‹ L'initiation à l'activité intellectuelle et motrice par les jeux éducatifsChapitre 11 sur 24 · JE · texte numérisé non relu

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Fig. 10. - Jeu VI (p. 38).

placées l'une par rapport à l'autre dans des positions différentes. La chaise est représentée au centre du dessin et la cruche est successivement devant la chaise, derrière, à gauche, à droite, à gauche devant, à gauche derrière, à droite devant, à droite derrière, et enfin sur la chaise.

(Cette dernière position est infiniment plus facile que les autres. Plusieurs enfants qui commettent toujours des erreurs pour les autres, placent exactement celle-ci.)

Ces exercices très importants peuvent être multipliés. Nous avons aussi une série de positions d'un enfant par rapport à un tabouret supposé fixe (quelques traits indiquant le sol suffisent pour rappeler la position que le tabouret doit avoir avec le sol).

Dans un autre jeu un enfant exécute différents mouvements à côté d'un arbre; il est évident que la logique la plus simple doit indiquer à l'élève que l'arbre est fixe et que c'est par conséquent l'enfant qu'il doit examiner. (Pour tous ces jeux les petites cases sont carrées.)

Jeu VIL La chaise.

a) En perspective se trouve dessinée une chaise placée dans des positions différentes : le siège, par rapport au dossier est tantôt devant,

derrière, à droite devant, à droite derrière, à gauche devant, à gauche derrière, les six positions ne sont pas difficiles.

b) Même exercice, seulement les neuf chaises ont toutes leur siège orienté à gauche et les positions varient peu d'un carton à l'autre. Cet examen exige donc une attention volontaire et une abstraction déjà exercée.

B. Jeux visuels moteurs.

La plupart des exercices visuels moteurs doivent, au point de vue psychologique, trouver leur place avant les jeux visuels purs qui demandent toujours un certain degré d'abstraction. Si nous ne l'avons pas fait, c'est dans un but tout à fait pratique de classification. On trouvera dans le tableau placé à la fin de cette brochure un essai de classification d'exercices par degrés de difficulté; il permettra dans une certaine mesure de déterminer l'âge psychologique de l'enfant.

Les exercices visuels moteurs sont, selon nous, les plus importants de tous pour l'éducation des insuffisants intellectuels. Ils occupent l'enfant d'une manière tout à fait active, ils fixent son

attention et la maintiennent par la multiplicité des excitations sensorielles dont ils sont le point de départ et lui plaisent par le fait même, plus que tous les autres. Ils développent en outre sa logique élémentaire par la constatation naturelle des erreurs commises.

Aussi, dans toutes nos classes, nous efforçonsnous de les rendre aussi abondants que possible et, ils sont toujours l'objet particulier de nos recherches.

C'est parmi ces exercices que l'on trouve à la fois les occupations les plus élémentaires et les travaux de logique et de raisonnement les plus complexes.

Tous les jeux visuels cités plus haut exigent de la part de l'enfant un certain fonds d'acquisitions intellectuelles au moyen desquelles il est capable de comparer et de comprendre ce qu'on exige de lui. Certains enfants, au moment où nous les recevons, ne comprennent pas encore ce qu'est le système du jeu de loto utilisé dans la plupart de nos exercices ; ils mettent plusieurs cartes sur la même case ou passent leur temps à empiler les petits cartons à moins qu'ils ne s'amusent à les déchirer ou à les lancer aux quatre coins de la classe. Il est évident qu'il est nécessaire de donner à ces enfants une préparation qui consiste à les habituer à la fois à l'activité, et à une disci-

pline mentale sans lesquelles l'éducation n'est pas possible.

Jeu I. Les blocs.

A cet effet, nous possédons dans la classe du groupe d'enfants les moins avancés plusieurs caisses renfermant, l'une, des quilles, l'autre, des briques en bois de dimensions légèrement inférieures à celles des briques d'argile ordinaires; une troisième contenant tous les vieux cubes des boîtes de jeux de patience hors d'usage, enfin une quatrième contient des parallélipipèdes, des lattes pouvant servir à de petites constructions. A défaut de toute autre occupation possible, l'enfant est donc invité à replacer dans une des caisses les objets préalablement renversés sur le sol, à une petite distance. La caisse peut être placée à une certaine hauteur de façon à obliger l'enfant à monter chaque fois sur une chaise. Notre but étant de l'amener à un travail personnel, si minime qu'il soit, nous répétons chaque jour l'exercice, jusqu'à ce qu'il effectue son transport sans que l'institutrice ait besoin d'intervenir directement, ou autrement que par un encouragement verbal donné de loin, pendant qu'elle s'occupe d'un autre enfant.

Nous insistons encore sur ce point essentiel, que tous les exercices cités ici ne constituent

pas Tunique travail des enfants; ce que nous essayons de leur inculquer avant tout, ce sont les exercices directement utiles à eux-mêmes et aux autres et qui constituent le sujet des leçons directes.

Lorsque l'enfant est apte à replacer les différents objets dans les caisses respectives, on l'amène à classer les briques, en ordre, le long du mur ou dans la caisse même; à en faire de petites constructions; à placer ses quilles dans de petits carrés faits à la craie, etc., etc. Nous essayons toujours de l'amener à exécuter seul ces exercices.

Il arrive que certains irréguliers instables font très bien ces exercices de classement qui permettent la marche, le mouvement, mais sont incapables d'exécuter une occupation pour laquelle ils doivent rester assis ou presque immobiles.

Jeu IL Les cubes.

Nous les soumettons alors à des exercices très courts au début, puis plus longs, qui consistent entre autres à classer des cubes dans une petite boîte qui en contient un nombre exact. Ces cubes coloriés de différentes manières sur les six faces sont d'abord placés sans distinction de couleurs, puis, petit à petit, on amène l'enfant à former avec les couleurs de petits dessins de mosaïques. Ce

jeu finit souvent par intéresser beaucoup les enfants.

Jeu III. Le classement (Fig. 11).

Il consiste à faire classer de petits objets dans des boîtes en bois comprenant chacune quatre ou six cases.

La première de ces boîtes contient des objets très différents de formes et de couleurs : agrafes, boutons, perles, clous, vis et plumes. Une seconde renferme des grains divers : noyaux, maïs, petits pois, grains de café vert. Une troisième, des haricots coloriés en rouge, bleu, jaune, blanc, vert et violet.

Une quatrième renferme des objets qui se distinguent seulement par leur grosseur : des boutons, des glands, des perles.

Une cinquième renferme des clous de différentes longueurs.

Une sixième permet de classer quatre espèces de glands, lesquels diffèrent uniquement par de petits détails de forme.

Une dernière, enfin, des noyaux de différentes espèces : cerises, prunes, abricots, pêches.

Jeu IV. L'emboîtement.

Un autre exercice consiste encore à emboîter l'une dans l'autre des boîtes cubiques de grandeurs

décroissantes, et auxquelles il manque une face.

Ce système de classement est appliqué dans certains jouets de provenance russe, tels que des poupées en bois très pittoresques qui font la joie des enfants.

Il y a également des œufs en bois vissés par le milieu qui s'emboîtent ainsi l'un dans l'autre.

Jeu V. Les châssis.

Ces jeux, dont nous nous servons depuis plusieurs années pour préparer les enfants à savoir se vêtir eux-mêmes, se composent de châssis en bois sur lesquels nous avons fixé des bandes de tissus. Ces deux bandes s'attachent l'une à l'autre au moyen de boutons, d'agrafes, de pressions, de cordons, respectivement de trois grandeurs; il y a aussi un châssis dont les bandes portent des œillets. L'enfant doit lacer et nouer.

* Jeu VI. Les formes en bois.

Un exercice qui plaît aussi beaucoup est celui des formes découpées constitué par une douzaine de planchettes de 25 cm. sur 15. Dans ces planchettes on a découpé des formes diverses : trois tasses de grandeurs progressives ; des fruits ; un petit garçon, une petite fille découpés en plusieurs fragments; une petite scène représentant

une maison, des arbres, des poules, des oiseaux; deux enfants portant un panier, un écolier assis à son pupitre, etc., etc.

Dans ces exercices, la difficulté s'accentue à mesure que les personnages sont découpés en fragments plus nombreux.

L'enfant doit remettre les morceaux dans les creux. Une autre planchette est collée sous celle qui est découpée pour faciliter le travail de l'enfant.

On peut aussi inviter l'enfant à recomposer avec les fragments la petite scène, indépendamment de la planchette, puis l'amener à suivre avec un crayon les contours de ces formes découpées de façon à en obtenir le dessin sur le papier.

Remarque importante : il faut absolument éviter de placer sur les fragments de petits boutons ou de petites vis qui doivent permettre aux enfants de les saisir. Cet exercice ayant pour but de faire sentir à l'enfant le contour des formes découpées, les boutons suppriment justement ce petit travail de sensation musculaire, et nuisent par conséquent au but à atteindre. Nous multiplions le nombre de ces planchettes parce que leur maniement constitue une excellente préparation au dessin.

Citons un exemple typique : une petite fille de

trois ans et demi jouait fréquemment avec un certain nombre de planchettes, Tune d'elles représentait un cycliste. Toutes les parties n'étaient pas découpées, on ne pouvait seulement enlever que les deux roues, le grand pignon, une jambe du petit garçon, son corps, sa tête, un bras; le reste du vélo et du petit garçon était peint sur la planchette.

Un jour, pour une expérience de dessin, nous fîmes représenter un vélo par tous les enfants et nous fûmes frappés par la perfection du dessin de cette petite fille. Elle avait représenté, à la distance convenable, les roues, le pignon et le petit garçon, il manquait exactement les parties dessinées et non découpées du vélo représenté sur la planchette (celle-ci n'était évidemment pas sous les yeux de l'enfant à ce moment, nous-mêmes, nous n'y pensions pas). C'est l'analogie de son dessin avec les formes découpées qui nous a fait remonter à celles-ci. Elle avait simplement représenté les parties qu'elle avait maniées. Ceci est un exemple parmi mille autres, qui démontre à l'évidence, la nécessité d'exercer très souvent les sensations articulo-musculaires et de provoquer ainsi de nombreuses associations entre les perceptions visuelles, d'une part, et les fonctions motrices d'autre part.

Jeu VIL Le piquage. (Fig. 12).

Ce jeu se compose d'une série de planchettes de 25 cm. de côté et de 5 mm. d'épaisseur. Elles portent chacune un dessin pyrogravé peint, et sont percées de trous, de façon à permettre à l'enfant de suivre, au moyen d'un lacet ou d'un fil de coton, les contours des dessins représentés.

Pour les enfants moins avancés, le dessin est pyrogravé des deux côtés pour indiquer le trajet à suivre; les planchettes ne portent alors que le dessin d'un seul objet : une chaise, une tasse, une maison, les trous sont plus grands et le travail se fait avec un lacet; cela évite l'emploi de l'aiguille parfois dangereuse pour les enfants maladroits.

Les autres planches portent des dessins plus compliqués, par exemple : les objets de la table (pot, cafetière, tasse, fourchette, couteau, plat, verre, les vêtements principaux (chapeau, robe, paletot, bottine, parapluie, etc., les fruits les plus connus; quelques meubles. Une maison avec un arbre, une petite pièce d'eau, un canard, la tête d'un petit garçon. Nous arrivons ainsi à représenter de petites scènes qui nécessitent de la part de l'enfant un choix, parmi les fils de couleur mis à sa disposition.

Lorsque l'enfant est bien exercé, nous lui faisons représenter sur du papier fort ou sur du tissu

Fig. 12. - Jeu VII (p. 54).

Fig. 13. - Jeu VIII (p. 59).

la scène de la planchette, et ce travail devient sa propriété.

Par leur solidité, les planchettes offrent l'avantage de pouvoir être maniées par des enfants maladroits et donnent l'occasion de répéter souvent des exercices qu'ils mettent parfois plusieurs semaines et plusieurs mois à réussir.

Jeu VIII. Les bâtonnets. (Fig. 13).

Ce jeu comprend des planchettes analogues à celles de l'exercice précédent; on y a pyrogravé des instruments de jardinage, des meubles, de petites scènes. Les traits pyrogravés sont assez larges et assez profonds pour contenir des bâtonnets de même longueur avec lesquels l'enfant reconstitue le dessin sur la planche même.

Au lieu de bâtonnets on peut aussi se servir de bouts de laine de différentes couleurs. Le travail consiste donc à chercher chaque fois le bâtonnet de la même dimension que le trait. C'est un excellent exercice de comparaison. Lorsque les bâtonnets sont placés, les enfants les enlèvent de la rainure et s'en servent pour refaire le même, dessin sur la table.

Il n'est pas difficile d'occuper à ce jeu plusieurs élèves simultanément et le contrôle est aisé à faire.

Jeu IX. Boîtes à surprises.

Beaucoup d'enfants apathiques ne travaillent qu'avec la perspective d'une récompense immédiate et certaine. La plupart des jeux décrits plus haut ne les attirent guère, et ils ne sont disposés à l'action que si celle-ci aboutit pour lui à un plaisir plus objectif, et le principal est celui de manger.

Nous avons imaginé pour eux spécialement, une série de boîtes que nous appelons boîtes à surprises. Nous y plaçons un chocolat ou toute autre friandise puis nous la fermons. Les moyens de fermeture sont multiples afin de s'adapter à toutes les intelligences et à toutes les possibilités musculaires. Une boîte ne ferme que par un simple crochet; une autre par des pitons dans lesquels on passe une ficelle nouée par un simple ou par un double nœud. Une troisième ferme à l'aide d'une serrure, une autre avec un cadenas fixant une tige de fer qui passe dans des anneaux; une autre encore porte des boulons et des écrous qui maintiennent le couvercle.

Certaines portent à la fois plusieurs moyens de fermeture. Elles mesurent toutes 20 cm. en longueur, 10 cm. en largeur et en hauteur.

L'intérêt de l'enfant est tenu en éveil par le bruit des bonbons qui roulent dans la boîte lorsqu'il la manie.

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