PREFACE IX
constante et entière en la vérité sous ses deux famées : la forme religieuse et la forme scientifique. Le scepticisme proprement dit lui resta étranger.
De notre temps, on nie faiblement ou Von doute. Quelques-uns affirmeni-ils? Feni-èire, mais avec l'hésitation qui se trahit dans le mot même où je viens d'exprimer une réserve^ timide. Rares aujourd'hui sont les chrétiens qui^ avec Gaston Frommel, présenté au chapitre V^font de la croyance religieuse un devoir moral. Bien souvent, j'en conviens, il est rigoureusement vrai de dire que l'on croit ce qu'on veut; mais ne serait-il pas injuste de contester que beaucoup de gens droits et honnêtes croient ce qu'ils peuvent? — Inversement, ils ne sont pas moins rares les intrépides qui, à l'exemple d'Ernest Havet, demeurent fermes dans leur incrédulité, en tirent résolument toutes les conséquences et interdisent d'un cœur serein à leurs enfants une éducation religieuse où ils ne voient qu'erreur sans mélange et sans compensation. La plupart des pères, parce qu'ils hésitent, parce qu'ils n'osent pas « mettre cette chance-là » contre leurs enfants ni contre eux, cèdent à la coutume et à la mère. Seul un très petit nombre apporte un grand sérieux dans le démenti que presque tous finissent par donner pratiquement à leur irréligion. On vei-ra, au chapitre VU, par quelle détermination mûre et réfléchie Taine, infidèle à la logique pour obéir à sa conscience, voulut pour sa fille et pour son fils l'instruction d'un pasteur et demanda pour luimême un enterrement protestant.