Ward, Philosophy of Theism, p
12G L*INQDIÉTUDE RELIGIEUSE
P. Kleutgen, attaquant le doute réel défendu par Hermès, montre combien est facile à tous la connaissance de Dieu et comment il est absurde d'exiger de tous une connaissance scientifique précédée, comme toute connaissance de ce genre, d'un doute réel. J'abrège les citations que Ward n'a pas craint d'étaler tout au long dans ses articles, et je souligne, avec lui, ce qui vient plus expressément à la question.
« L'Ecriture sainte dit de la manière la plus nette que, môme pour ceux a qui Dieu ne s'est pas manifesté par ses prophètes, il existe une révélation de Dieu dans ses œuvres et au-dedans même de l'homme... Assurément, cela ne veut pas dire que des recherches savantes, continuées péniblement à travers bien des détours et des doutes, puissent seules conduire à la connaissance de Dieu. Peu d hommes, en effet, sont capables de ces recherches laborieuses. L'écrivain sacré ajoute que cette connaissance à laquelle il donne le nom de vision pour exprimer sa clarté et sa certitude peut-être obtenue avec autant et même plu^ de facilité que la connaissance de ce monde... Telle est aussi la doctrine des Pères. Us distinguaient la connaissance de Dieu qu'on obtient au moyen de recherches philosophiques , de celle qui naît spontanément en tout homme, au seul spectacle de la création. Cette dernière connaissance est appelée par eux... une connaissance infuse, inhérente à tout homme sans instruction préalable, connaissance qui naît en quelque sorte d'elle-même en même temps que la raison se développe et qui
M. BRUNEÏIÈRE ET l'iKRATIONÎSEL DE LA FOI 127
ne peut manquer que dans Thomme privé de raison ou livré aux vices ^. »
Passe pour les ignorants, répondait Hermès; nous autres du moins nous ne pouvons être satisfaits que par une connaissance rigoureusement scientifique de Dieu. Kleutgen n'y contredit pas, mais il soutient qu'il ne faut pas regarder toute vérité comme incertaine tant que ce travail philosophique n'est pas terminé.
« Quel ne serait pas le malheur de l'homme, s'il en était ainsi? Il est facile de convaincre ceux qui sont capables de quelque réflexion que leur connaissance de la vérité n'est pas scientifique, et qu'ils ne j)euvent la défendre contre les attaques du scepticisme... mais quel serait le sort de l'homme si lorsquon parvient à savoir que nos connaissances ne sont pas scientifiques., la conviction de la vérité de ces connaissances s'ébranlait pareillement''-? »
Cette théorie comprise, il ne reste plus qu'à expliquer certains mots qui ont pu inquiéter les théologiens. Mais est-il même besoin maintenant de revenir sur ces mots de « sentiment » et dinstinct? N'est-il pas évident que nous les avons toujours pris dans un sens métaphorique, sans penser un instant à attribuer à la sensibilité des actes qui relèvent exclusivement de l'intelligence? Nous n'avons pas opposé entre eux les actes de
1. Kleutgen, la Philosophie scolastique, traduction A. Sierp, t. 1, p. 445 et suivantes. Ward a lu Rleutgen dans cette traduction française. Les citations des Pères sont réunies au t. II de l'autre grand ouvrage de Kleutgen : Théologie der Vorzeit.