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Lettres du 23 mai I8o6, du 27 janvier

Rien ne lui en faisait un devoir. C'est pour cela que cet acte ne s'appelle pas une bonne action, mais une belle action.

Aimer son prochain comme soi-même, dit encore Bovet, voilà la règle, la raison, lebien; Va'mier plus que soi-même, c'est-à-dire se sacrifier pour lui, voilà le beau.

Cependant si pour caractériser et classer un penseur, on doit chercher ce qu'il présente de plus original, la critique distinguera toujours, de préférence à tout le reste, l'idée essentielle de Bovet sous les formes diverses qu'elle a revêtues. Cette idée éminemment caractéristique, c'est que la vérité spirituelle, — celle qui est pour les âmes un aliment, pour les esprits une lumière, — échappe à tous les efforts dulang-age et de l'entendement humains pour la formuler avec rigueur et même pour la préciser tant soit peu.

Quel nom cette doctrine porte-t-elle en philosophie? Bovet ne voulait pas être rang-é parmi les agnostiques. Le fidéisme n'avait pas encore commencé à faire, de son temps, la fortune que nous avons vue, et si la chose existait sans aucun doute, puisqu'elle date de Jésus luimême qui Ta fondée par cette parole : « Ta foi t'a sauvé, » le mot n'était g^uère en usag-e. Mais à quoi bon les étiquettes, les mots qui prétendent définir? Ils sont trompeurs. C'est pourquoi Pascal conseillait de « substituer ioujoui^s mentalement les définitions à la place des définis, » — conseil que l'on peut traduire en ces termes : Gardez-vous de jamais appeler les chosesparleurnom. Quel profit pour la paix, pour la lumière, pourla vérité, si nous renoncions, une bonne fois, à nous jeter à la tête les noms de libéral et cVortodoxe! Jamais ces gros

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mots ne furent justes. Car, d'abord, ce sont des injures. Et puis, c'est le mauvais résumé des idées que nous prêtons à nos adversaires, non l'expression exacte de ce qu'ils pensent vraiment. Oserez-vous dire, par exemple, d'un penseur aussi religieux, aussi épris de l'idéal et du divin que Sully Prudhomme, qu'il était athée, parce que sa raison répugnait à la conception anthropomorphique delà personnalité d'un Père céleste? Yo'ûk le tendre et noble poète confondu avec un Naigeon ! Demandez un peuàl'auteurdu beau livre Aux croyants et aux athées^ si un certain athéisme n'est pas plus pénétré d'esprit chrétien qu'un certain piétisme ? — Donc, nous ne nous contenterons pas d'un mot tout fait, par conséquent mal fait, pour définir le philosophe de Neuchâtel, et c'est à lui-même que nous allons demander ce qu'il pensa et ce qu'il fut.

Comme tous les chrétiens, comme tous les bons citoyens, comme tous les honnêtes gens, Félix Bovet plaçait très certainement la félicité de l'homme ailleurs que dans la satisfaction de ses fins égoïstes. Très certainement, il se regardait comme membre d'un corps — église ou société — plus réel et plus vivant que lui-même. Mais il faut reconnaître qu'il ne paraît pas avoir senti le profond et dominant besoin de mettre sa propre vie pleinement d'accord avec cette juste intelligence du rapport vrai des choses. Elle fut indépendante, instable, indécise, un peu désorientée et aventureuse, sans que l'on puisse dire qu'il la passa tout entière à chercher sa voie, puisqu'il se consolait assez bien de n'avoir point trouvé cette voie unique.

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