection très rigoureuse et on n’admet

que les jeunes filles qui présentent toutes les qualités requises pour obtenir l’ascendant moral dont nous avons tant parlé. Ces qualités ne sont pas communes ; aussi le recrutement de l’école est-il très restreint, les sessions ne comptent parfois qu’une dizaine de postulantes.

À ce sujet on reproche aussi à l’Association de ne choisir des postulantes que parmi les jeunes filles issues de la bourgeoisie Ceux qui parlent ainsi ajoutent : € Il faut des ouvrières pour aller parmi les ouvrières ». Or, l'expérience a prouvé que les « bourgeoises » ont le plus souvent très bien réussi. Au contraire la seule surintendante formée par l’école, sortie des milieux ouvriers et que les directrices s’accordaient à considérer comme très intelligente, échoua complètement dans ses œuvres sociales. Cette femme avait été même envoyée en Angleterre pour étudier les méthodes appliquées en Grande-Bretagne. Cela ne démontre-t-1l pas suffsamment que le milieu bourgeois est apte à s’adapter et produire des surintendantes.

Enfin et pour conclure en ce qui concerne le rôle de la surmtendante, rappelons qu’elle doit avant tout acquérir sur l’ouvrier un ascendant moral, qu’elle doit être un lien entre la direction et le personnel et pour les travailleurs individuellement être un soutien et une conseillère. Il est des cas particulièrement délicats où la Surintendante doit être une consolatrice et un appui.

C’est, par exemple, quand la fille-mère vient la trouver pour lui demander aide et protection que nulle autre femme de l’usine ne saurait lui donner. Après avoir reçu les premières confidences, la surintendante la conseille, l’encourage et arrive à sauver la mère et l'enfant. Cette aide et ce réconfort sont Inappréciables

pour cette pauvre fille qui ne sait comment cacher son malheur.

Ainsi, ce qui ressort en dernier lieu dans le rôle de la surintendante, c’est l’impression de réconfort qu’elle apporte à l’usine. Elle sait prodiguer aux ouvriers ce qui leur manque le plus dans la société moderne : le réconfort moral.

L'absence de réconfort est, en effet, un des traits caractéristiques de notre époque que M. Lucien Romier, étudiant les phénomènes sociaux contemporains, a magistralement mis en relief quand il dit : « Tout le monde y a gagné plus de liberté de mouvement mais y a perdu des chances de réconfort 1 ». Dans sa sphère la surintendante a su parer à ce mal.

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