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Alors Pascal suivit l'exemple de sa sœur. « Il semble que

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Tous les critiques ont vivement senti la supériorité morale de cette admirable Jacqueline sur le ^^rand génie dont elle était la sœur, et Biaise lui-même a subi son ascendant. Elle avait été l'ouvrière de sa seconde conversion, du changement non plus superficiel, mais profond et total, changement non des idées, mais du cœur, qui fut une nouvelle naissance pour le penseur et pour l'écrivain comme pour le chrétien.

« D'un homme plein de faiblesse, de misère, de concupiscence, d'orgueil et d'ambition, mon Rédempteur a fait un homme exempt de tous ces maux par la force de sa grâce à laquelle toute la gloire en est due, n^ayant de moi que la misère et l'erreur. »

Le mot sainteté est le seul qui convienne pour qualifier la hauteur de vertu où Pascal s'éleva dans les dernières années de sa vie, Tous ses biographes, Vinet, Sainte-Beuve, MM. Boutroux, Strowski, Giraud ont répété ce mot tour à tour. Avec l'impétuosité qu'il portait en toutes choses, il se précipita dans les derniers excès de l'ascétisme. Mais il nous donne le vif plaisir, une fois encore, de voir le demi-dieu redevenir homme, se laisser ressaisir par la passion delà science et de la gloire humaine et oublier un instant l'humilité. Une nuit, souffrant d'une rage de dents, il appli-

l'esprit de Jacqueline eût passé dans l'âme de son frère, lequel, désormais, se montra inébranlable.... Pascal rejette sans ambages toute voie moyenne, comme abominable devant Dieu et méprisable devant les hommes.... Une long-ne discussion eut lieu. A la lin, tous se rangèrent à l'avis dArnauld et de Nicole^ qui proposaient de signer, moyennant une restriction. Pascal se trouva mal et tomba sans parole et sans connaissance. » Pascal, par Emile Boutroux (Collection des Grands Ecrivains, français), p. 152.

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qua sa pensée, pour se distraire de son mal, au problème ardu de la roulette, et il en trouva la solution. Alors, cédant au conseil d'un ami mondain, le duc de Roannez, qui sut faire briller à ses yeux l'avantage que la religion elle-même retirerait de la gloire de sa découverte, il ouvrit sur ce sujet un concours dont il fut le trop facile lauréat.

Après quoi, son Rédempteur, son Sauveur, son « Libérateur » le reconquit tout entier.

Pascal, bien loin de douter de la vérité, avait une foi profonde en elle sous ses deux formes, la forme religieuse et la forme scientifique : mais, sachant la distance infinie de l'humain au divin, il admirait, respectait la science et il adorait la religion. Toute sa vie il garda le culte de l'une et de l'autre, et il fut à la fois un grand savant et un grand croyant.

Un philosophe individualiste du XIX« siècle.

Félix Bovet, Lettres de jeunesse (1906). — Pe risées (1909).

On fait peut-être tort à Félix Bovet en réduisant trop exclusivement l'intérêt de ses pensées à ce qu'elles contiennent de religieux, et, plus spécialement, au paradoxe d'une foi candide unie aux plus grandes hardiesses intellectuelles. Dans l'ordre simplement humain, ce philosophe a dit des choses charmantes ou profondes. Sur les femmes, par exemple, voici une pensée qui n'est point banale :

Les femmes ont un trait de caractère très essentiel, qui les met à la fois au-dessus des hommes et au-dessous; elles pensent beaucoup plus à autrui que ne font ceux-ci : elles sont donc portées à être plus compatissantes et plus charitables, et aussi plus médisantes et plus curieuses.

Bovet remarque que la reconnaissance est plus rare que la bienfaisance, parce que l'orgueil trouve son compte dans la bienfaisance, et l'observation n'est peutêtre pas bien neuve; mais il ajoute ceci, qui neuf ou non, est beau :

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Rien n'honore autant l'homme que l'ingratitude dont il est l'objet; je suis même tenté de dire que cela l'honore trop. Quand je me suis trouvé dans ce cas, je me suis senti à la fois fier et confus, croyant que j'avais joui d'un privilège qui appartient à Dieu et dont je me sentais indigne, celui de faire du bien sans rien recevoir en retour.

Une anecdote trouve ici sa place. Un jeune relieur, qui avait quitté clandestinement Neuchâtel depuis plusieurs années, afin d'échapper à ses créanciers et, entre autres, à Bovet, auquel il devait 90 francs, vint le trouver un jour de très grand matin, pour lui demander, sans que personne le vît, des conseils et... de l'argent!

Cette confiance qu'il avait en moi me fit plaisir; après m'avoir indignement trompé ci-devant, il venait s'adresser encore à moi de préférence. Cela me rappela Thémistocle allant s'asseoir au foyer du roi de Perse, et cela me réconcilia un peu avec la nature humaine. — Car, écrit encore Bovet, j'ai pour principe que les secrets que l'on confie, l'argent que l'on prête, — et combien d'autres choses encore! — doivent être passés au chapitre des Profits et Pertes et qu'il n'y faut plus jamais penser. C'est un principe qui a l'air misanthropique, mais qui évite bien des déceptions et des récriminations ^

Sur l'idéal moral, la pensée qui suit n'est-elle pas exquise?

Il ne faut pas dire qu'il ne peut rien y avoir de mieux que le bien. Le mieux que le bien, c'est le beau.... Je tiens à ce qu'il reste dans la morale un élément d'infini, c'est-à-dire de liberté, qui échappe à toute règle.... Jésus n'avait pas besoin de laver les pieds de ses disciples.

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