Eludes su?' les moralisles fj\inçais. — La Rochefoucauld
aime, — c'est la satisfaction de sa conscience, c'est la paix cle son cœur, c'est le bonheur de sa vie, c'est le salut de son âme, — et très généreusement il agit comme si tout cela n'était pas pour lui la chose importante. Dès lors, il est bien réellement généreux et désintéressé, de même que l'homme vraiment libre est celui qui sent qu'il est libre, lors même qu'on lui prouve par raisons démonstratives que la liberté est une illusion. Dans un accès de franchise un peu grossière, qui n'était qu'une éclipse de son habituel esprit de finesse, un moraliste contemporain s'est plu à mettre lourdement en relief le marché que l'exercice de la vertu implique, suivant lui, entre Dieu et l'homme de bien, et il est tout simplement retourné en arrière jusqu'aux naïves platitudes de Lactance et de l'abbé de Saint-Pierre, disant, l'un, que « si la vertu nous frustre de la jouissance des sens, )) sans que nous puissions espérer aucune compensation, (c c'est une folie que de la suivre; » l'autre, que « le désir du paradis et la crainte de l'enfer constituent seuls le ressort de la morale, » et que l'esprit de la religion » consiste tout entier dans celte crainte et dans ce désir. Selon M. de Vogiïé (car c'est de lui qu'il s'agit}, les longues abnégations, les magnifiques services rendus à la communauté souffrante, ainsi que l'iniquité des avantages procurés à quelques-uns par le hasard, réclament une justice d'outre-tombe, qui, si tardive qu'elle soit, doit être « rémunératrice » et « vengeresse. » Sans quoi, « ce serait trop bête d'être homme sur une boule roulée au hasard par le plus méchant des