VOIE GASTRIQUE ET VOIE HYPODERMIQUE
L'absorption des divers médicaments par le tube digestif est vieille comme la médecine et, par conséquent, établie sur une des bases les plus solides où puissent s'asseoir les choses de ce monde, l'habitude. C'est done par la voie buccale que les promoteurs de la thérapeutique cardiaque par la digitaline songèrent àfaire parvenir ce principe dans l’économie, sous forme de granules ou de solutions.
Cependant, l’ardeur que l’on mit à explorer d'autres chemins nous fait supposer que cette absorption per os, dut faire éprouver plus d'un mécompte et satisfit peu d’esprits.
Contre quels obstacles se heurtèrent donc tous les praticiens ? C’est ce que nous allons rechercher.
Malgré les soins les plus consciencieux apportés à la confection d’un granule, pouvons-nous être sûr de sa composition rigoureuse, n'avons-nous pas le droit de formuler quelques doutes sur sa teneur exacte en substance active, surtout quand il s’agit, comme pour les préparations en question, d’une dose infinitésimale de digitaline, titrée au quart de milligramme ?
D'un autre côté, et dans un ordre d'idées différent,
qui serait assez téméraire pour aflirmer que ce gra-
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nule, supposé parfait, sera dissous en totalité ou même en partie, dans son passage plus où moins rapide, à travers un estomac supposé sain où un inteslin intact ? 51 ce quelqu'un se présentait, nouslui rappellerions l’observation classique du professeur Renaut: un enfant absorba en peu de tempsle contenu d’un flacon de granules de digitaline, alors qu'il croyait avaler des bonbons et n'en fut nullement incommodé. Comme on s'était aperçu de sa méprise, un vomitf lui fut administré. Or, une parte des granules fut rendue, l’autre fut retrouvée le lendemain dans les garde-robes.
Que l’on attribue ce fait à l’insolubilité des granules ou bien à un élat particulier ayant rendu momentané- .ment le tube digestif de cet enfant réfractaire à la digitaline — ce qui n’est qu'une supposition — 1il n'en est pas moins vrai que l'attention des thérapeutes doit toujours être mise en éveil sur ce point important.
M. Delpecht, également, rapporte que souvent, il a rencontré de ces granules intacts dans les déjections de ses malades. Il y a, dit-1l, des estomacs qui ne digèrent pas plus les légumes que les granules et, dans les selles, on retrouve tout ce qu'on leur avait confié.
De plus, certains médicaments, el parmi ceux-ci la digitaline, ont leur action régularisée par le foie : cet organe emmagasine la substance et ne la distribue que peu à peu, selon les besoins de l'organisme. Y a-t-1l relâche dans cette action régulatrice de la glande Hépatique, une explosion d'intoxication se produit.
C’est pourquoi la méfiance s'est emparée du médecin
! Société de (hérapeulique, 23 juillet 1890.
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en présence de ces deux alternatives lui ménageant les déceptions les plus complètes et les plus désagréables : inactivité des médicaments ou accidents brusques dus à leur accumulation.
Done, préparation défectueuse, ignorance absolue de leur teneur exacte en principe acüf, solubilité plus ou moins parfaite dans le tractus intestinal et, par conséquent, résultats variables et incertains, telles sont les rarsons qui doivent faire abandonner l'emploi des granules et qui, par contre, militent en faveur des solutions.
Mais, comme nous le verrons, ces solutions, sous l'influence de diverses causes, impressionnent d'une manière si fàcheuse la muqueuse gastro-intestinale, l'irritent à un degré tel que, non seulement l'action tonique de la digitaline sur le cœur ne se manifeste pas, mais aux troubles cardiaques préexistants et subsistants viennent rapidement s'adjoindre des symptômes digesüfs. Sur la cardiopathie primitive se greffe une dyspepsie secondaire d'autant plus grave que le malade est plus affaibli: on voulait le soulager, on n'a réussi qu'à lui nuire.
Comment done éviter ces désordres ? Comment prévenir ces accidents sans abandonner la médication digitalique ? Comment faire parvenir à la fibre cardiaque la substance qui doit, pour quelque temps, lui donner la force de résister ? Quelle voie utihiser lorsque la voie gastrique elle-même est en pleine insurreclion ? C'est alors que le tissu cellulaire devient un précieux auxilaire,.un fidèle allié: aussi, est-ce à lui que nous nous adresserons en toute confiance en ayant reçours aux injections hypodermiques,
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Or, à ce propos, qu'il nous soit permis de réfuter iei une objection que l’on ne manquerait pas de soulever: la digitaline étant irritante pour les tissus, détermine des abcès et, par conséquent, ne peut être utilisée pour les injections sous-cutanées.
Ceci nous amène à rechercher quelles sont les causes étiologiques qui purent, dans une certaine mesure, provoquer les accidents inflammatoires attribués à la digitaline.
Et d’abord, à quel mécanisme furent dus ces abcès ? Devons-nous admettre qu’il y eut souvent contaminalion par une seringue de Pravaz malpropre ? Nous ne pouvons nous défendre de cette idée car, depuis l'introduction des données pasteuriennes dans la méthode hypodermique, les accidents sont devenus bien moins fréquents ou n'atleignent pas la gravité de ceux produits par injections faites sans soins antiseptiques.
En second lieu, les solutions employées furent-elles toujours bien pures et bien dosées ? Nous aimons à le croire. Quoi qu'il en fût, Otto et Witkowski n'attribuèrent-ils pas leurs échecs à la défectuosité de leurs préparations injectables ? |
Enfin, la digitaline peut-elle, par elle seule, prodüirt des abeès ? Rabuteau‘, dans le but de vérifier cette action irritante locale saupoudra avec 6,05 de digitaline Nativelle les yeux d’un cobaye qui, dit-il, étaient à un certain moment, recouverts comme d’une pâtée. Après une demi-heure, l'animal se frottant les yeux avec ses pattes, -1l n'en restait plus que quelques par-
1 Rabuteau, Société de biologie, 1874, 1.
Le celles. Or, pendant el après l'expérience, les muqueuses oculo-palpébrales ne présentèrent rien d'apprécable. ;
Cette observation nous fournirait déjà un sérieux argument pour atténuer la réputation de phlogogène accordée trop gratuitement à la digitaline si nous ne trouvions une autre cause d'irritation certaine due à la présence d'alcool où de chloroforme dans toutes les formules d'injections.
Nous sommes persuadé que ces deux liquides 1rri- Lants au suprème degré, contribuèrent largement à provoquer les désordres relatés par tous les auteurs et Constantin Paul, croyant supprimer l'obstacle, conseille la glycérine : il ne fait que le reculer. N'est-elle pas, en effet, un alcool polyatomique et, par conséquent, jouissant de propriétés identiques à celles de l'alcool lui-même ?
De l’ensemble de ces considérations, 1l ressort que l'injection de digitaline n'est pas responsable de ses antécédents héréditaires aussi, ne nous étonneronsnous pas si les notions aussi vagues et aussi élémentaires que celles que l’on possédait au début sur la méthode hypodermique aient fourni des résultats quelquefois pitoyables mème entre les mains de cliniciens d’un mérite indiscutable et d'une compétence consommée,