CHAPITRE IV Jeux d'initiation à la lecture
Il ne nous est pas possible de faire ici la psychologie de la lecture, laquelle a du reste été traitée en détail dans des articles publiés par l'un de nous en collaboration avec Mlle Degand.
Il nous suffira de rappeler que la méthode que nous employons en application même des principes qui sont à la base de cette psychologie, part de l'idée, intéressante et vivante, exprimée par la phrase et le mot, pour aboutir, au moment voulu, par l'analyse, à la syllabe et à la lettre et finalement par la synthèse à la reconstitution de nouveaux mots.
C'est aussi par le jeu que nous amenons l'enfant à prendre intérêt aux leçons de lecture et nous nous servons des mots qui expriment les choses qu'il aime.
JEUX EDUCATIFS
Jeu I. Les jouets. (Fig. 31.)
A une latte fixée au mur sont appendus une vingtaine de petits objets, la plupart, des jouets : petit auto, train mécanique, table de poupée, chaise, verre, petit lit, voiturette, vache, cheval, lapin, sifflet, etc., etc.; chaque objet est accompagné de l'étiquette en bois pyrogravé indiquant son nom.
Fig. 31. - Jeu I.
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On enlève d'abord deux des étiquettes et on invite l'enfant à les remettre; le choix étant restreint, il connaît assez rapidement les deux mots. On en enlève alors une troisième puis une quatrième et ainsi de suite; l'enfant doit donc reconnaître les vingt mots et replacer les étiquettes au clou correspondant.
*Jeu IL Loto d'images et de mots. (Fig. 32).
Afin de préparer l'enfant à la comparaison rapide des mots, nous avons préparé deux séries identiques de cartons sur lesquels nous avons dessiné ou collé les objets les plus connus de l'enfant.
Un carton représente les parties du corps. Un autre carton, six fruits, un autre encore six aliments; le 4me, six objets de la table; le 5me, six vêtements; le 6me, six meubles; le 7me, six autres objets usuels : dé, clou, brosse, parapluie, bouton, marteau.
Le nom de ces objets est inscrit en double : d'une part sous le dessin et, d'autre part, sur un petit carton séparé. L'enfant doit chercher parmi tous les petits cartons celui qui porte le nom de l'objet dessiné et le placer dessus. Il y a simplement ici un tout petit travail de mémoire immédiate et un exercice de comparaison : afin de gra-
duer la difficulté, l'enfant a d'abord le choix entre les six mots d'un même carton puis entre les douze mots de deux cartons, puis entre dix-huit mots, etc.
Lorsqu'il fait facilement cet exercice, on s'adresse alors à sa mémoire.
Comme la photographie ci-contre l'indique, les cartons sont en double; sur ceux de la deuxième série, on n'inscrit plus les noms; l'enfant doit les remettre de mémoire.
Jeu III. Les petites boîtes.
Dans des boîtes d'allumettes, que nos enfants ont recouvertes au préalable de papier de couleur et sur lesquelles on a mis des étiquettes, nous plaçons différentes substances usuelles qui se rapportent surtout à l'alimentation : chocolat, sucre, noix, café, sel, cacao, haricots, pois, morceau de pain, farine, etc. Après avoir séparé les couvercles des boîtes, l'enfant doit les remettre. Ce jeu constitue donc, outre une excellente leçon de choses, un exercice de mémoire visuelle.
Par tous ces exercices, l'enfant a déjà en sa possession un petit bagage de mots avec lesquels nous allons commencer le travail de décomposition et de synthèse.
Nous ne parlons pas de l'écriture qui fait
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Fig. 32.;- JeulII (p. 129).
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Fig. 33. - Jeu IV (p. 135). j
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l'objet d'exercices spéciaux, d'abord avec des mots simples. Nous faisons seulement remarquer que pour l'écriture comme pour la lecture, nous débutons par le mot et par la phrase.
Jeu IV. Les petites scènes. (Fig. 33).
Une série de petites scènes de la vie familière ont été dessinées sur des cartons de 15 cm. sur 16. Sous ceux-ci, le professeur place lui-même la phrase qui décrit la scène et donne à l'enfant une deuxième série de phrases semblables qu'il doit assembler par simple identification.
Peu à peu on supprime la première série, et le travail de comparaison se complique d'un exercice de mémoire. Une troisième série de phrases est présentée ensuite à l'enfant; cette fois, elles sont décomposées en mots et l'élève doit les reconstituer avec modèle ou sans modèle.
Le nombre de ces petites scènes n'est pas fixé, nous les multiplions à mesure qu'un petit événement se passe dans la classe pour attirer l'intérêt de l'enfant.
Cet exercice peut être le sujet d'un travail collectif : le professeur ayant distribué les phrases, présente une par une les petites scènes et demande la phrase qui s'y rapporte; il peut aussi donner à chaque enfant quelques phrases et montrer celles
de la deuxième série pour que l'enfant compare; parfois il les écrit au tableau et demande la scène à laquelle la phrase se rapporte.
Le grand point est de soutenir l'attention et de multiplier les exercices.
Jeu V. Les planchettes. (Fig. 34).
Ce jeu constitue un petit travail de synthèse; il se compose :
1° D'une série de huit planchettes de 12 cm. sur 15 sur lesquelles on a pyrogravé des chaises portant : a) une balle; b) une tasse; c) un pot; d) un chapeau; des tables portant les mêmes objets.
2° De petites planchettes de 2 cm. de hauteur portant les unes le nom des objets cités plus haut, les autres les mots : est sur.
L'enfant apprend à combiner ces mots pour former les phrases telles que : La balle est sur la chaise. Le chapeau est sur la table .
Le dessin de ces objets est fait d'une manière rudimentaire afin que l'enfant puisse dans son petit cahier l'imiter facilement.
L'exercice inverse peut être fait également; l'institutrice écrit au tableau ou compose avec les planchettes une des petites phrases et demande à l'enfant de donner le dessin correspondant.
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Fig. 34. - Jeu V (p. 136).
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A ce stade l'enfant est capable de faire dans le petit cahier que l'on met à sa disposition, des exercices dans le genre de celui qui est représenté ci-contre. A côté du dessin, l'enfant colle le papier sur lequel on a écrit la phrase. Cette phrase qui est tout d'abord entière est ensuite découpée, et l'enfant en collant doit la reconstituer.
En décomposant ainsi ses phrases, l'enfant finit par reconnaître les petits mots qu'il y rencontre souvent : le, la, est, a, de, du; il les isole lui-même et finit par les lire spontanément dans de nouvelles phrases.
Alors seulement l'institutrice commence à assembler parmi les mots connus ceux qui offrent des syllabes semblables et à attirer l'attention de l'enfant sur cette similitude. L'élève entre dans le stade de la décomposition qui offre pour lui un intérêt souvent très vif, parce que, stimulé, il s'amuse à rechercher dans sa petite provision de mots les syllabes connues et qu'il va ainsi de découverte en découverte. Nous insistons beaucoup sur l'importance que nous attachons au dessin dans l'enseignement de la lecture. Tous les travaux personnels de l'enfant sont accompagnés de dessins et nous essayons de l'amener à traduire aussi rapidement par le dessin que par l'écriture l'idée qu'il veut exprimer.
Nos enfants étant internes, il nous est souvent possible de
faire de la lecture en dehors de la classe; à table, par exemple, nous donnons à l' enfant de petits sacs renfermant des planchettes sur lesquelles nous avons pyrogravé le nom des principaux mets. Pour demander sa nourriture, il donne la planchette voulue. De même, au jardin, nous avons placé des étiquettes en tôle qui portent en rouge sur fond blanc, le nom des plantes et des arbres; on les fait enlever par les enfants, puis remettre. C'est en même temps une leçon de choses amusante.
La leçon de lecture ainsi comprise est en même temps un agent de développement intellectuel des plus efficaces ; elle amène l'enfant à penser et le fait agir.