PRÈS LA COUR ROYALE DB ROUEN, GRAND
OFFICIER DE LA LÉGION -d' HONNEUR.
— Ah ! le bourreau de Madame, de
sa fille , du chevalier du Vissard ! dit d'une voix faible Godefroid.
Et ses jambes s'aûaiblissant , le néophyte se laissa aller sur un fauteuil.
— Joli début ! dit»il ep murrnurant.
— Ceci , mon cher Godefroid , reprit monsieur Nicolas , est une afipEtire
qui nous regarde tous : vous en avez fait votre part, à nous le reste !
Je vous en prie , ne vous mêlez plus de rien , allez chercher ce que vous pouvez avoir laissé !à-bas î
Pas un mot !
Enfin , une discrétion absolue ! Et dites au baron Bourlac de s'adresser à moi.
— lis —
D'ici là , nous aurons décidé comment il noas convient d'agir en cette circonstance.
Ce qu'était monsieur Bernard.
(suite.)
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Godefroid descendit, prit un cabriolet et arriva rapidement au bouleyard du Montparnasse, plein d'horreur au souvenir du réquisitoire du parquet de
Caen, du drame sanglant terminé sur l'échafaud, et du séjour de madame de La Ghanterie à Bicètre.
Il comprit l'abandon dans lequel cet ancien procureur- général , assimilé presque à Fouquier-Tinville , achevait ses jours, et les raisons de son incognito si soigneusement gardé.
— Puisse monsieur Nicolas venger terriblement cette pauvre madame de La Ghanterie !
Il achevait en lui-même ce vœu peu
catholique , lorsqu*il aperçut Auguste.
— Que me voulez-vous ? demanda Godefroid.
— Mon bon monsieur, il vient de nous arriver un malheur qui me rend fou!
Des scélérats sont venus saisir tout chez ma mère, et l'on cherche mon grand-père pour lé mettre prison.
Mais ce n*est pas à cause de ces malheurs que je vous implore, dit ce garçon, avec une fierté romaine, c'est pour vous prier de me rendre un service que l'on rend à des condamnés à mort. . .
— Parlez, dit Godefroid.
— On est venu pour s'emparer des manuscrits de mon grand-père; et, comme je crois qu'il vous a remis l*oiivrage , je viens vous prier de prendre les notes, caria portière ne me laissera rien emporter d'ici...
Joignez «les aux volumes, et...
— Bien, bien, répondit Godefroid , allez vite les chercher.
Pendant que le jeune homme entrait chez lui pour en revenir aussitôt , Godefroid pensa que cet enfant n'était coupable d'aucun crime , et qu'il ne fallait pas le désespérer en lui parlant de son grand-père , de l'abandon qui punissait cette triste vieillesse des fureurs de la vie politique , et il prit le paquet avec une sorte de bonne
grâce.
Quel est le nom de votre mère ?
demanda-t-il.
— Ma mère , monsieur , est la baronne de Mergi ; mon père est le fils du premier président de la Cour royale de Rouen.
— Ah! dit Godefroid, votre grand père a marié sa fille au fils du fameux président Mergi.
Oui, monsieur. .a;>Bi)j
— Mon petit ami, laissei-moi , dît Godefroid.
Il conduisit le jeune baron de Mergi jusque sur le palier, et appela la Vauthier.
— Mère Vauthier, lui dit il, vous pouvez disposer de mon logement, je ne reviendrai jamais ici.
El il descendit pour remonter en voiture.
— Avez-vous remis quelque chose à ce monsieur-là ? demanda la Vauthier à Auguste.
— Oui, dit le jeune homme.
— Vous êtes propre ! c'est un agent de Tos ennemis! Ha tout conduit» c'est sûr.
A preuve que le tour est fait , c'est qu'il ne reviendra jamais ici... oiniiov
Il m'a dit que je pouvais mettre son logement à louer.
Auguste se précipita sur le boulevard, courut après le cabriolet, et finit par le faire arrêter, tant il criait.
— Que me voulez-vous ? demanda Godefroid.
— Les manuscrits de mon grandpère?...
— Dites-lui de les réclamer à monsieur Nicolas.
Le jeune homme prit ce mot pour l'atroce plaisanterie d'un voleur qui a bu toute honte , et il s'assit dans la neige en voyant le cabriolet reprendre sa course au grand trot.
Il se releva dans un accès de sauvage énergie , revint se coucher, harassé de ses courses rapides, et le cœur brisé.
lin emprunt forcé.
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Le lendemain matin, Auguste de Mergi s'éveilla seul dans ce logement, habité la veille par sa mère et par son
grand-père, et il fut en proie aux émotions pénibles de sa situation , dans laquelle il se. retrouva pleinement.
La solitude profonde d'un appartement si rempli naguère , où chaque moment apportait un devoir, une occupation, lui fit tant de mal à voir qu'il descendit demander à la mère Vauthier si son grand-père était venu pendant la nuit ou de grand matin ; car il s'était éveillé fort tard, et il supposait que, dans le cas où le baron Bourlac serait retourné , la portière l'aurait instruit des poursuites.
La portière répondit en ricanant qu'il savait bien où devait se trouver son grand-père; et que s'il n'était pas rentré ce matin, c'est qu'il habitait le château de Clicby.
Cette raillerie chez une femme qui, la veille, l'avait si bien cajolé, rendit à ce pauvre jeune homme tonte sa frénésie, et il courut à la maison de santé de la rue Basse-Saint-Pierre, en proie au désespoir de supposer son grandpère en prison.
Le baron Bourlac avait rôdé pen-
dant toute la nuit autour de la maison de santé dont l'entrée lui avait été interdite, et autour de la maison du docteur Halpersohn, à qui naturellement il voulait demander compte d'une pareille conduite.
Le docteur n'était rentré chez lui qu'à deux heures du matin.
Le vieillard» venu à une heure et demie à la porte du docteur, était retourné se promener dans la grande allée des Champs-Elysées ; lorsqu'il re-
vint, à deux heures et demie, le portier lui dit que monsieur Halpersohn était rentré, couché, qu'il dormait et qu'il ne pouvait pas le réveiller.
En se trouvant à deux heures et demie du matin dans ce quartier, le pauvre père, au désespoir, erra sur le t[uai, sous les arbres chargés de givre des contre-allées du Gours-la-Reine, et attendit le jour.
A neuf heures du matin, il se présenta chez le médecin , et lui demanda
pourquoi il tenait ainsi sa fille en charte privée.
— Monsieur, lui répondit le docteur, hier, je vous ai répondu de la santé de votre fille ; mais en ce moment, je vous réponds de sa vie, et vous comprenez que je dois être souverain dans un pareil cas.
Apprenez que votre fille a pris hier
un remède qui doit lui donner la
''^i(/iéé'^ et que^ tant que cette horrible
maladie ne sera pas sortie, elle ne sera pas visible.
Je ne veux pas qu'une émotion vive, une erreur de régime, m'enlèvent ma malade et vous enlèvent à vous votre fille; si vous la voulez voir absolument, je demanderai une consultation de trois médecins, afin de mettre à couvert ma responsabilité, car la malade pourrait mourir.
Le vieillard, accablé de fatigue, tomba sur une chaise et se releva promptement en disant :
— Pardonnez- moi, monsieur.
J'ai passé la nuit à vous attendre dans des angoisses affreuses ; car vous ne savez pas à quel point j'aime ma tille, que je garde depuis quinze ans entre la vie et la mort, et c'est un supplice que ces huit jours d'attente !
Le baron sortit du cabinet d'Halpersobn en chancelant comme un homme ivre.
lin emprunt forcé.
(suite.)