‹ L'initiéChapitre 5 sur 8 · SUITE · texte numérisé non relu

SUITE

XWI.

Monsieur Berton jugea que la maladie de monsieur Bernard, car il le connaissait sous ce seul nom, était une fièvre chaude d'une grande intensité ;

mais comme la veuve Vauthier lui raconta les événements qui motivaient cet état, à la façon dont racontent les portières, il jugea nécessaire d'informer le lendemain malin , à Saint-Jacques-du- Haut-Pas , monsieur Alain de cette aienture , et monsieur Alain fit parvenir par un commissionnaire un mot qu'il écrivit au crayon à monsieur Nicolas, rue Chanoinesse.

Godefroid, en arrivant , avait remis la veille au soir les notes de l'ouvrage à monsieur Nicolas, qui passa la plus grande partie de la nuit à lire le pre-

mier volume de l'ouvrage du baron Bourlac.

Le lendemain matin, madame de la Chanterie dit au néophyte qu'il allait, si sa résolution tenait toujours , se mettre immédiatement à l'ouvrage.

Godefroid, initié par elle aux secrets financiers de la société , travailla sept ou huit heures par jour pendant plusieurs mois, sous l'inspection de Frédéric Mongenod , qui venait tous les dimanches examiner la besogne, et il

— «94 — reçut de lui des éloges sur ses travaux.

— Vous êtes, lui dit-il, quand tous les comptes furent à jour et clairement établis, une acquisition précieuse pour les saints au milieu de qui vous vivez.

Maintenant , deux ou trois heures par jour vous suffiront à maintenir cette comptabilité au courant , et vous pourrez, le surplus du temps, les aider, si vous avez encore la voca-

lion que vous manifestiez il y a six moifi...

On était alors au mois de juillet

Pendant tout le temps qui s'était écoulé depuis Taventure du boulevard Montparnasse, Godefroid , jaloux de se montrer digne de ses amis , n'avait pas fait une seule question relative au baron Bourlac ; car, n'en entendant pas dire un mot , ne trouvant rien dans les écritures qui concernât cette affaire, il

regarda le silence gardé sur la famille des deux bourreaux de madame de la Chanterie,ou comme une épreuve à laquelle on le soumettait, ou comme une preuve que les amis de cette femme sublime l'avient vengée.

En effet , il était allé , deux mois après, en se promenant, jusqu'au boulevard Montparnasse , il avait su rencontrer la veuve Vauthier, et il lui aviui e.eii»t.i.(.é iitb nouvelles de la famille Bernard.

— Est-ce qu'on sait, mon cher mon-

sieur Godefroid , où ces gens-là sont passés!...

Deux jours après votre expédition , car c'est vous, finaud, qui avez soufflé l'affaire à mon propriétaire, il est venu du monde qui nous a débarrassés de ce vieux fiérot-là.

Bah ! l'on a tout déménagé en vingtquatre heures, et, ni vu, ni connu !

Personne ne m'a voulu dire un mot.

Je crois qu'il est parti pour Alger avec son brigand de petit-fils; car Népomucëne, qui avait un faible pour ce voleur, et qui ne vaut pas mieux que lui, ne Ta pas trouvé à la Conciergerie, et lui seul sait où ils sont, le gredin m' ayant plantée !à...

Élevez donc des enfants trouvés!...

Voilà comme ils vous récompensent, ils vous mettent dans l'embarras.

Je n'ai pas encore pu le remplacer^

et, comme le quartier gagne beaucoup, la maison est toute louée , je suis écrasée de travail.

Jamais Godefroid n'aurait rien su de plus sur le baron Bourlac, sans le dénoûment qui se fit de cette aventure , par suite d'une de ces rencontres comme il s'en fait à Paris.

la vengeance.

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Au mois de septembre, Godefroid descendait la grande avenue des Champs-Elysées, el il pensait au doc-

— 20/1 — teur Halpersohn, en passant devant la rue Marbœuf.

— Je devrais, se dit-il, aller le voir pour savoir s'il a guéri la fille de Bourlac !...

Quelle voix ! quel talent elle avait !

Elle voulait se consacrer à Dieu !

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Parvenu au rond-point, Godefroid

ie traversa prompte ment à cause des voitures qiii descendaient avec rapidité et il heurta dans l'allée un jeune homme qui donnait le bras à une jeune dame.

— Prenez-donc garde! s*écria le jeune homme, êtes-vous donc aveugle?

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— Hé ! c'est vous ! répondit Gode-

troid on reconnaissant Auguste de Mergi dans ce jeune homme.

Auguste était si bien mi>»i si joli , si

coquet, si fier de donner le bras à cette femme, que, sans les souvenirs auxquels il s'abandonnait, il ne l'aurait pas reconnu.

— Hé ! c'est <;e cher monsieur Godefroid, dit la dame.

En entendant les notes célestes de l'organe enchanteur de Vanda qui marchait, Godefroid resta cloué par les pieds à la place où il était.

— Guérie I... dit-il.

— Depuis dix jours, i\ m'a permis de marcher !.. répondit elle.

— Halpersohn?....

— Oui ! dit-elle.

Hé, comment n'êtes-vous pas venu nous voir? reprit-elle...

Oh ! vous avez bien fait !

Mes cheveux n*ont été coupés qu'il y a huit jours.

Ceux que vous me vojez sont une perruque; mais le docteur m'a juré qu'ils repousseraient !...

Mais combien n'avons-nous pas de choses à nous dire !. .

Venez donc dîner avec nous!..

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Oh! votre accordéon!... oh! monsieur... '*^^ aaui A-,. > t

-^àqijo') Ht-» f no' a Kti<^f Et elle porta son mouchoir à ses

yeux.

— 209 -^ — Je le garderai toute ma vie ! mon fils le conservera comme ime relique!

Mon père vous a cherché dans tout Paris; il est, d'ailleurs, à la recherche de ses bienfaiteurs inconnus; il mourra de chagrin si vous ne l'aidez pas à les retrouver...

il est rongé par une mélancolie noire dont je ne triomphe pas tous les jours.

Autant séduit par la voix de cette

délicieuse feaioae rappelée de la tombe, que par la voix d'une fascinante curiosité, Godefroid prit 'e bras que lui tendait la baronne de'Sergi, qui laissa son fils aller en avant, chargé par elle d'une commission par un signe de tête, que le jeune homme avait compris.

La îengeance.

(suite.)

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"lion itiji >^àjh>il''

— Je ne vous emmène pas bien loin, nous demeurons allée d*Antin, dans une jolie maison bâtie à l'anglaise;

nous l'occupons tout entière; chacun de nous a tout un étage.

Oh ! nous sommes très-bien.

Mon père croit que vous êtes pour beaucoup dans les félicités qui nous accablent.

— Moi!...

'■'"SL Me

savez- vous pas que roha créé

pour lui, sur un rapport du ministre de l'instruction publique, une chaire de législation comparée à la Sorbonne.

Mon père commencera son premier cours au mois de novembre prochain.

Le grand ouvrage auquel il travaillait paraîtra dans un mois, car la maison Cavalier le publie en partageant les bénéfices avec mon père, et elle lui a remit) trente mille irancj? à coaipte

sur sa part ; aussi mon père achète-t-il la maison où nous sommes.

nonfil^

Le ministère de la justice me fait une pension de douze cents francs, à titre de secours annuels à la fille d'un ancien magistrat; mon père a sa pension de mille écus ; il a cinq mille francs comme professeur.

Nous sommes sieôonomes, qdenous

serons presque riches.

Mon Auguste va commencer. &on

droit dans deux mois ; mais il est employé au parquet du procureur-général, et gagne douze cents francs.

Ab ! monsieur Godefroid, ne parlez pas de la malheureuse afiPaire de mon Auguste.

Moi, je le bénis tous les matins pour cette action, que. son s^rand-père ne lui pardonne pas encore ! sa mère le bénit, Ualpersohn l'adore, et l'ancien procureur-général e«t implacable.

— Quelle affaire? dit Godefroid. II, 15

- 9ia — — Ah ! je reconnais bien là votre générosité ! s'écria Vanda.

Quel noble cœur vous avez !...

Votre nrière doit êtrefière de vous !.

Elle s'arrêta comme si elle avait ressenti des douleurs dans le cœur.

— Je vous jure que je ne sais rien de l'afifaire dont vous me parlez, dit Godefroid.

-^ Ah î vous ne la connaissez pas !

Et elle raconta naïvement, en admirant son fils. Te m pr uni fait par Auguste au doctuer.

— Si nous ne pouvons rien dire de cela devant monsieur le baron Bourlac, fit observer Godefroid, racontezmoi comment votre fils s'en est tiré.. .

— Mais, répondit Vanda, je vous ai dit, je crois, qu'il est employé chez le procureur-général, qui lui témoigne la plus grande bienveillance.

Il n*est pas resté plus de quarante-

— ,220 — huit heures à la Conciergerie , où il aTait été mis chez le directeur.

Le hon docteur , qui n'a trouvé la belle, la sublime lettre d'Auguste que le soir, a retiré sa plainte; et, par l'intervention d'un ancien président de la cour royale que mon père n'a jamais vil, le procureur-général a fait anéantir le procès-verbal du commissaire de police et le mandat de dépôt.

Enfin il n'existe aucune trace de cette affaire que dans mon cœur, dans la conscience de mon fils et dans la tête de son grand père , qui, depuis ce

— 2-il — jv.iir, dit vous à Auguijte, et le traite

cournie un étranger.

Hier encore , Halpersohn demandait grâce pour lui ; mais mon père, qui me refuse, moi qu'il aime tant, a répondu :

— Vous êtes le volé; vous pouvez, vous devez pardonner; mais moi, je suis responsable du voleur... et quand j'étais procureur-général, je ne pardonnais jamais!...

— Vous tuerez votre iille ! a dit Halpersohn que j'écoutais.

Mon père a gardé le silence.

— Mais qui donc vous a secourus?

— Un monsieur' que nous croyons chargé de répandre les bienfaits de la reine.

— Gomment est-il ? demanda Godefroid.

— C'est un homme solennel etsec, triste dans le genre de mon père.,.

C'est lui qui fit transporter mon

— 22â — père dans la maison où nous sommes, lorsqu'il tut atteint de sa fièvre chaude.

Figurez-vous que, dès que mon père fut rétabli. Ton m'a retirée de la maison de santé et installée là, où je me suis retrouvée dans ma chambre, comme si je ne l'avais pas quittée.

tialpersohn, que ce grand monsieur a séduit, je ne sais comment, m'a donc alors appris toutes les soufiPrances endurées par mon père!

— 2-24 — Et les diamants vendus de sa tabatière ! mon fils et mon père la plupart du temps sans pain, et faisant les riches en ma présence. . .

Oh ! monsieur Godefroid !..

(îes deux êtres - là sont des martyrs...

Que puis-je dire à mon père?...

Entre mon fils et lui, je ne peux que

leur rendre la pareille en souffrant pour eux, comme eux.

— Et ce grand monsieurn'a-t-il pas un peu l'air militaire?...

— Ah! vous le connaissez!... lui cria Vanda sur le pas de la porte de sa maison.

Elle saisit Godefroid par la main avec la vigueur d'une femme lorsqu'elle éprouve une attaque de nerfs, elle le

— 2^6 — traîna dans un salon dont la porte s'ouvrit, et cria :

* — Mon père! monsieur Godefroid connaît ton bienfaiteur.

Le dénoûmênt.

xmii.

[.e baron Bourlac, que Godefroid aperçut vêtn comme devait l'être un ancien magistrat d'un rang si érainent.

— 2^0 se leva, tendit la main à Godefroid et dil ;

Je m'en doutais !

Godefroid fit un geste de dénégation, quant aux effets de cette noble vengeance; mais le procureur-général ne lui laissa pas le temps de parler.

— Ah ! monsieur, dit-il en continuant, il n*y a que la Providence de plus puissante, que Ta mou r de plus

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