Cité par M. E. Jeanmaire dans le Protestant
Ce qu'il y a d'utile dans des boutades pareilles, c'est qu'elles nous obligent à rentrer en nous-mêmes et à ne pas nous payer de mots. Au fond, quelle différence y a-t-il entre ces cyniques affirmations et la pensée célèbre de Pascal, proclamant, comme une chose de toute évidence, que « nos actions et nos pensées doivent prendre des routes entièrement différentes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non? »
Mais le grand penseur qui se permet de parler ainsi a beau être Pascal, il faut d'abord déclarer bien haut que le calcul qui subordonne la pratique du bien à la question de savoir si l'on sera payé de sa peine, le sacrifice usuraire que fait l'homme de son bonheur d'un jour pour être remboursé éternellement, ce compte de Doit et Avoir qu'il ose tenir avec Dieu est l'immoralité même et l'irréligion même, comme le trafic des indulgences dans râg"e le plus païen du catholicisme. « La suprême immoralité, a dit fort bien ^I. Faguet, est de croire que la moralité est profitable ^ » Et la condamnation la plus forte que l'on ait prononcée de cette morale immorale est sans doute celle qu'a formulée Maeterlinck dans l'article lxxii de La Sagesse et la Destinée : « F'aire son devoir dans l'espoir d'une récompense quelconque doit avoir, aux yeux d'un Dieu sage, la même valeur que faire le mal parce quil nous profite. »
La morale est indépendante, alors? Oui, certes, si l'on entend par là qu'elle ne doit point dépendre de