‹ L'Inquiétude religieuse (volume 2)Chapitre 30 sur 39 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

La première et la dernière page du livre imposant qu'on vient de consacrer à résumer le travail de notre siècle*, évoquent la pensée d'une courte poésie parnassienne qui mériterait, je crois, de

1. Un Siècle. Mouvement du monde de 1800 à 1900. Paris, Goupil, 3 vol. On connaît la pensée généreuse d'où est né ce livre. « Retracer en leurs grandes lignes les progrès et les conquêtes dont peut se glorifier le xix° siècle finissant; déterminer Taloi de ces conquêtes, la valeur de ces progrès, ce qu'il y a de durable et d'éphémère dans les mouvements d'idées auxquels ce siècle a dû son originalité : préciser les étapes qu'a parcourues l'esprit humain dans les domaines de la politique, de la science, de la littérature, de la sociologie ; rendre hommage à ce vaste labeur et, tout ensemble, en mesurer la portée ; indiquer enfin l'orientation contem poraine des idées et des faits, et prévoir, dans les limites du possible, les progrès et les conquêtes de demain; mettre en relief, d'autre part, en face des œuvres de l'initiative humaine, les développements de l'idée religieuse, l'expansion du catholicisme à travers le monde, le surcroît de précision auquel est parvenue la foi catholique, grâce à des définitions dogmatiques nouvelles, le large et magnifique rayonnement de la charité chrétienne; montrer ainsi par ces travaux juxtaposés comment, à travers le xix" siècle, la collaboration de l'homme et de Dieu, fondement de la civilisation chrétienne, s'est perpétuée dans l'histoire du monde. »

Vrîiiment les initiateurs de cette œuvre ne pouvaient dessiner un plus vaste programme ni ouvrir de plus solennelles perspectives. Ecrivains et savants se sont partagé l'immense besogne, et, souples autant que puissants, ont concentré chacun, dans les vingt ou trente pages cf'un chapitre, une très abondante et précieuse substance. Je ne m'occupe ici que du troisième volume où est étudié le mouvement religieux du siècle.

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n'être pas oubliée. L'idée n'en est pas plus neuve que les autres lieux communs de cette époque, mais la fable ne manque pas d'une certaine grandeur triste et le symbole que revôt ce pauvre blasphème est ingénieux. Le poète représente Julien l'Apostat, marchant un soir avec ses capitaines et apercevant sur le bord du chemin, au fond des brumes, un temple isolé. L'empereur laisse là son escorte, se dirige vers le temple, passe le seuil croulant et pensif, la tête basse, s'avance au long des murs glacés. Par les crevasses du toit, la lune éclairait cette scène de ruine et d'abandon.

Parfois dans le silence, éclatait un bruit d'aile. On entendait, au loin, comme un frisson courir; Et, sur les grands vaincus, penchant son front fidèle, Phœbé, froide comme eux, les regardait mourir...

Et comme il restait là, perdu dans ses pensées, Des profondeurs du temple il vit se détacher Avec un bruit confus de plaintes cadencées. Une lueur tremblante et qui semblait marcher.

Cela se rapprochait et sonnait sur les dalles. C'était un grand vieillard qui pleurait en chemin, Courbé, maigre, en haillons, et traînant ses sandales, Une tiare au front, une lampe à la main.

Il cachait sous sa robe une blanche colombe : Dernier prêtre des dieux il apportait encor Sur le dernier autel la dernière hécatombe... Et l'empereur pleura — car son rêve était mort.

Le poète pleure aussi, mais il se reprend vite pour acclamer la prochaine revanche des « grands

vaincus ». Ce Jésus, qui du haut de son paradis bleu sourit à la défaite des anciens dieux, ne triomphera pas toujours. Le poète le lui annonce :

Tu connaîtras aussi, plcjcsous l'anathème, La désaffection des peuples et des rois, Si pauvre et si perdu que tu n'auras plus même, Pour t'y coucher en paix, la largeur de ta croix!

Ton dernier temple, ô Christ, est froid comme une Ta porte n'ouvre plus sur le vaste avenir; [tombe,

Voilà que le jour baisse et qu'on entend venir Le vieux prêtre courbé qui porte une colombe ' !

Non, ce n'est pas encore cela. Je vois bien venir à lui deux prêtres courbés, mais ils ne portent pas la dernière colombe. Leurs mains tremblantes lui offrent, avec ces beaux volumes, l'histoire, les regrets du siècle qui s'achève, la prière, les hésitations, les longs espoirs de celui qui commence.

On ne verra pas sans émotion, sur le frontispice, l'écriture ferme et le paraphe énergique du pontife nonagénaire saluant le roi éternel des siècles, et on ne se défendra pas d'une invincible confiance, quand on aura lu les nobles pages oii le cardinal de Paris convie toutes les nations de la terre à l'unité dans le Christ. Rien non plus, chez les autres collaborateurs, ne rappelle l'attitude de l'empereur pleurant la mort de son rêve. Croyants ou bien près de l'être, ils affirment tous, au moins par leur présence à pareille place, que

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