‹ L'innocentChapitre 6 sur 14 · POUR L HONNEUR. CI · texte numérisé non relu

POUR L HONNEUR. CI

Les aspérités des rocs la meurtrissaient et l'obligeaient à se soulever par moment sur son matelas de pierre.

Alors, elle croyait être dans son lit, malade de la fièvre, tourmentée par le cauchemar. Et n'était-ce pas un cauchemar, en effet, cette scène de tout à l'heure, cette dispute entre fantômes sans corps, sans visage, en pleine obscurité ?

Bientôt, Bernade perdait le fil de ses pensées. Inattentive, elle regardait devant elle.

Des masses confuses qui devaient être des arbres s'écrasaient en masses noires au bord du ciel plus clair ; un peu d'eau luisait au-dessous de la digue ; des saules tout près se penchaient en avant.

Le vent dormait ; tout était noir, tout était mort.

Non ; on avait parlé, pas très loin ; un appel bref, puis rien, puis encore, en écoutant bien, c'était un bruit d'eau remuée, le grincement d'un aviron sur le bois d'un bateau, et tout de suite après le coup de filet, la plombée d'un épervier cinglant la rivière.

Le coup était bien envoyé, tous les plombs avaient touché à la fois. Bernade ne put pas s'empêcher de l'observer.

Machinalement elle s'était mise à suivre, l'oreille tendue, la manœuvre des pêcheurs. Une fois i'épervier lancé, elle attendait le moment où, ramené à bord, le filet lâchait sa prise, tantôt des cailloux qui, rejetés aussitôt, faisaient le plongeon dans la rivière, tantôt des poissons qui frétillaient en tombant sur le plancher de la barque, — et elle reconnaissait au bruit si c'étaient des brignes ou des barbeaux.

La pêche abondait.

Sans doute, il avait plu du côté de Toulouse ec l'eau trouble avait mis le fretin en mouvement.

— Allons, pensa Bernade, les cordes et les nasses vont se garnir d'ici à demain.

Demain, c'était justement vendredi, jour de maigre et d'abstinence ; elle pouvait compter sur une bonne recette à Sarraïs, dans le quartier bourgeois.

D'y penser, cela ne l'empêchait pas de sentir

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