CHAPITRE III
LE RÊVE ET LA VEILLE
Le phénomène qui avertit le disciple qu’il a atteint le degré d’évolution précisé au chapitre précédent est une transformation qui se produit dans ses rêves. Auparavant ses rêves étaient embrouilles et arbitraires ; ils commencent à présenter une suite logique, leurs scènes se succèdent raisonnablement comme celles de la veille. On peut y reconnaître des lois, des causes et des effets.
Le contenu des songes se modifie également.
Tandis qu’auparavant on n’y trouvait que des échos de la vie quotidienne, des impressions déformées soit empruntées à l’entourage, soit provoquées par les phénomènes de la vie organique, à présent des images se présentent venues d’un monde auparavant inconnu. Au début per-
siste assurément le caractère général du songe, en ce sens que le songe se distingue de la représentation de la veille par son caractère symbolique. L’observateur attentif des rêves ne méconnaîtra pas ce symbolisme. On rêve, par exemple, que l’on s’est emparé d’un animal répugnant et l’on éprouve dans la main un sentiment de dégoût. On se réveille et l’on remarque que l’on tient dans la main un coin de la couverture.
Ainsi donc, cette perception réelle ne s’exprime pas directement, mais bien par un symbole. Ou bien l’on songe que l’on fuit devant un agresseur et l’on éprouve de la crainte. En se réveillant on constate que l’on a été pris de palpitations de cœur pendant le sommeil. L’estomac rempli de mets indigestes engendre des songes effrayants. De même les événements qui se passent dans l’entourage du rêveur se reflètent symboliquement dans ses songes. Le tic-tac d’une pendule évoque l’image d’une troupe guerrière qui avance au son du tambour. Une chaise qui tombe peut donner naissance à toute une tragédie où le bruit de la chaise se transforme en coup de feu.
Lorsque le corps éthérique commence à s’organiser, les songes, tout en conservant d’abord leur caractère symbolique, prennent un aspect plus logique. En même temps, l’on voit s’y mêler
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progressivement des images empruntées à un autre monde, et c’est ainsi que le disciple fait généralement ses premières expériences dans les domaines inaccessibles à la conscience normale. Mais il ne faudrait pas croire qu’un vrai mystique s'appuie sur les révélations de ses songes pour donner une base à ses enseignements sur les mondes supérieurs. Il ne considère ces expériences de rêve que comme les signes précurseurs d’une évolution supérieure. Mais bientôt il se produit un fait nouveau : c’est que les images qui défilent devant le rêveur, évolué dans Toccultisme, ne sont plus comme auparavant soustraites à la direction de l’entendement, mais bien réglées par lui et considérées en bon ordre comme les représentations et les sensations de la veille. La différence qui sépare le sommeil de l’état de veille s’efface de plus en plus. Le rêveur est éveillé et conscient, au vrai sens du mot, pendant toute la durée du songe, ce qui veut dire qu il se sent capable de dominer et de conduire à son gré le cours de ces représentations symboliques.
Pendant le rêve, Thomme se trouve effectivement dans un monde différent de celui que lui montrent ses sens physiques, mais avant d avoir développé ses organes spirituels, il ne saurait se
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faire de ce monde ,que des représentations confuses et contradictoires. II n’existe pour lui que comme le monde physique existerait pour un être qui ne posséderait que les premiers rudiments des organes des sens, et c’est pourquoi l’homme non évolué ne peut voir dans cet autre monde que des reflets, des « succédanés » de la vie ordinaire. Ces reflets lui apparaissent en songe parce que, à l’état de veille, son âme les imprime dans la matière même qui constitue cet autre monde.
Il faut bien se rendre compte, en effet, que l’homme à côté de son activité quotidienne consciente, exerce inconsciemment une autre activité dans le monde supérieur. Tout ce qu’il perçoit et pense s’imprime dans ce monde et ces empreintes ne sont visibles qu’après le développement des fleurs de lotus. Or, il existe chez tout homme quelques rudiments primitifs des fleurs de lotus. A l’état de conscience normale il ne saurait rien percevoir par leur moyen, parce que les impressions qu’elles reçoivent sont très faibles, et cela pour une raison analogue à celle qui fait que pendant le jour on ne perçoit pas la clarté des étoiles. Elles ne ressortent pas pour la perception en comparaison de l’éblouissante lumière solaire. De même les faibles impressions des
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sens spirituels non évolués disparaissent devant l’action puissante des sens physiques. Mais pendant le sommeil, lorsque les sens extérieurs sont clos, ces impressions astrales se reprennent confusément à briller par ci par là et le rêveur se souvient des expériences inconsciemment faites dans un autre monde. Mais, comme nous Tavons dit, ces expériences ne sont au début pas autre chose que les empreintes gravées dans le monde spirituel par les représentations qui accompagnent la perception physique. Seul, le développement des fleurs de lotus rend possibles des perceptions vraiment indépendantes du monde physique. Uorganisation du corps éthérique qui vient ensuite confère l’appréciation parfaite de ces impressions reçues d’un autre monde.
C’est ainsi que commencent les rapports de l’homme avec un nouvel univers. Il lui faut maintenant, grâce aux directions de l’occultisme, atteindre d’abord un double but. En premier lieu, il doit lui devenir possible de se rappeler pendant l’état de veille les observations faites pendant le rêve. En second lieu, il doit être à même de les renouveler dans ce même étirt. L’attention qu’il portera sur les impressions spirituelles sera assez forte pour que ces impressions ne s’effacent plus devant les impressions physiques, mais
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qu’elles persistent d’une manière permanente avec elles et à côté d’elles.
Lorsque le disciple a acquis cette faculté, il commence à distinguer certains détails du tableau que nous avons décrit au chapitre précédent. Il perçoit ce qui dans le monde spirituel sert de base et de cause aux phénomènes physiques et c’est ainsi qu’avant tout il reconnaît son soi supérieur dans ce monde. Son premier devoir est maintenant de greffer sur ce sol supérieur tout son développement futur, c’est-à-dire de le considérer comme son être véritable et d’agir en conséquence. Il se pénètre peu à peu de l’idée et du sentiment vivant que son corps physique qu’il a appelé auparavant son moi, n’est plus qu’un instrument du soi supérieur. Vis-à-vis du moi inférieur, il ressent une impression analogue à celle qu’épi ouve l’homme borné aux sens vis-à-vis d’un instrument ou d’un véhicule. De même que ce dernier ne considère pas la voiture qui lui sert comme un des éléments de sa personnalité, même s’il dit : « je roule », comme il dirait ; je vais », de même l’homme évolué quand il dit : « je vais vers la porte » se représente en réalité ceci : « je porte mon corps vers la porte ». Mais ce concept doit devenir en lui si spontané et si naturel que pas un instant il ne l’éloigne
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du terrain solide de Texpérience sensible et qu'il ne laisse aucune place en lui à un sentiment d’éloignement vis-à-vis du monde physique. Si le disciple ne veut pas devenir un rêveur, il faut que sa conscience supérieure vienne non pas appauvrir ou entraver, mais bien enrichie sa vie dans le monde physique, de même que Ton enrichit sa vie de facilités nouvelles en utilisant un chemin de fer pour faire un voyage au lieu d’aller à pied.
Lorsque le disciple est parvenu à vivre ainsi dans son soi supérieur ou même pendant le stade oùils’assimile cette soi-conscience,on lui apprend comment il peut éveiller le feu de Koundalini dans l’organe centralconstituédanslarégiondu cœur et comment il peut le faire circuler le long des courants que nous avons décrits dans les chapitres précédents.Ce feu de Koundalini estun élémentde la substance spirituelle qui s’émane de cet orgâne central et ruisselle en des ondes d’un éclat admirable en traversant les fleurs de lotus en mouvement et les vaisseaux du corps éthérique évolué. Il rayonne au dehors dans toute la région spirituelle environnante etla rend visible aux sens supérieurs tout comme la lumière du soleil rend les objets physiques visibles à l’œil.
Comment ce foyer spirituel peut-il s’allumer
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dans l’organe du cœur? C’est ce que Tinstructeur seul peut communiquer individuellement à son élève, en lui enseignant un procédé dont la publication n’est pas permise.
En fait, le monde spirituel avec ses objets et ses êtres ne devient réellement perceptible à Thomme que s’il peut envoyer ce feu dans toutes les parties de son corps éthérique et dans son entourage, pour éclairer les objets. Si Ton va au fond des choses, on constate, à vrai dire, que le soi qui donne naissance à Koundalini réside, non pas à l’intérieur mais bien à l’extérieur du corps physique. L’organe du cœur n’est que le centre où rhomme recueille ce feu pour le projeter ensuite au dehors. S'il s’allumait à une autre place que dans cet organe, il arriverait que les perceptions spirituelles ainsi produites seraient sans aucun rapport avec le monde physique. Mais Thomme doit rapporter au monde physique toute force spirituelle et la faire agir dans ce monde. C’est précisément par l’intermédiaire de l’organe du cœur que le Soi spirituel s’empare du Moi sensuel pour en faire son instrument.
Le mode de perception des objets spirituels est très différent de celui qui unit les sens physiques au monde terrestre. L’homme physique a conscience d’être lui-même en un certain point de
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l’espace, tandis que les objets perçus lui sont extérieurs; par contre, l’homme spirituellement développé se sent comme uni à l’objet spirituel de sa perception et comme à l’intérieur de cet objet. Use transporte effectivement d’un lieu à l’autre dans l’espace spirituel, c’est pourquoi dans la langue occulte on l’appelle « l’errant ». Il n’est nulle part chez lui. S’il en restait à ce stade, il ne pourrait déterminer la place d’aucun objet dans l’espace spirituel, car, dans ce monde, comme dans le monde physique, il faut pour déterminer avec précision un objet ou un lieu, partir d’un certain point. Le disciple doit donc chercher un endroit qu’il soumet à une investigation approfondie et dont il prend pour ainsi dire possession. Dans ce lieu, il fondera sa patrie spirituelle, et c’est à cette patrie qu’il rapportera toutes ces découvertes. De même dans le monde physique, l’homme perçoit toute chose dans le cadre des représentations qu’il ^ tient de sa naissance. Involontairement, un Berlinois décrira Londres autrement qu'un Parisien. Mais il y a une différence entre la patrie spirituelle et la patrie physique. Dans cette dernière, c’est involontairement qu’on vient au monde et qu’on reçoit pendant sa jeunesse une série d’empreintes profondes à la lumière desquelles on juge instinctivement toute chose par la suite. La
patrie spirituelle se constitue au contraire en pleine conscience, on la choisit comme point de départ de ses jugements dans un état de liberté entière et lumineuse. Cettefondation d’une patrie spirituelle s’appelle en occultisme « se construire une maison ».
La voyance astrale dans cette étape s’étend tout d’abord aux contre-parties spirituelles des objets physiques dans la mesure où ces équivalents semanifestent danslasubstance astrale. Dans ce inonde résident toutes les choses qui, par leur essence, sont apparentées aux instincts, aux sentiments, aux désirs et aux passions humaines. Tous les objets, en effet, qui environnent l’homme sont animés de forces qui ressemblent à ces forces humaines : par exemple un cristal est façonné par des forces qui, pour l’investigateur spirituel, ressemblent à un instinct agissant dans rhomme. Des forces semblables font circuler la sève dans les vaisseaux de la plante, épanouissent les boutons, font germer les semences. Toutes ces forces revêtent une forme et une couleur pour la perception spirituelle, tout comme les objets physiques pour la perception sensorielle. Dans cette phase de son évolution le disciple perçoit non seulement le cristal, mais en outre les forces spirituelles qui l’animent. Il voit
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les instincts des animaux ou des hommes, non seulement dans les manifestations extérieures de leur auteur, mais immédiatement sous la forme d’objet, comme il voit dans le monde physique des tables ou des chaises. Toute la nature instinctive et passionnelle d’un animal ou d’un homme se manifeste dans la nébuleuse astrale qui enveloppe l’être, et qu’on appelle « aura ».
En outre, le clairvoyant perçoit des phénomènes qui sont impossibles ou tout au moins fort difficiles à concevoir pour les sens physiques. Il constate par exemple la différence astrale qui sépare un espace presque entièrement rempli d’hommes aux instincts bas et un espace où sont présentes des personnes d’une haute évolution. Un hôpital contraste avec une salle de danse, non seulement par son atmosphère physique, mais aussi par son ambiance astrale.
L’atmosphère astrale d’une ville commerçante est tout autre que celle d’uneuniversité. Au début le pouvoir de perception humain n’est que faiblement évolué pour de telles constatations. Visà-vis de la perception ordinaire des sens, ces perceptions supérieures apparaîtront d’abord comme le rêve vis-à-vis de la réalité, mais progressivement l’éveil dans les hautes régions sera complet.
La plus haute conquête de la clairvoyance à
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ce degré d’évolution est celle qui permet de discerner et d’apprécier les équivalents astrals des passions et des instincts humains ou animaux. Une action charitable s’accompagne d’une forme astrale tout autre qu’une action inspirée par la haine. Un désir bas donne lieu à une image astrale hideuse, tandis qu’une impression élevée en produit une très agréable à contempler. Ces contre-parties astrales sont faibles pendant la vie physique, car l’existence terrestre diminue de beaucoup leur vigueur : par exemple le désir particulier d’un objet produit un reflet de ce genre en dehors de la forme que revêt le désir en luimême dans le monde astral. Mais lorsque le désir est satisfait par l’obtention de l’objet physique ou du moins que la possibilité existe de le satisfaire, le reflet sera très affaibli. Il ne se manifestera pleinement qu’après la mort de l’homme lorsque l’âme, conformément à sa nature, continuera à éprouver ce désir et ne pourra plus le satisfaire parce que l'organe et l’objet physique auront disparu. Par exemple, un homme sensuel continuera après sa mort à éprouver le désir des jouissances de la table : il ne pourra plus les satisfaire parce que l’organe du sens du goût aura disparu chez lui et il s’ensuivra que le désir engendrera une image astrale particulièrement vi-
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vace qui tourmentera l’âme. Ces expériences par les équivalents astrals des passions inférieures après la mort constituent ce qu’on appelle la vie en Kamaloka. Elles ne cessent que quand Tâme s"est purifiée de tous les désirs dirigés vers la vie terrestre. Alors seulement cette âme passe dans une région plus haute nommée « Dévachan ».
Si faibles que soient pendant la vie physique, ces images astrales des désirs humains, elles n’en existent pas moinset l’accompagnent comme les germes de son existence kamalocique, semblables à la queue qui accompagne la comète, et le clairvoyant peut les percevoir à condition d’avoir atteint le degré d’évolution nécessaire.
La vie humaine s’écoule dans la succession alternative de trois étapes : la veille, le sommeil coupé de rêves et le sommeil profond sans rêves.
Avant que l’homme ait passé par la discipline occulte, sa conscience se trouve interrompue constamment par les entr’actes du sommeil.
Pendant ces entr’actes, l’âme ignore le monde extérieur et s’ignore elle-même. De temps en temps seulement dans cet océan d’insconscience surgissent comme des îlots des rêves issus soit des événements extérieurs, soit des états organiques. On ne voit tout d’abord dans les rêves qu’une manifestation caractéristique du sommeil
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et l'on ne considère en général que deux états, le sommeil et la veille. Pour la science occulte, le rêve a son importance à côté des deux autres états. Nous avons décrit précédemment les modifications qu’apporte dans les rêves humains le progrès vers la connaissance supérieure. Les rêves perdent leur caractère insignifiant, illogique et irrégulier et deviennent progressivement une activité régulière et raisonnable. A un degré supérieur d’évolution, non seulement les songes ouvrent un univers qui ne le cède en rien à la réalité sensible en vérité profonde, mais encore ils révèlent des faits qui représentent une réalité supérieure dans le vrai sens du mot.
Partout des énigmes et des mystères sont cachés derrière la réalité sensible et le monde physique manifeste les effets des forces supérieures : mais l’homme borné aux sens dans ses perceptions ne peut pas pénétrer jusqu’aux causes. Le disciple voit ces causes se révéler partiellement dans rétat qui, grâce à l’occultisme, succède à l’état de rêve ordinaire. Il ne doit, il est vrai, accorder de créance à ces révélations que lorsqu’elles lui sont confirmées par sa perception astrale consciente à l’état de veille. Lorsqu'il y parvient, il est assez évolué pour transposer dans l’état de veille les perceptions qu’il s’est
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assimilées par la transformation de ses songes, alors le monde sensible devient pour lui une chose nouvelle. Comme un homme aveugle-né voit après son opération Tunivers physique s'enrichir de toutes les données visuelles, de même le clairvoyant perçoit l’univers environnant orné de nouvelles qualités et rempli d’objets et d’êtres nouveaux. Il n’a plus besoin maintenant d'attendre des songes pour vivre dans un monde supérieur. Ilpeutseplacer,quand il le juge bon,dans l'état de conscience nécessaire à la perception supérieure. Cet état diffère pour lui de la vie ordinaire comme la perception extérieure diffère d'elle-même suivant que les yeux sont ouverts ou fermés. On peut dire littéralement que le disciple ouvre les yeux de son âme.
Cet état que nous avons précédemment décrit constitue seulement une transition vers les étapes supérieures de la connaissance. Si le disciple continue avec persévérance les exercices qui lui sont donnés par son instructeur, il découvrira que cette transformation n’influe pas seulement sur ses songes, mais encore sur la partie de son sommeil qui n'était auparavant interrompue par aucun rêve. L’état d’inconscience absolue où il se trouvait en ces moments est maintenant coupé par des épisodes conscients. Peu à peu surgissent
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des ténèbres profondes du sommeil des perceptions d’un caractère tout nouveau. Il est naturellement malaisé de décrire ces perceptions, parce que notre langue faite pour le monde sensible ne peut exprimer que de très loin les choses du monde supérieur. Il faut pourtant avoir recours aux mots pour décrire les réalités de ce monde nouveau et nous sommes obligés d'avoir recours à des comparaisons symboliques. Les choses et les êtres des mondes supérieurs sont heureusement assez apparentés au monde sensible pour qu'on puisse par comparaison se les représenter approximativement, mais n’oublions pas le caractère parabolique de ces descriptions. Le disciple est obligé de se mettre à étudier une langue svmbolique, qui seule peut traduire parfaitement les êtres et les objets du monde spirituel.
Si Ton veut se représenter les expériences qui, progressivement surnagent dans Tocéan de l’inconscience totale pendant le sommeil profond, c’est à des phénomènes d’audition que l’on peut le mieux les comparer. On peut parler de sons et de paroles réellement perçus. De même que les expériences du rêve ressemblent vaguement à des visions, de même les réalités du sommeil profond se rapprochent des impressions de l’ouïe. Remarquons en passant que dans le
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monde spirituel également la vision est une activité plus haute que l’audition. Les couleurs représentent une qualité plus élevée de la substance que le son ou le verbe. Mais ce que le disciple perçoit tout d’abord de ce monde au cours de son évolution, ce ne sont pas les phénomènes supérieurs de couleurs, mais les phénomènes inférieurs de sonorité. Lorsque son évolution générale l’a élevé au niveau de l’univers spirituel, alors l’homme y perçoit aussitôt les couleurs, mais tant que cet univers ne se révèle à lui que dans l’état de sommeil profond, il n’est capable d’y percevoir d’abord que des sons ou des paroles, bien que plus tard il puisse y voir apparaître même pendant son sommeil des couleurs et des formes.
Aussitôt que le disciple remarque que de pareilles expériences viennent couper son sommeil, son premier devoir est de les rendre aussi claires et aussi précises que possible. Cette tâche est tout d’abord très malaisée, car les souvenirs de ces états qu’il conserve pendant la veille sont très restreints. Il sait bien au réveil qu’il lui est arrivé quelque chose, mais il est incapable de le définir. L’important pendant cette période préliminaire est de demeurer dans le calme sans se laisser aller un seul moment à l’agitation ou
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à l’impatience, car ces dispositions ne pourraient qu’être en tous cas très nuisibles. Avant tout, loin d’accélérer le progrès, elles l’entravent nécessairement. Il faut avec sang-froid se faire réceptif et s’abandonner en quelque sorte aux révélations. Si, à un moment donné, l’on ne peut se souvenir des expériences du sommeil, il faut attendre avec patience que cette mémoire spéciale se soit éveillée ; ce moment arrivera certainement, et plus on se sera montré patient, plus on aura des chances de posséder d’une manière définitive cette faculté de se souvenir, alors qu’en agissant violemment, il serait possible peut-être de se remémorer une fois ces expériences, mais cette possibilité disparaîtrait pour longtemps ensuite.
Lorsque la mémoire des expériences spirituelles est devenue la propriété du disciple et qu’à l’état de veille sa conscience évoque avec une parfaite clarté les perceptions du sommeil profond, il lui faut diriger son attention sur le point que nous allons déterminer. Parmi ces expériences, il en distinguera de deux sortes : les premières lui paraîtront totalement étrangères à tout ce qu’il a auparavant connu. Certes, il ne lui est pas défendu d’y trouver une grande joie et un sujet d’édification, mais pour l’instant il ne doit
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point sV attarder. Elles sont les signes précurseurs d’un monde spirituel encore plus haut, auquel il n’accèdera que plus tard. Quant à la seconde sorte d’expériences, Tobservateur attentif ne manquera pas d’y découvrir une certaine parenté avec le monde dans lequel il vit normalement. Les problèmes sur lesquels il réfléchit au cours de l’existence, les mystères des choses environnantes qu’il voudrait comprendre, se trouveront éclaircis pour lui, grâce à ses expériences du sommeil profond.
Pendant la vie ordinaire, l’homme médite sur ce qui l’entoure, il se crée des représentations abstraites pour s’expliquer à lui-même les rapports qui existent entre les choses. Il cherche à comprendre les données des sens grâce à ses concepts. Ses représentations et ses concepts se concrétisent maintenant pour former le fond des perceptions spirituelles. Un concept auparavant obscur, nuageux se transforme en une réalité vibrante de vie et de sonorité et tel qu’on ne saurait la comparer dans le monde sensible qu’à des songes ou à des paroles. 11 semble au disciple que la solution des énigmes qui appelaient son attention lui soit communiquée du haut des plans supérieurs en sons et en paroles, et il acquiert la faculté de' relier ces révélations du mondesupérieur aux phé-
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nomènes de la vie ordinaire. Les choses qu’il ne pouvait imaginer qu'en pensées deviennent pour lui objets d'expériences et ces expériences sont aussi concrètes que celles du monde sensible, car les objets et les êtres de ce monde sensible possèdent d'autres attributs que les attributs perceptibles aux sens. Ils sont Texpression et l’émanation des réalités spirituelles et ce monde spirituel autrefois caché, le disciple l'entend résonner de toutes parts autour de lui.
Il est aisé de voir quelle bénédiction c’est pour l’homme arrivé à ce degré d’évolution que d’avoir développé normalement et régulièrement ses sens supérieurs. Il en est comme de l'homme physique qui ne saurait demander à ses sens l'observation exacte de la réalité que s'ils sont normalement constituées.
Nous avons décrit les exercices qui permettent au disciple le développement normal des cultés psychiques. Parmi ces exercices, l’un des plus importants est la concentration, c’est-à-dire l’art de diriger son attention sur des représentations et sur des concepts précis capables d’év^oquer les forces secrètes qui gouvernent l’univers. Il faut y ajouter la méditation, c’est-à-dire l'art de vivre ses idées et de s’en pénétrer profondément. Concentration et méditation sont les ins-
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truments par lesquels l'homme travaille au perfectionnement de son âme en développant en elle les organes de la perception supérieure. Pendant qu’il s’acquitte ainsi de ses devoirs de concentration et de méditation, son âme s’épanouit dans son corps comme l’em’oryon humain dans le sein de sa mère. Et lorsque apparaissent pendant le sommeil les expériences décrites plus haut,c’est que le momentdela naissance approche pour l’âme libérée et littéralement devenue une individualité supérieure que l’homme mûrit en lui-même. Les prescriptions qui concernent ces exercices n’ont une telle importance et ne doivent être observées si exactement que parce qu’elles représentent les lois de la germination et de sa croissance pour l’homme supérieur en voie d’individualisation. Cet homme supérieur doit à sa naissance constituer un organisme harmonique et complet, mais si les prescriptions sont mal observées, il ne saurait naître dans le monde spirituel qu’un être infirme et incomplet et par suite voué à une mort prochaine.
On comprendra sans peine que cette nouvelle naissance de l’âme ne puisse avoir lieu que pen dant le sommeil profond si l’on songe que les expériences brutales et violentes de la vie physique entraveraient nécessairement le développe-
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ment d’un organisme aussi délicat, encore incapable de résistance. Son activité sera étouffée par l’activité du corps physique, tandis que dans le sommeil, pendant le repos de ce corps, pendant qu’il est inactif au point de vue de la perception, l’activité de l’âme supérieure presque imperceptible au début, peut naître et se développer. Mais remarquons que le disciple ne saurait considérer ces expériences comme valables et y ajouter une foi entière que lorsqu’il est en état de les transférer intégralement dans l’existence consciente de la veille. Lorsqu’il peut le faire, il devient également capable de percevoir à travers les expériences physiques le monde spirituel, c”est-à-dire d’entendre les sons et les paroles qui lui dévoileront les mystères qui l’entourent.
Il faut se rendre compte, pendant cette phase de l’évolution, que l’on n’a à faire au début qu’à des expériences, isolées et plus ou moins incohérentes : c’est pourquoi il faut se garder de vouloir édifier sur elles une science complète ou tout au moins raisonnable, car on se trouverait amené à introduire dans le monde spirituel des notions et des idées purement imaginaires et à se construire de la sorte un univers sans aucune ressemblance avec le véritable univers spirituel. Le disciple ne doit jamais laisser échapper le contré le rigoureux
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de soi-même. La vraie méthode est : de travailler à rendre de plus en plus précises les véritables perceptions spirituelles que l’on veut avoir et d’attendre patiemment que d’autres se présentent spontanément qui viennent se relier aux précédentes. Car les forces spirituelles attirées par les exercices de concentration, agrandissent le champ de conscience chez le disciple pendant son sommeil. Son état d’inconscience est coupé par des expériences de plus en plus nombreuses et des périodes toujours plus courtes de son sommeil s’écoulent dans l’inconscience. C’est ainsi que progressivement s’agrègent les unes aux autres les expériences isolées, sans que ce travail d’agrégation soit troublé par des associations d’idées qui ne pourraient être issues que du m.onde sensible. Moins nous appliquons à ce monde spirituel nos habitudes de pensée ordinaire et mieux cela vaut.
Dans ces conditions, le moment s'approche sur le sentfer de la connaissance supérieure où le sommeil tout entier n’est plus qu’une suite ininterrompue d’expériences conscientes et où, pendant le repos du corps, on vit d’une vie aussi réelle que pendant la veille. 11 est à peine besoin de remarquer que comme cette réalité nouvelle est tout autre que notre ambiance physique, il
faut apprendre progressivement à établir un lien entre elle et l’entourage sensible où nous vivons. Mais auparavant, le monde que nous connaissons pendant le sommeil est une révélation entièrement nouvelle. Cette étape importante qui se caractérise par Tacquisition de la conscience pendant le sommeil s’appelle en occultisme la « continuité de la conscience ». Dans la période que nous allons étudier maintenant, l’âme travaille en tout temps en possession de sa pleine
conscience.