‹ L'inquiétude religieuse du temps présentChapitre 46 sur 62 · E. Paris, Libres penseurs religieux, p · texte numérisé non relu

E. Paris, Libres penseurs religieux, p

vers la fin de l'ouvrage autrefois célèbre, un peu trop sommairement jugé et dédciignè aujourd'hui, de la Religion naturelle. L'une d'elles est consacrée à l'examen d'un cas de conscience bien intéressant.

Jules Simon suppose un libre penseur croyant en Dieu (car, de son temps, la lihre-pensée jouissait encore de la liberté d'être religieuse) qui, un jour, éprouve le besoin très légitime et très louable de rendre à Dieu un culte public, comme les croyants des religions chrétiennes. Que fera notre homme, puisque ce culte à l'usage des philosophes théistes n'existe pas? L'auteur de la Religion naturelle autorise... jusqu'à un certain point, son philosophe à entrer dans une église ou dans un temple et à s'associer aux prières; car, dit-il, la prière n'est pas un acte d'adhésion formelle, comme le serait, par exemple, la participation à la communion. Aller jusque-là, aller même jusqu'au simple signe de la croix, serait un mensonge, un sacrilège; prier avec les fidèles est peut-être une faiblesse, mais c'est une faiblesse bien dig-ne d'excuse, d'indulgence et de sympathie. Cependant mieux vaut s'abstenir. Jules Simon conclut en maintenant comme inviolable, comme ne souffrant pas de dérog-ation, ce principe d'honnêteté qu'il ne faut jamais usurper l'apparence de ce que l'on n'est point.

En vain nous continuerons de professer que la pensée et la conscience sont libres, tant que nous prétendrons assujettir les actes et les idées de l'homme à la nécessité d'une association et d'une dépendance visiblement logiques. La liberté s'échappe par toutes les mailles du

filet OÙ le déterminisme croit la tenir captive. « Presque jamais, disait fort justement Voltaire, les hommes ne raisonnent et ne se conduisent suivant leurs principes. »

Tel catholique nous étonne parce qu'il est passionnément libéral, ou parce qu'il est savant et qu'il trouve le moyen de concilier sa grande science avec la foi aux plus choquantes absurdités : nous en concluons qu'il est inconséquent. C'est bien possible. Qui donc est conséquent? Mais la contradiction peut n'être qu'apparente et alors notre jug"ement erroné résulte de ce que nous substituons la simplicité factice d'une logique générale et impersonnelle, — applicable à tous les esprits indistinctement, — à la riche complexité des sentiments et des motifs secrets qui peuvent iniluencer chaque individu.

Les raisons cachées, bien souvent inaperçues à nos propres yeux, que nous avons de penser et d'agir de telle ou telle manière sont rarement celles qu'on nous prête ou celles que nous avouons. Notre moi intime est une source d'actions bien autrement profonde que le réseau de courants, canalisés par la logique, où les motifs les plus généraux et les plus superficiels de notre conduite sont seuls visibles et transparaissent avec une clarté décevante. Sous le voile des paroles, — trompeuses non parce qu'elles voulaient mentir et mentaient, mais simplement parce qu'elles formulaient la pensée S — certains fonds d'âme se sont à jamais dissimulés.

Le catholique sincèrement libéral, le grand savant qui reste naïvement crédule et superstitieux, pourront

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