LE DIMANCHE SENTIMENTAL
Pour la troisième fois, Nebo franchissait le seuil de l'hôtel Vologda, une matinée de dimanche; non plus invité de hasard, amené par un sculpteur ami, ou revenu pour retoucher un dessin ; il avait été prié par la duchesse douairière, écrivant : « En mémoire de vos façons de disparaître après avoir émerveillé, je vous menace de ma visite de gratitude si la vôtre tarde. » Et la spirituelle impotente, à son entrée, lui tendant les deux mains disait à Paule : « Petite, à ta place, je l'embrasserais. »
Et la princesse rougissante, feignait de ne pas avoir entendu la singulière invite.
— (( Asseyez-vous là, près de moi, plus près », disait la vieille, femme, « que je voie cet habit noir qui sort de sa poche à point nommé, le crayon du Vinci ou le poignard d'un franc-juge! On a assuré que la piqûre de Chester a fait une tache... »
— a Ineffaçable, duchesse. Les poignards de la Rose-
Croix laissent la signature d'un jugement sur les fronts. »
— « Qu'est-ce que votre Rose-Croix? »
— a Un secret, puisque c'est une force. »
— « Et vous êtes le chef? »
— « Je ne suis pas le chef. »
— (( Il yen a donc un autre plus surprenant que vous?»
— « Il y en a un autre infiniment plus surprenant que moi. »
— (( Je voudrais bien le connaître, celui-là. Et quel rapport y a-t-il entre vous et la franc-maçonnerie? »
■ — (c Le même qu'entre un cardinal romain et la Convention, Laissez-moi vous prier de démentir de toutes vos forces, auprès de ceux qui la manifesteraient, l'idée que je sois affilié à Nergal, à Quéantetau prince des Baux. L'intervention de ces Messieurs s'explique avec facilité autrement. »
— (( C'est le moins de vous complaire en si peu; d'autant qu'envers vous la reconnaissance ne sait qu'imaginer... »
— a Qu'imaginerait- elle? J'ai sauvé d'un contactlaid une beauté que j'avais sauvé de l'effarement mortel; mon léger coup de poignard est un dernier coup de crayon pour écarler du modèle un escarbot qui l'eût frôlé. »
— « J'auraris donné un mois de la courte vie qui me reste, pour ce spectacle ; et cette petite masque renvoyant ce prélat à l'étude de la théologie morale ! Ce soir-là, elle a été une Riazan. »
— (( Et M. Nebo a été Nebo en personne », ditPaule.
— « Je ne comprends pas », fit la douairière.
— « Nebo est le nom Khaldéen de Mercure », dit Paule.
— « Tu es si savante que ça ! A la prochaine vente, tu bâteras, j'imagine, un pope des inscriptions. Va, princesse, continue tes diableries, et tu auras la conscience d'avoir déridé ta tante ; oui, Monsi eur Nebo, un haut fait pareil... c'en est un dans la platitude mondaine... me rajeunit et ravive une Vologda que vous ne pouvez soupçonner et que je n'évoquerai pas devant ma nièce : cela seul vous la fait apercevoir. »
— « Evoque, tante, évoque, ta nièce va mettre son chapeau, tu pourras jeter ta cornette », et elle sortit.
— Vous entendez ce langage qui révulserait le parterre de Dumas et de Sardou : il me plaît, il ne sonne pas faux au moins. Je n'ai que deux haines, la démocratie et l'hypocrisie et j'aime mieux encore un vrai voyou qu'une fausse vertu. Je ne sais, Monsieur Nebo, que cette science qui s'amasse en nous avec les ans ! et à ce moment très lucide où la vieille femme n'est pas encore une vieille bête, je vois que ce qui est beau uniquement beau, c'est l'expansion de la personnalité généreuse, au soleil de Thistoire, si la naissance favorise et pour ses propres yeux, si votre destinée est obscure. Une nièce niaise et fausse comme vos jeunes filles françaises, je l'aurais déjà mariée ; elle n'eût été bonne qu'à tromper correctement un mari. Oh! Paule, je la dissuaderai du mariage ; je ne vois personne digne d'elle, puisque vous n'êtes pas le prince Nebo. »
Et la douairière enveloppait dans un compliment la déclaration de la distance des castes et aussi le découragement préventif de toute idée de mariage.
Le Platonicien avait remercié de l'éloge par inclinaison de tête, sans relever le gant jeté à sa roture ; et la maligne grande dame n'eut pas l'idée, en rapprochant les actes éclatants de Nebo de sa tenue ordinaire,
d'apercevoir en lui un hypocrite de médiocrité et de voir à sa main ce roseau de Brutus qui renfermait un bâton d'or pur.
— (( Monsieur Nebo, je vais passer l'après-midi chez Olga, je voudrais vous prendre avec moi jusqu'à Durand Rucl, pour l'authenticité d'un Corot ; j'ai parié, je vous rends votre liberté tout de suite après. »
— « Princesse, ma critique d'art est à votre disposition. »
La douairière lui tendit la main.
— « Remercier, ce n'est pas assez; rendre, impossible. L'insolvabilité admise, je ne peux plus vous dire que le « vous êtes chez vous, » des provinciaux qui veulent mettre leur hôte à l'aise. »
— (( Je ne pourrai pas malheureusement abuser de cette précieuse assurance, m'absentant beaucoup, je ne l'oublierai pas pourtant. »
Et le Platonicien descendit avec la jeune fille. Le coupé attendait.
— « A quoi ce Corot sert-il de paravent? » fit Nebo en s'asseyant en face d'elle.
La Princesse entr'ouvrit sa pelisse d'un air malicieux :
— « Vous ne voyez pas que j'ai mis une robe simple de grisette ; vous n'avez pas vu que je vous dérobais ceci l'autre soir? » et elle montra la perruque brune.
— « Vous voilà devenue mon Mentor, princesse. »
— « Je deviens une grisette, une demoiselle de magasin, et je veux que le calicot de mon âme, ou l'expéditionnaire de mes pensées me mène à la campagne, effeuiller des marguerites et manger une matelotte. »
— « Vous avez lu Paul de Kock ou Murger, Paule, cette semaine? »
— « Et vous, dessiné des têtes ennuyées, car vous ne diriez pas sans mentir que mon projet vous enthousiasme juste assez pour ne pas m'envoyer toute seule promener. »
— « La prudence... »
— 0 Oh! mon ami, j'ai prévu toutes les objections; le coupé vous laisse à la place Royale et me met boulevard Haussmann; je me débarrasse de ma pelisse, je fais ma tête et j'entre dans le fiacre qui stationne, et où vous êtes, stores baissés. »
— « Olga est dans la confidence? »
— « Elle croira que je vais voir mes pauvres. Résignez-vous, cher, descendez ici, et soyez dans un moment au 43 du boulevard Haussmann. »
Pour passer outre la mauvaise volonté qu'il avait laissé voir, la princesse devait désirer éperdûment cette escapade, et le Platonicien se demandait si la curiosité d'une partie de grisette ne couvrait pas l'intention d'une jeune fille éprise et qui compte sur l'influence du paysage, l'amolissement qui descend avec le crépuscule et la complicité d'une journée de printemps, pour forcer un cœur à se fondre brusquement en tendre aveu. Cette méfiance s'évanouit à la réflexion; il pensa que chez la jeune fille, ces idées-là inavouées et confuses, n'avaient pas le caractère d'un dessein, qu'elle les portait en elle, dormantes et presque à son insu. Il se promit d'être, ce jour-là, aussi professeur que possible et de déjouer ce piège inconsciemment dressé. La rougeur de la princesse, à l'invite de l'embrasser faite par la douairière, symptôme alarmant, l'affermissait dans la résolution de froideur impersonnelle dont il se relâchait au début. Maintenant il sentait nécessaire entre eux, une précaution contre
ces surprises de la sensibilité qui, en troublant l'âme de la jeune fille, lui gâterait à jamais l'incomparable androgyne qu'elle devait réaliser, sous la fécondation du verbe insexuel.
. — a Bonjour, Rodolphe, je suis Musette! » fit la princesse en se jetant dans le fiacre où Nebo l'attenpait.
Sa robe de mérinos au simple col blanc en ôtant le rang social, haussait sa beauté et, devenue ouvrière toilettée, elle étonnait l'admiration.
— (( Soyez fille de Paul de Kock, s'il vous plaît; je demeure Nebo, pédagogue jeune , mais ennuyeux. Pour répondre à votre air, il me faudrait coiffer un béret basque, mordre une pipe et me préparer au cavalier seul de quelque chaumière. Non, princesse, nous ne jouons pas la comédie sentimentale, nous la regardons ; je vous ai promis un spectacle, non de monter avec vous sur la scène. Nous verrons, puisque telle est votre envie, des griseries et des fornications ; mais impassiblement, tempérés et chastes. A suivre votre élan, la princesse Paule serait femme d'ici ce soir. »
— « Si les marivaudages de Shakespeare ne m'avaient pas préparée aux vôtres, je vous déclarerais grossier, et bien prêcheur et renfrogné, parce que vous n'avez pu machiner vos magnifiques nausées, et que la réalité que je vous force à me montrer d'improviste va détonner en beau sur le fond horrible de ce que vous me montriez. »
Nebo secoua la tête.
— « Je sens en vous des sentiments inconnus à vousmême, et je pare des coups que vous porteriez inconsciemment ; coups mortels à notre lien. Laissez-moi
être obscur en mes termes et soyez satisfaite. Cette voiture nous mène à la gare de Vincennes, et cette ligne à la friture du souper en plein air et au clair de lune au bord de l'eau. Toutefois, ne perdez pas la lucidité par innervation Imaginative : je prêche pour avoir une écolière calme et susceptible de critiquer le tableau, non pas une emballée, avant la course, et qui prendrait les bords de la Marne peur ceux du Lignon. »
Sa vivacité littéralement douchée s'abattit ; elle soupira.
— « Il y a des êtres qu'on devrait appeler des abatjoies. »
— « Des jours aussi » , commença Nebo avec sérénité. « Il y a une tristesse qu'on spécifierait bien la tristesse du dimanche ; l'âme générale, désengourdie de l'œuvre servile, s'étonne et hésite à cet arrêt d'activité ; le courant du flot social ne soutenant plus l'être ordinaire, ce repos lui pèse parce qu'inhabituel, il le laisse face à face avec lui-même, confrontation plus terrible que celle de la Nécessité. Le Dimanche catholique, avec sa grand'messe et ses vêpres, est le jour idéal de la semaine, le jour poétique et ptérien ; mais le dimanche républicain qui égrène, de la Bastille à l'Arc-de-Triomphe, la bourgeoisie en habits neufs, navre comme l'automatisme d'hommes sans âme sortant par ordre et se promenant à jour fixe toute l'année.
Aux jeunes gens, il apporte plus de joie sentimentale. Combien de femmes se privent de presque tout pour vêtir, ce jour-là, une loque de mode : le petit monde n'a que l'après-midi où nous sommes pour s'exhiber, se pavaner, se jalouser et médire. Depuis
la messe jusqu'à la promenade obligatoire aux Cliamps • Elysées, ce sont les heures, seules propices de la semaine, aux flirtations par œillades et suivages. Pour cette catégorie rare en province, à Paris légion, dont l'indépendance n'a pas à compter avec la considération, c'est liesse et soulas. Tout ce que les grands magasins ont d'employés et de commises, la bureaucratie et la lingerie, les calicots et les modistes s'épandentdans la banlieue de Paris, à cette heure. »
— « Eh bien ! je vais donc voir des gens naturels, francs de tout collier, l'amour sans entraves et parlant sans aigreur ni craintes. »
— «D'après ce que vous connaissez déjà, vous pourriez mieux conclure ; ces gens francs de collier sont un peu des sauvages, et cet amour sans aigreur, sanguinaire et plus méchant que la haine. »
— (( Voilà de vos discours sans cesse noyant d'imprécations choses et gens de l'amour. »
— « Au retour, je vous redemanderai votre avis. Pour l'heure, considérez que rien n'éclaire aussi bien que l'intérêt; et la Société, en excommuniant ceux qui lui refusent les garanties de la sociabilité comprises toutes dans le mot considération, obéit à l'instinct défensif, à l'esprit de corps et désigne les femmes libres et les hommes dissolus , par un difidatevi comme il y en a aux murs de Monte-Carlo : « Prenez garde à ceux-là qui n'ont pas de mœurs et n'obéissez qu'aux lois. »
La gare de Vincennes était pleine de retardataires du dimanche, de ceux qu'une nécessité avait retenus et qui allaient rejoindre les bandes amies. Une gaieté bruyante, les coudes joyeusement bousculeurs, des cris d'animaux jetés comme la détente d'un long mu-
tisme et d'une contrainte de gamin, les rubans clairs des chapeaux de paille, les vestons de coutil blanc, le vert des filets à papillons, les lignes démesurées frappant sur les boîtes d'herborisation, tout l'attirail des plaisirs rustiques ; et presque en toutes les mains une bouteille pliée dans un journal ou des paniers de victuailles ; dégagées et plus fines d'allures dans le frelonnement masculin, les femmes cherchant des attitudes, appuyées sur des cannes ombrelles ou se penchant les unes vers les autres, avec des confidences coupées de petits rires. A peine le train formé, il était pris d'assaut en un grand brouhaha; on eût dit l'embarquement pour Cythère, tel que le peindrait un impressionniste, admirateur de Manet, et qui aurait fait son esthétique à Médan.
— « C'est d'un vivant, ce train ! » fit Paule, en se mettant à la portière.
— (( Si vous disiez, c'est d'un bruyant ; un train de bestiaux est vivant aussi, et le bétail, à quoi pense-t-il quand on le charrie ? à se vautrer dans l'herbe, paître, boire frais et s'accoupler; ce train d'immortels renferme-t-il d autres préoccupations? »
— « Ah ça ! monsieur mon professeur, vous m'avez dit : (( Après les mœurs, les passions ; après l'instinct, le sentiment ». Or, nous continuons ce que vous appelez l'éthologie et ne faisons point de l'initiation sentimentale. »
— « Vous vous figurez donc, Paule, que les passions sont autre chose que des instincts entraînant l'àmc dans leur tourbillon? L'amour, considéré dans ses Archétypes de la réalité comme Antoine et Cléopâtre ou de l'art comme Roméo et Juliette, n'est que l'exaltation sexuelle. Je définirais la passion, la sentimenta-
lisation d'un instinct ; c'est-à-dire, l'exaspération d'un besoin spécialisée dans son objet. Aimer, c'est avoir le besoin impérieux de voir, d'entendre, de toucher un être et d'être vu, entendu et touché par cet être, en réciprocité de sentiment. L'amant qui arrive à se persuader qu'il a besoin pour vivre d'être aimé de telle, s'il ne l'est pas, se suicidera par conviction que cet amour était indispensable à sa vie. Entendez une jalousie se parler à elle-même : « D'autres posséderaient cet être ! d'autres lèvres...! d'autres bras...! non, non, je ne le peux pas ». En se répétant ce « je ne le peux pas », la jalousie devient la rage et peut mordre. Toute l'animalité remonte au cœur et l'on est en présence d'une brute plus ou moins dangereuse.
Le phénomène de l'exaspération sentimentale dans sa croissance dépend de l'imagination, mais son apogée c'est la paralysie du cerveau. Voyez la colère d'un lion encagé au Jardin des Plantes et celle que vous pourrez exciter chez un prisonnier : au paroxysme tous deux voyant rouge, l'homme se trouve momentanément au même degré de l'échelle zoologique que le lion. Voici un régiment de turcos qui charge à la baïonnette: au point de vue psychique, il n'ont plus d'âme et ne sont qu'un troupeau de buffles. La pos^ session amoureuse, plus elle est violente et emportée, plus elle s'aligne au verbe saillir, parce que dans le spasme violent, il n'y a plus d'activité cérébrale perceptible, l'entendement disparaît sous les vibrations nerveuses. Aussi l'erreur est-elle énorme d'admirer comme des culminances de l'individualité le moment même où l'homme perd son humanité. Si j'avais frappé Ghester de mon poignard, en dehors des con-
ceptions légales de cet acte, j'aurai agi animalement, j'aurais défendu la femelle que j'aime contre un autre animal ; je l'ai marqué seulement au front et l'ai puni, sans cruauté. Les gens qui s'étonnent en lisant ; « Les cuirassiers se sont élancés comme des héros » sont des imbéciles ; outre qu'il ne pouvaient pas reculer de peur des conseils de guerre, une fois l'élan pris, ils passaient au rang des fauves et mourraient à l'état de mammifères, non pas à celui humam.
Le héros véritable, c'est celui dont la mort couronne une idée, non pas le butor à qui un pays a dit : « La consigne est de mourir pour favoriser la vente des bonnets de coton, chez un peuple lointain. » Ecoutez une magnifique histoire d'amour : Une femme jeune et belle, mais pauvre, adorait son amant, et en était adorée. Un mariage magnifique se présente pour le jeune homme, prémices d'un grand avenir; que fait cette femme adorante et adorée? Elle feint d'être détachée, le détache d'elle doucement, pour qu'il n'en souffre, et disparaît. Voilà du sublime : aimer c'est préférer quelqu'un à soi-même, et lui sacrifier même son amour : le reste, des blagues et, en réalité, le duel de deux égoïsmes. »
Le train s'arrêtait à Joinville-le-Pont ; les deux jeunes gens descendirent :
— « Allons d'abord à la recherche du restaurant », dit Nebo.
— « Voilà une préoccupatiou bien matérielle pour un Platonicien. »
— « Préjugeuse obstinée, n'est-ce pas dans la griserie d'un désert que le naturel s'étale, et si nous choisissons une table, au lieu d'entendre un seul groupe, nous aurons plusieurs spectacles en même temps. »
— (( Vous avez raison », fredonna Paule, et, subitement gamine, d'une marche sautillante, elle se jetait sur les fleurs aperçues, en piquait la boutonnière de son compagnon, et arrachait des feuilles qu'elle mâchonnait en noyant son regard dans le vert d'une ligne de peupliers. Puis, sa mutinerie rêva, elle prit le bras du jeune heune homme, s'y appuyant avec un abandon conseillé par la surprise que la nature faisait à ses sens.
— « Ces trembles, qui ont dû donner l'idée des clochers au premier architecte chrétien, montant si droit et si haut vers le ciel et restant enfouis dans la terre, avec leur ondulation et leur froissement de feuilles, me semblent les Nebo et les Paule qui s'élèvent, s'élèvent, dépassent de vingt coudées les autres arbres, mais restent enchaînés au sol par de profondes racines. »
— « Poétique grisette, quelle impression vous fait métaphoriser ! »
— « Une impression de détente ; ma personnalité diminue, je raisonne moins et je vis plus, une communion subite me relie à la végétation, je sens de l'air, du vent, du soleil, de la vie entrer en moi ; quelque chose comme un Poussin, qui deviendrait un Corot, je gagne des sensations et je perds des idées : et une pression de votre bras me remuerait plus qu'un éclair de votre esprit. »
Et s'arrêtant comme pour s'écouter sentir.
— (( Vrai, je me sens toute drôle et changée, à croire qu'avec l'habit de la grisette, j'en ai pris l'âme. »
Ils débouchaient au bord de la Marne ; un restaurant en plein air avait une physionomie de petite fête de village ; des balançoires s'envolaient, montrant des bas de jambes, au milieu de petits cris d'effroi ; les
tessons métalliques sonnaient sur le bois d'un jeu de tonneau ; on entendait claquer les amorces d'un tir Flobert et un orgue de Barbarie égrenait les notes faussées du Miserere de Verdi.
Pendant que Nebo choisissait une tonnelle et commandait le dîner, Paule, arrêtée devant les chevaux de bois, les regardait tourner, si fixement, qu'un jeune homme s'avança et lui offrit de lui payer un tour. Elle répondit par un éclat de rire, laissant stupide le galant commis.
Un canot clapotait imperceptiblement, émergeant d'une nappe de lentilles d'eau, Paule voulut absolument s'y embarquer.
— Égoïste princesse », dit le Platonicien, en saisissant les rames, « qui ne vous demandez pas si on a assez de biceps pour vous satisfaire? »
Il ramait avec effort, d'un rhythme lent qui cachait sa faiblesse musculaire, tenant le milieu de la rivière et filant droit. Paule, rêveuse, laissant pendre une main dans l'eau, de l'autre couvrait ses yeux de la réverbération. Soudain, elle fit signe de ralentir, et ses regards s'attachèrent à un grand saule de la rive. Là, deux amants s'embrassaient, s'enlaçaient, couchés sur l'herbe, et dans un oubli si complet de ï'alentour, qu'ils n'entendaient pas le bruit des rames. Le visage empourpré, la princesse s'oubliait à cette vue quand, brusquement et d'une seule pesée, Nebo l'arracha à cette contemplation; elle ne put contenir sous sa pau^ pière, un regard rancunier, n'osant pas exprimer son ennui devant le sourire ironique et un peu méprisant du rameur.
Désormais ses yeux fouillèrent la saulaie des deux rives, battant les buissons, et écartant les algues pour
découvrir les récitants d'amour, les orantes du doux péché. De moment en moment, un couple émergeait du feuillage, lutinant lascivement ; des rires nerveux, des exclamations sensuelles, des remuements insolites avaient lieu dans les herbes hautes; l'éclair de couleur d'un ruban dénoué et flottant; un air de romance entrecoupé de silences. Parfois, les aigreurs de voix qui récriminent ; des menaces jalouses, de violents démentis, et la princesse, envoûtée par la sexualité qui flottait dans l'air, regardait Nebo à la dérobée, avec, dans l'œil, l'analyse aiguë qui détaille et condamne ; il lui paraissait froid, parleur éternel, être sans poésie ; et, sans s'avouer qu'elle blasphémait cet être presque surnaturel, elle le trouvait, à cette heure, en ce lieu, déplacé, inhumain, sans vibration sous le magnétisme d'une fin de journée de printemps.
La barque remontait toujours la Marne quand les derniers rayons du soleil s'éteignirent.
— Retournons », dit Paule.
Docilement, le Platonicien renversa ses avirons et vira de bord.
Paule s'étonna de ne plus reconnaître les sites et de n'y plus retrouver la même impression ; elle ne regarda plus les rives vertes qui bleuissaient ; l'apaisement du soir la dégrisait de son ivresse d'un moment : et Nebo reprit dans sa pensée sa haute stature.
Elle admira cet être adamantin , que la vie ne rayait pas et dont la force maîtrisait le charme comme le danger. Cette barque qui les emportait tous les deux dans la mélancolie du soir, lui apparut une image de sa vie, doucement menée par ce rameur silencieux, qui grandissait dans l'ombre croissante et dont le mouvement grave et harmonieux donnait
à ce canotage crépusculaire une poésie berceuse.
Quand ils abordèrent, le restaurant, en plein soir, aux lanternes vénitiennes déjà éclairées, débordait de vacarme. Le restaurateur avait eu grande peine, assura-t-il, pour conserver leur table aux retardataires.
Nebo, à peine assis, en promenant son regard aux tonnelles voisines, eut un sourire satisfait et répondant au regard interrogateur de Paule :
— « Nos entours sont presque tous de nos Daphnis et Chloé ; vous verrez d'ici peu que le becquotement est toujours double: sous les lèvres qui baisent vont apparaître les dents qui mordent. »
Une grosse gaieté faite avec des cocasseries lourdes h la Commerson, calembours et imitations d'acteurs, circulait d'une tonnelle à l'autre, et des appels à la cantonade rencontraient l'écho d'une réplique goguenarde ; les femmes riaient très haut et écartaient le petit doigt en buvant, avec un ensemble comique.
(( Tu sais, quand on veut chiffonner, il faut être plus généreux ; pingre et tannant, c'est trop à la fois ; zut! »
Et la grande fille blonde que Paule avait vue enlacée avec son amant commençait une dispute.
— « Tais-toi pour le monde ; tu ne sais pas te tenir, tu fais la fille «, répliquait le partenaire, un commis à la mine rougeaude et bon enfant.
La femme répliquait en gros mots, buvant à même la bouteille pour s'exciter, étalant leur intimité dans ses sanies et ses tares, et bientôt un silence se faisait pour écouter l'engueulade du couple ; une assiette volait par-dessus la tête de l'amant, et la maîtresse, en manière de bouquet au feu d'artifice de sa querelleuse humeur, tombait en crise de nerfs.
Alors, des tables voisines, on s'empressa en tumulte ; deux calicots, leur serviette au cou, tapèrent dans ses mains ; les femmes la dégrafèrent : et sous le jet d'un siphon lui jiclant au nez, elle revint à elle, pour sangloter : comiquement on la poussa dans les bras de son galant niaisement bénin, puis elle reprit sa fourchette, disant à une amie qui s'inquiétait encore :
— « Nigaude, je suis très bien; j'avais seulement besoin de ça. »
— « Eh », fit Paule, « ce dadais la ramènera à Paris, au lieu de la jeter dans la Marne. »
— « Le code n'est pas psychologique ; et un peuple galant n'a pas prévu les délits féminins. Tout ce qui ne touche pas à l'homicide et au vol qualifié est marqué socialement du signe musical « à volonté »
Quoiqu'il advienne , en amour , l'opinion partage l'avis de Guignol : c'est bien fait, voilà ce que c'est, fallait pas qu'il y aille. Soyez dupé, vilipendé par une femme, et les Gérontes paraphraseront le « qu'allait-il faire dans cette galère? » En effet, on s'accole une femme qui n'est pas même un honnête homme , à grands cris on s'étonne si elle dupe. La société ne peut pas mettre des gardes-fous au rocher de Leucade, et un masque de fer aux menacés du vitriol. Seulement, là où l'opinion s'égare, c'est dans l'épithète de faible femme ; la femme qui n'a rien à perdre au scandale, la femme avec une arme, n'est plus du tout une faible femme : elle est de ce sexe unique qui s'appelle l'ennemi. Si ce benêt, saisissant sa canne, avait bâtonné cette nerveuse perverse, un toile se serait élevé contre lui et des chevaliers seraient intervenus. Lui aurait-elle fendu la tête avec l'assiette et labouré
les joues avec ses ongles, on l'aurait contenu en disant : c'est une femme. Ces simples mots contiennent mille et une immunités ; et les jurys parisiens ont la bosse niaise si développée, qu'ils admettent comme manifestation autorisée du sentiment, l'assassinat.
Ces honorables butors raisonnent ainsi, que donner la mort à un indifférent, cela mérite l'échafaud, mais tuer son amant, rentre dans les choses absoutes et reçues.
J'ai entendu une dame concluant d'un semblable fait divers : « Il fallait qu'elle l'aimât bien pour le tuer Des femmes, après une rupture, ont dit sérieusement : « Je ne t'aime pas assez pour te scionner » .
Une aigreur de mot leur fît tendre l'oreille ; derrière eux un orage s'amassait, à un reproche qu'ils n'avaient pas entendu.
Une grande et forte brune, débitait d'une parole sifflante.
— « Va, mon petit, donne-t'en ici, la galerie te protège ; mais une fois rentrés, je t'en ferai une jolie vie... La nuit, quand tu voudras dormir, je pleurerai ou aurai des crises ; le jour, tout le temps ce silence qui te rend malade, qui te donne la sensation d'un danger, dis-tu, je te pousserai les plats de façon à t'ôter l'appétit... Je suis corsetière, je te ferai un corset de coups d'épingles où tu crèveras d'agacement. »
Et à révocation de cette intimité tortionnaire, Paule, qui retournait la tête, vit l'employé pâlir comme un homme de 1600 à qui on aurait promis la question.
— (( Ah ! mais », s'exclama la princesse, « l'amour est donc un duel à l'américaine et plus absurde, on s'enferme dans une liaison et on se coupe mutuellement
en petits morceaux , sans se tuer, ce qui vaudrait mieux. »
— « Quitter ou céder toujours sont les deux seuls termes du problème. Dans cette guerre de toutes les minutes, la femme a toujours la victoire, à moins d'avoir affaire à un voyou qui cogne et ne dispute pas. Plus l'amant sera nerveux, impressionnable et d'une éducation raffinée, plus il sera désarmé pour cette lutte d'envoûtement. On reconnaît à la femme le droit à l'absurde et aux lubies ; elle en abuse habilement. Elle lasse la plus forte résistance, par la continuité des aiguillonnements, et obtient les plus étranges concessions, par une comédie qu'on appelle exactement, faire des scènes. »
Une dispute à l'extrémité du restaurant l'interrompit.
— c( Vous avez pincé Madame sous la table ! » criait une voix d'homme en colère, et la suite se perdit dans un brouhaha général. Devant le dessert bousculé, les coudes s'appuyaient : les cigares et les pipes bresoyaient visiblement sous la clarté terne des falots. On s'embrassait là ; on se chamaillait à côté ; les couples en bonne intelligence, tapant des refrains avec leur couteau, paraissaient canailles aux yeux de Paule ; et la tenue des autres suintait de la haine et les calculs d'adversaires qui se guettent et cherchent d'allemandes querelleSf
Paule et Nebo descendirent vers la Marne.
— « Quand vous m'avez montré la débauche du premier venu avec la première venue, leur bestialité me révoltait ; maintenant que je vois l'amour consenti et choisissant, la méchanceté noire qui en émane me fait demander lequel vaut plus de la fille à tout venant ou
de la femme à un seul homme quand elle pèse sur lui de toute sa malice. Oui, vous avez raison, ce qui fait pardonner la passion, c'est sa douleur ; l'opinion n'a pas eu le courage de lancer ses pierres à des êtres si misérablement meurtris ! »
La lune montait dans le ciel, métallisant l'eau devenue noirâtre ; en s'éloignant du restaurant plein de clameurs, la princesse sentit encore l'emprise de la nature, toute différente, celle-là ; et des soupirs se pressaient sur ses lèvres qu'elle n'exhalait pas ! un besoin de confidence, d'une parole qui carressât, l'appuyait au bras du Platonicien silencieux, et dont la cigarette brillait dans l'ombre. Elle se sentait le cœur gros et presque l'envie de pleurer, attendrie délicieusement; la nécessité d'expansion où elle se trouvait, lui fit dire d'une voix emue, très douce :
— « Nebo, vous êtes bon ami et je vous aime bien. »
— « Vous m'aimez en ce moment plus que tout à l'heure, Paule? »
— « Oh ! oui ! », fît-elle.
— « Ce sentiment-là, n'est rien que la plus momentanée sensation; le bord de l'eau au clair de lune sentimentalise ; ce que vous aimez, c'est ce paysage à neuf heures du soir; le grand Pan n'est mort que pour les initiés ; pour les femmes, il vit derrière le nuage et se tapit dans le buisson : l'influence du décor sur la rétine amoureuse, voilà votre bon ami, Nebo le tant aimé. »
Paule allait se plaindre de la dépoétisation impitoyable d'un moment délicieux, lorsque dans ]'étroit sentier une femme qui marchait d'un pas saccadé la frôla ; on entendit alors le bruit d'une course essoufflée ; ils s'arrêtèrent, et un homme, tout pantelant^ s'abattit sur eux.
— « Vous n'avez pas vu passer ma maîtresse qui va se noyer ? »
— (■( Se noyer ! Pourquoi? » demanda Paule.
— « Parce que je voulais me réserver deux soirées par semaines pour aller dans le monde. »
La princesse éclata de rire.
— « Taisez-vous », dit Nebo, « en vous entendant n'y pas croire, elle est peut-être assez vaniteuse pour le faire, et je ne me mouillerais pas môme la botte pour sa repêche. »
La femme revenait; son amant s'élança; mais elle sut glisser, tout en se retenant à des branches de saules ; l'énamouré la retira, avec sa robe humide au bord comme une elfe.
— (( Allez dans un théâtre, Ophélia ; quel art d'actrice ! vous vous êtes suicidée sans danger et noyée sans mouiller votre jarretière ! »
Elle lança une injure et un mauvais regard au Platonicien qui, continuant la promenade, disait à Paule:
— « La maîtresse d'un jeune lord m'a raconté que, se disputant sur un pic Alpin avec son amant, elle l'avait sommé de rétracter je ne sais plus quoi : sinon elle sautait dans un précipice formidable. « Cependant, lui dis-je, vous n'aimiez pas votre amant et, le mobile de la querelle étant futile, auriez-vous sauté s'il ne vous avait pas retenue? » — « Oui, me fit-elle, par amourpropre ». Dans beaucoup de femmes, il y a une folle plus ou moins furieuse, mais toujours habile à manier sa folie, au mieux de ses intérêts de reins ou de bourse. Or, à aimer une folle, il faut lui infuser la sagesse ou elle vous communique sa démence. Ce Céladon, en réfléchissant le temps d'une pulsation, aurait allumé son cigare en paix et attendu le retour à la raison de
sa déïté ; cependant, par des fils invisibles, elle le traînait à sa suite.
« Aimer, c'est mêler son atmosphère fiuidique à celle d'une femme ; elles se pénètrent si bien qu'au bout de peu, deux amants sont devenus jumeaux, au point de vue sidéral. Cette communauté de la colonne astrale individuelle explique non seulement les faits de pressentiments, à de grandes distances, mais encore certaines lâchetés du vouloir, inexplicables autrement. Il arrive dans les passions, une heure de possession; l'un devient le diable de l'autre et peut lui faire commettre des actes insensés. On a iniquement brûlé des hallucinés, pris pour sorciers ; mais quand un prélat ordonnait l'exorcisme, il ordonnait un traitement de thérapeutique transcendantale ; la présence, les paroles et les gestes sacerdotaux opéraient en chassant le fluide vicié qui désharmonisait un être. Je considère un passionné comme possédé ; et pour qui sait la force des coagulations démentes et ce qu'elles produisent de formes hallucinatoires autour d'un être, cela apparaît plus terrible que le diable cornu, griffu, barbu, queuté, du sabbat poétique. Pourquoi est-il si rare que l'amour qui s'éteint devienne de l'amitié ? Parce que dans le fait d'un détachement, il y a rupture de la jumeauté fiuidique, et les larves bisexuelles ne retournant pas à leur pôle d'émission respectif et n'étant plus alimentées, s'aigrissent littéralement: la viciation d'un rayon d'amour c'est un rayon de haine. Même après un long espace et beaucoup d'oubli, les amants, à se revoir, se sentent encore imperceptiblement liés, à moins que le mâle initié n'ait su exorciser son atmosphère fiuidique et en chasser toutes les larves de cet amour. Le lieu de la passion, ce n'est ni le corps, ni l'esprit, c'est
le peresprit qui opprime les deux premiers dès que, le corps vibrant, l'esprit a cristallisé la vibration, comme eût dit Stendhal, s'il avait analysé scientifiquement l'amour. »
Nebo s'aperçut que Paule écoutait mal sa dynamique du sentiment, préférant rêver seule, puisqu'ellene pouvait tirer de lui une parole qui s'accordât à sa situation d'âme.
Près du pont, une femme immobilisée dans l'ombre, le visage caché par une mantille, semblait attendre, et sa rigidité d'attitude étonna Nebo.
En voyant les jeunes gens, elle s'avança.
— Vous n'allez pas au restaurant ? »
— Si, vraiment. »
— Pourriez-vous dire à Gaston Fauche, un grand roux qui a un habit de coutil blanc, qu'une dame l'attend, au pont de Joinville? »
— C'est facile, cela, nous y allons de ce pas. »
A travers les mailles de sa mantille j'ai vu briller une bouteille de verre », dit la princesse.
— Plus de doute alors, une vitrioleuse ! Ce Gaston Fauche est un peintre de décors d'une imagination merveilleuse. »
Nebo eut quelque peine à découvrir l'artiste dans un attablement autour d'un punch ; il l'emmena à l'écart :
— Vous avez rendez-vous ce soir, à neuf heures, au pont de Créteil, vous l'aviez oublié. »
— C'est, ma foi, vrai ! j'avais oublié, un rendezvous avec une inconnue, mais en quoi cela vous intéresse-t-il? »
— Il coule de l'eau sous un pont et dessus du vitriol, ce soir. »
— Allons donc! il n'y a qu'Hermance, une maîtresse
depuis un an quittée, et qui a voulu vainement renouer. »
— Hermance ou Dorothée, peu importe, vous attend pour une expérience d'acide nitrique, et comme j'ai vu de vous des maquettes remarquables, je m'acquitte de la sensation esthétique que je vous dois, en vous offrant ceci. »
Nebo lui donna son revolver et, sans plus s'arrêter, se dirigea avec Paule vers la gare.
— Eh bien! Musette, vous revenez après deux griseries. Tune de soleil, l'autre de lune. Quant à ces gens naturels, francs de tout collier et d'amour sans aigreur, que vous en semble? L'idylle de cinq heures finissant en prise de becs ou de cheveux, la vulgarité chez les mâles, l'égoïsme méchant chez les femmes ; est-ce assez Longus moderne ? Et ne croyez-vous pas que des gendarmes auraient lieu de surveiller de pareils amoureux? »
Une détonation interrompit le Platonicien.
— Ah ! » fit Paule, « c'est Fauche.
Un second coup de revolver s'entendit.
— Ananké ! » dit Nebo gravement.
La princesse, secouée à l'évocation du jet d'acide et de la balle ripostante, s'était appuyée à une palissade, en épouvante d'apercevoir le crime escorter l'Eros Roi de son imagination ; une horreur l'emplissait d'appartenir à cette humanité et, pour la première fois, elle perçut à quelle noble volonté elle obéissait. Nebo la défendrait contre 1 animalité et la passion : jamais l'orgueilleuse Riazan ne tomberait aux démences : et, saisissant la main de son Virgile, elle lui répéta, mais sur un ton ferme et virilisé :
— Vous êtes bon ami, Nebo, et je vous aime de toute l'idéalité que je vous dois. »