‹ L'inquiétude religieuse du temps présentChapitre 45 sur 62 · Les Contemporains, sixième série · texte numérisé non relu

Les Contemporains, sixième série

naturellement les catholiques et ne furent qu'à moitié agréables aux protestants, qu'un reste de catholicisme empêche trop souvent de comprendre à quel point la relig'ion est une « alfaire privée. ))

Pour les catholiques, la religion est chose essentiellement collective et publique; c'est un groupement d'hommes et de femmes autour de la même croyance. « On ne peut pas plus être seul de sa relig'ion, écrit Brunetière, que seul de sa famille ou de sa patrie ^ »

De là vient Timportance extrême que cette Eglise attache à avoir enterré dans les formes, avec ses cérémonies et ses pompes, un Littré, — résigné ou consentant, — à lui avoir administré le baptême, la confession, l'absolution et les saintes huiles, j^es opérations de cette magie, exécutées même dans l'inconscience et le coma, sont un acte bien plus nécessaire, pour la dévotion superstitieuse des catholiques, que l'entretien solitaire avec Dieu du mourant qui remet son esprit entre ses mains. Littré est-il parti avec un passeport bien en règle? Pure question de forme pour nous autres, spiritualistes, c'est-à-dire de nul intérêt au fond, mais non pas pour le formalisme romain, qui prend ces puérilités au sérieux.

Par le fait, on ne saurait douter des véritables sentiments d'un homme qui, ayant trouvé dans le positivisme la paix de l'intelligence et de l'âme, l'avait publiquement déclaré et solennellement redit Pour la dernière fois dans un article de \'d Revue positiviste, dénonçant d'avance comme de la peine perdue les sollicita-

1, La, fâcheuse équivoque, dans la Revue des Deux-Mondes, du 25 novembre 1903.

lions dont il prévoyait que son entourage le poursuivrait encore pour lui faire renier sa doctrine. Il reçut avec une bonté charmante le prêtre que lui envoya sa famille et causa avec lui très volontiers; mais il y eut, dans ces graves entretiens, une interversion merveilleuse des rôles : l'abbé qui discourait pour convertir Lîttré fut tellement ébloui et attendri par l'humilité, la douceur, la pureté, l'innocence de ce grand saint laïque, qu'il ne put retenir le geste sublime de lui donner l'absolution et de lui baiser les pieds à genoux....

Une question générale d'un grand intérêt se pose, à propos de la mort de Littré.

Un philosophe incroyant peut-il, sans manquer au devoir de la sincérité, se prêter aux vains simulacres que sa famille lui demande parfois avec larmes, afin de donner à sa femme ou à sa fille une satisfaction qui doit lui coûter si peu et qui remplira leur pauvre cœur d'une si grande joie?

Pour répondre pertinemment, il faut, ce me semble, distinguer deux classes d'incrédules dont l'humeur est si différente que, leurs négations étant les mêmes, un abîme moral les sépare. Les uns sont tranchants et absolus. Ils nient, c'est-à-dire qu'ils affirment, ils affirment que non. Ils savent, ils sont sûrs, ils ne doutent point. Les autres ont la prudence ou, si l'on veut, la timidité de laisser une porte entr'ouverte à la possibilité de quelque erreur. Au fond, ils ne nient pas, h proprement parler. Ils ne croient pas, non plus; mais secrètement ils admirent et envient peut-être ceux qui

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croient. Yo'ûli l'espèce d'incroyants qui me paraissent pouvoir, sans mentir à leur conscience, faire des concessions à la foi de leur famille et de leur Il^glise.

— Eh quoi ! ce serait donc, en dernière analyse, dans le scepticisme qu on trouveraitl'excuse des faiblesses et des compromis où Calvin et Vinet, comme Quinet et Nietzsche, n'ont vu qu'une méprisable lâcheté? Mais excuser une faiblesse par une faiblesse plus générale, n'est-ce pas simplement déplacer le centre de l'accusation? Certes, les négateurs pleins d'assurance n'ont point mes sympathies. Cela ne doit pas m'empècher de reconnaître que leur caractère est probablement plus honorable et leur esprit plus sain que l'esprit et le caractère des timides et des indécis.... — Mais les sceptiques sont beaucoup plus aimables et ce sont les seules gens avec lesquels on puisse agréablement causer. ....Oh 1 oui, par le doux Jésus, par l'humilité des saints et des saintes et par toutes les grâces !... Alors, s'ils ne sont pas de parfaits misérables, dignes de pitié ou de mépris, sachons nous contenter de cette petite vertu d' u honnêtes gens, » et ne leur demandons pas davantage.

Clamageran, protestant libéral, faisait remarquer à ses amis qu'il y a, dans le rite catholique, des gestes qui n'impliquent l'adhésion à aucune doctrine, le reniement d'aucun principe, comme le coup de goupillon donné sur le cercueil par les assistants à une cérémonie de funérailles. Pourquoi ne pas s'associer à une telle pratique? leur disait-iP.

On rencontre quelques pages instructives et curieuses

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