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Voyage en Italie, cité par M. Victor Giraud, p

2. Origines de la France contemporaine. Cité par M. Emiiiea Monod, Taine et le Christianisme, p. 108.

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rapports du christianisme et de la science. Ce qui lui semble incompatible avec la science moderne, ce n'est plus le christianisme en général, c'est le « catholicisme actuel et romain. »

Au contraire, avec le protestantisme large et libéral la conciliation est possible.... Toutes les probabilités sont pour leur conciliation croissante. Je la souhaite de tout mon cœur, et, d'après ce que je vois en Angleterre, en Amérique, en Hollande, il me semble qu'on peut V espérer.

Taine va jusqu'à se figurer sous l'image de « deux collaboratrices la foi éclairée et la science respectueuse » du protestant.

Le protestantisme a eu les sympathies de Taine bien plus encore pour sa haute valeur morale que pour sa raisonnable soumission aux vérités scientifiques. Les pages où le grand critique étudie le fond de l'âme protestante sont parmi les plus fortes et les plus belles qu'il ait écrites. La crise de la conscience, l'idée poignante du péché, le repentir, la rénovation morale, la réforme profonde du cœur, tous ces sentiments d'un sérieux tragique, sympathiquement analysés, communiquent à l'écrivain l'enthousiasme grave du converti qui traverse les étapes de la nouvelle naissance. La religion chrétienne consiste essentiellement, à ses yeux, dans la régénération spirituelle de l'homme avec le secours de Dieu, qu'il invoque par la prière; sans le baptême de feu d'où l'esprit sort purifié, pardonné et transformé, il n'y a point de vrais chrétiens. Le catholicisme, avec ses « poupées peintes, » ses « petits décors, » ses « pratiques machinales, » son « fond de sensualité; » avec la bassesse de sessupeistitions et de ses peurs; avec

ses trafics immoraux et l'avilissante croyance qu'un saint convenablement payé (( vous préservera de la fièvre, » serait plutôt du paganisme. L'Eg-lise catholique est un corps admirablement organisé, qui a sa puissance et sa grandeur; mais cette belle organisation n'a rien de commun avec le vrai sentiment religieux, avec la vie spirituelle et morale intense, avec le saint tremblement des enfants du Christ prosternés devant leur conscience et devant leur Bible.

En 1871, Taine étant à Oxford assista à des prédications chrétiennes en plein air. Loin de les trouver ridicules, il les juge avec estime dans une lettre à sa femme :

J'approuve ces sortes de scènes.... Elles sont morales et doivent faire un bon effet sur quelques consciences. Le grand mal du socialisme actuel, c'est qu'il n'a pas pour fond, comme le puritanisme, ou même comme le catholicisme de la Ligue, un principe moral, l'idée d'une réforme intérieure et personnelle de la volonté et du cœur. Il n'est qu'un système et une ligue à l'usage des appétits, de l'envie et de toutes les passions destructives.

Par la vertu, si puissante chez lui, du sentiment moral, Taine finalement a donc reconquis le plus précieux de tous les biens, le pouvoir et le droit de penser en homme libre, que son déterminisme, quoi qu'il en ait dit, risquait de lui faire perdre. C'est parce qu'il haïssait le mal qu'il s'est montré tout à coup, avec moins de logique que de conscience, sévère jusqu'à l'injustice pour les hommes de la Révolution. Très délibérément il se rend compte, après la guerre de 1870 et après la

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Commune, que les temps sont finis de la spéculation désintéressée et de la science pure, et qu'avant tout il faut restaurer la patrie. Dans une note du livre de Vlntelligence, supprimée, il est vrai, et qui ne figure que dans la troisième édition (1878), il écrit :

Ceci est le point de vue scientifique. Il en est deux autres qu'il est inutile de présenter ici : le point de vue esthétique et le point de vue moral. On y considère non plus les éléments, mais la direction des choses; on y regarde iefjfet final comme un but primordial, et ce nouveau point de vue est aussi légitime que Vautre.

Suivez cette idée, elle aboutit à la doctrine même du pragmatisme, si parfaitement opposée à la première profession de foi du philosophe. Taine ne s'est pas avancé jusque-là, et dès qu'il paraît vouloir le faire, il recule... ; mais il a au moins entrevu une méthode nouvelle et féconde, une clef de l'insoluble énigme, qui n'est ni le sensualisme de Locke ni le rationalisme de Spinoza. La question de l'utile n'est plus, pour lui, étrangère et indifférente à la question du vrai; quand l'utilité est vitale, rien ne saurait avoir une importance plus haute, et la vérité scientifique elle-même cesse de la primer. Or, c'est un service vital que le christianisme rend à l'humanité, et qu'y a-t-il, pour les sociétés et pour les individus, de plus nécessaire que de vivre? Ne craignons pas de citer ici, à notre tour, cette grande page justement célèbre :

Aujourd'hui, après dix-huit siècles, sur les deux continents, depuis rOural jusqu'aux Montagnes-Rocheuses, dans les moujiks russes et les settlers américains, le christianisme opère comme autrefois dans les artisans de la

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Galilée et de la même façon, de façon à subsLiluer à l'amour de soi l'amour des autres; ni sa substance, ni son emploi n'ont changé; sous son enveloppe grecque, catholique ou protestante, il est encore, pour quatre cents millions de créatures humaines, l'organe spirituel, la grande paire d'ailes indispensables pour soulever l'homme au-dessus de lui-même.... Toujours et partout, depuis dix-huit cents ans, sitôt que ces ailes défaillent ou qu'on les casse, les mœurs privées et publiques se dégradent. En Italie, pendant la Renaissance; en Angleterre, sous la Restauration; en France, sous la Convention et le Directoire, on a vu l'homme se faire païen comme au premier siècle; du même coup il se retrouvait tel qu'au temps d'Auguste et de Tibère, c'est-à-dire voluptueux et dur; il abusait des autres et de lui-même; l'égoïsme brutal et calculateur avait repris l'ascendant; la cruauté et la sensualité s'étalaient; la société devenait un coupe-gorge et un mauvais lieu. Quand on s'est donné ce spectacle, et de près, on peut évaluer l'apport du christianisme dans nos sociétés modernes, ce qu'il y introduit de pudeur, de douceur et d'humanité, ce qu'il y maintient d'honnêteté, de bonne foi et de justice. Ni la raison philosophicjue, ni la culture artistique et littéraire, ni même l'honneur féodal, militaire et chevaleresque, aucun code, aucune administration, aucun gouvernement ne suffît à le suppléer dans ce service. Il n'y a que lui pour nous retenir sur la pente fatale, pour enrayer le glissement insensible par lequel, incessamment et de tout son poids originel, notre race rétrograde vers ses bas-fonds; et le vieil Evangile, quelle que soit son enveloppe présente, est encore aujourd'hui le meilleur auxiliaire de l'instinct sociaP.

Quelle école que la vie! Dans une lettre de sa jeunesse, Taine avait constaté, avec une sorte d'ellVoi, que

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