Lettres de jeunesse, pages 357, SoS
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Taine a dit avec éloquence : « Il n'y a au monde qu'une œuvre digne d'un homme, l'enfantement d'une vérité à laquelle on se livre et à laquelle on croit ^ » Bovet eût été assurément ravi de cette pensée. Avec quel enthousiasme n'aurait-il pas proposé une vie inspirée par une maxime si belle non seulement à l'admiration, mais à l'imitation des autres et de lui-même! Sa raison et son âme étaient aussi assez hautes pour qu'il eût été parfaitement capable d'en être le signataire. Mais elle n'aurait pas eu sous sa plume la même autorité que sous celle de Taine, parce que son propre exemple ne la confirmait pas. Il a fait du bien aux hommes, il a aimé la vérité; cependant, il n'a pas voué sa vie à une idée, et en rendant des services désintéressés à des individus ou à de petits groupes, on peut dire que les collectivités, les nations, les sociétés, les patries étaient au monde la chose dont il se souciait le moins.
Je ne crois pas que le grand mouvement contemporain du « christianisme social » eût eu le pouvoir de le passionner. Jamais esprit ne fut moins œcuménique, jamais chrétien ne personnifia davantage l'individualisme excessif du protestant. Directeur d'un asile de garçons et de petites filles après avoir été bibliothécaire, soyons bien certains qu'il s'acquitta de cette fonction nouvelle avec conscience et dévouement; mais la preuve qu'elle ne l'intéressait pas beaucoup, c'est qu'il la quitta. Ne nous avait-on pas parlé d'un cours sur Dante, resté dans son tiroir, et dont on annonçait la publication posthume? Vérification faite, on a reconnu qu'il serait impossible de le publier; car ce