‹ L'Inquiétude religieuse (volume 2)Chapitre 34 sur 39 · Allusion au mouvement d'Oxford · texte numérisé non relu

Allusion au mouvement d'Oxford

2. Ce point particulier et quelques autres ne sont vrais qu'en dehors de l'Eglise catholique. A ce mépris simpliste des nuances, et à une certaine outrance d'idées et a'expressions, on reconnaît un ministre indépendant.

hellénique et talmudique, les sectes juives et les mœurs païennes, les premières hérésies et l'Eglise primitive; en un mot, comme dans la vision d'Ezéchiel, l'âge du Christ et des apôtres est, devant nous, ressuscité.

Fairbairn conclut par ces idées plus générales, qui ont encore plus d'importance sous la plume de ce penseur très indépendant et très informé :

Littérature, philosophie, critique, théologie, tout a contribué à nous faire retrouver le Christ historique. Le même homme, en qui la littérature a appris à reconnaître son plus auguste idéal, est devenu aux yeux du philosophe la plus haute personnalité, aux yeux du critique le suprême problème, il est la donnée fondamentale de la théologie, et, sans lui, il n'y a pas de religion.

Les efforts de destruction les plus acharnés donnèrent naissance à la plus vigoureuse entreprise de reconstruction, et ce siècle qui, en son milieu, avait été témoin d'une désagrégation forcenée, assiste, dans ses dernières dizaines, à un travail contraire. Un sens nouveau et plus profond de la réalité préside à cette œuvre de réintégration, et la divine personne, qui s'était évaporée "dans le vague des mythes, reprend une souveraine prééminence.

Mais, prise en elle-même, isolée des causes morales qui l'on inspirée et rendue plus active, et de l'influence qu'elle doit nécessairement avoir sur la vie morale, cette curiosité scientifique autour de la personne de Jésus ne suffit pas à démontrer pleinement la survivance du Fils de Dieu. C'est dans

l'intime des cœurs, dans la piété et le dévouement des fidèles qu'il faut étudier ce merveilleux phénomène, bien plus que dans les pages froides des livres savants.

M^' d'Hulst, dans un chapitre important de la France chrétienne ^ comparant la piété de notre temps à celle des âges passés, pensait trouver chez les chrétiens du xvn^ siècle une certaine sécheresse et raideur, dont la dévotion au Sacré Cœur nous aurait guéris. Je me demande si une connaissance plus exacte des faits justifierait cette remarque. Aucun siècle n'a eu peut-être une dévotion plus intense et plus tendre au Verbe incarné que celui des BéruUe et des Condren, des Olier et des Bossuet, des Saint-Jure et des Surin. Un simple détail peu connu suffirait presque à en faire foi. Plusieurs, parmi les plus fermes chrétiens de cette époque majestueuse, avaient choisi pour occupation plus habituelle de leur prière les mystères de l'enfance de Jésus. Le contraste même est assez piquant entre la gravité solennelle de leur vie et la grâce aimable des prières et des dévotions que la vénérable Marguerite de Beaune leur avait apprises. On doit donc, semble-t-il, chercher ailleurs une différence entre leur dévotion et la nôtre. Peut-être pourrait-on dire que ceux-ci, même en priant le Dieu enfant, s'attachaient surtout à la majesté anéantie du Verbe. Nous, au contraire, sans oublier le Dieu, nous allons droit à ce qu'il y a en lui de moins loin de nous et de plus humain, et ainsi, d'un mouvement analogue à celui de la science religieuse, la dévotion du xix^ siècle a

évolué dans le sens d'une familiarité plus grande avec la personne du Sauveur.

Le P. Gratry remarquait déjà, au lendemain de la Vie de Jésus, cette marche parallèle :

On découvre vraiment, dans Notre-Seigneur Jésus- Christ, des beautés ravissantes et nouvelles, en le considérant comme l'un de nous... et peut-être sommesnous destinés, en ce siècle, aune étude plus approfondie, à une intuition plus intime et plus vraie du cœur humain, de l'âme humaine, de l'esprit humain du Sauveur. L'Eglise, on peut le reconnaître à plusieurs signes (pourquoi ce poète néglige-t-il d'indiquer quelques-uns de ces signes ?), y conduit peu à peu les siens. Et ceux qui sont hors de l'Eglise, beaucoup du moins, surtout en Allemagne, depuis un quart de siècle, semblent parfois n'oublier et nier la divinité du Seigneur que pour louer avec plus d'enthousiasme son admirable humanité. Je les plains de scinder le Christ; mais je dis que, s'ils persévèrent à contempler sa face humaine avec intelligence et avec amour, il leur sera donné peut-être, à travers l'homme unique et incomparable, de voir et de retrouver Dieu, lis sortiront, comme saint Thomas, de l'incrédulité, en regardant ses mains, sa figure, sa poitrine et la place où étaient les clous : et locum clavo7'nm. Et comme le dit saint Augustin de l'apôtre d'abord incrédule : « Il vit l'homme et confessa le Dieu : Hominem vidit, Beum confessus est » : de même ce siècle, s'il arrive à bien voir et à bien comprendre cet Homme, toujours vivant ettoujours régnant quoique toujours couvert de plaies et couronné d'épines, ce siècle pourra finir par s'écrier aussi: «Mon Seigneur et mon Dieu ! JDominus meus et Deiis meus* I »

t. P. Gratry, Jésus-Christ, p. 104-106.

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Un mot suffit à résumer cette évolution, un symbole le plus aimable, le plus simple, le plus humain de tous les symboles : le xix* siècle a été le siècle de la dévotion au Sacré Cœur.

Certes nous commençons à peine à comprendre ce divin message d'humanité et de condescendance. Le xx^ siècle vivra sans les épuiser encore, des quelques paroles, fleur exquise de l'Evangile, qu'ont entendues la petite chapelle et les noisetiers de Paray. Le christianisme est en effet tout entier dans cette adaptation, simple et saisissante, de la phrase auguste de saint Jean sur le Verbe qui s'est fait chair, et le travail essentiel de l'intelligence chrétienne est de réaliser chaque jour davantage la grâce et la vérité de cette révélation inouïe. Notre temps n'a donc vu que les commencements encore trop modestes de cette dévotion de l'avenir, et les âges suivants s'étonneront de notre lenteur à croire et de notre excessive timidité.

L'Eglise contemporaine, écrità ce sujet le P. Tyrell, a reçu d'une manière spéciale la mission de développer, à travers les ennuis et les lenteurs ordinaires de l'évolution, l'idée du cœur humain de Dieu. Il est presque impossible d'en douter. La terrible lutte contre le jansénisme et la promotion de la dévotion au Sacré Cœur partent de la même étincelle. Il reste encore beaucoup de paille à brûler, beaucoup de scories à enlever, avant que l'or pur brille de tout son éclat. Les impuretés du rigorisme et du manichéisme, tenaces parasites de la vérité, ne peuvent être secouées en un instant, et les plus fervents apôtres de la bienveillance

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et de l'humanité du Sauveur oublient parfois leur propre évangile et gardent dans leur antijansénisme des traces de jansénisme. Mais cela s'accorde rigoureusement avec les lois nécessaires qui président à la conception et au développement de la vérité ^ .

Mais enfin, malgré le chemin qui reste à parcourir, ce sera la gloire de notre siècle d'avoir accoutumé le monde à une idée qui fut jadis un si violent objet de scandale, et d'avoir répondu par une immense poussée de dévotion populaire à la grâce longtemps incomprise ou dédaignée.

Il serait intéressant de suivre, en dehors de la véritable Eglise, cette même évolution. Est-ce par une contagion naturelle, est-ce par une action plus spéciale de l'esprit de Dieu, je ne sais; mais on pourrait démontrer, au moins en Angleterre et vraisemblablement aussi en Allemagne, un mouvement analogue de sentiments et de croyances. Voici, par exemple, quelques lignes d'un sermon anglican, prêché, il y a cinquante ans, par un homme qui n'avait peut-être jamais entendu parler des révélations de Paray.

Le Rédempteur non seulement a été, mais il est encore un homme. Comme nous il a été tenté de toutes manières. 11 est un grand-prêtre qui peut encore être abordé. A force d'être vagues, nos idées sur ce point deviennent erronées. On s'imagine qu'à un moment défini de son histoire, pour une époque limitée et, en quelque sorte, pour une fois dans sa vie, le Christ a participé à notre frêle humanité ; mais qu'une fois sa

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