Voyez le paradoxe de Félix Bo^■et, page
202 l'inquiétude religieuse du temps présemt
être fort malmenés par la dialectique des logiciens et chercher vainement une réponse aux arguments dont on les presse : dans les régions obscures de leur esprit et de leur cœur, il existe des raisons « incoordonnables, » dirait peut-être Gourd, que la logique ne connaît pas. Ce que nos croyances ont d'inconscient ou de subconscient, d'impossible à exprimer et articuler en discours communicables à l'intelligence d'autrui, atteste qu'elles viennent du fond même de notre âme, et c'est pourquoi elles sont sacrées. Nous croyons d'abord, nous raisonnons ensuite si nous pouvons et nous tâchons de mettre notre croyance en règle avec les lois de la logique; mais jamais la démonstration ne précède la conviction ou la persuasion, elle la suit.
U édifice intellectuel àe. notre foi en est la seule partie dont il nous soit possible de rendre compte; pour cette raison même, c'est aussi ce qu'il y a de plus fragile dans la croyance^ rien n'étant plus fragile que ce que tout esprit qui raisonne peut attaquer. Les sentiments sincères n'ont pas besoin de la rigueur des raisonnements pour être solides, et la sincérité n'est point compromise par les défaillances de la logique. Certes, je n'appelle pas logique l'athée ordinaire qui se fait enterrer chrétiennement; je n'appelle pas logique le pasteur orthodoxe, croyant à la théopneustie, qui retranche instinctivement de sa prédication tout ce que l'Ecriture sainte a d'indigeste; mais je peux très bien les appeler si/icéres tous les deux.
Le besoin d'imitation, d'association, de conformité, tout ce qui pousse Thomme à faire partie d'une suite et
cFun troujDeau, rend extrêmement rares les actes de libre initiative et trop rare aussi notre estime pour ce qui ose rompre par quelque originalité la logique routinière. « La confonnité, disait Emerson, fausse Fêtre tout entier, le couvre d'un masque et le revêt d'un uniforme sous lequel se cachent les lâchetés et les compromissions*. »
S'il faut avoir parfois le courage de briser l'unité de la logique, c'est surtout dans notre propre conduite et notre propre pensée.
L'homme qui a confiance en lui-même, ajoule le philosophe américain, qui refuse de se conformer aux autres hommes, ne consent pas non plus à se conformer à luimême : il ose être inconséquent. La logique imposée à nos actions est une chaîne aussi lourde que le conformisme, et, à y regarder de près, c'est la même.... L'homme qui se fie ainsi à lui-même, qui ne se conforme pas, qui n'est le prisonnier d'aucune foi, ni d'aucune loi, pas même de celle qu'il s'est donnée à lui-même, qui ne se courbe ni rampe, mais reste debout au milieu de l'assaut que lui donnent les autres hommes, est ce que la nature a produit de plus sublime.
Les ruptures de la conformité avec nous-mêmes, en d'autres termes, de la suite logique de nos actes, de nos discours, de nos écrits, s'appellent des contradictions. N'allons pas croire qu'elles soient toujours belles. Elles ne le sont jamais quand elles ne procèdent pas de la sincérité, et elles ne le sont pas toujours quand elles en procèdent. Il faut encore qu'elles soient conscientes, intelligentes et courageuses. Il est trop clair que toutes les palinodies, toutes les volte-face, toutes les pi-