F.-W. Robertson, Sermons, t. I. The sympathy of Christ
2. Ce serait ici le lieu d'étudier à fond la question de certaines formes du culte — plus discrètes, moins solennelles — la messe basse, \&ssaluts, qui ont pris une telle extension, avec l'évidente faveur de l'Eglise.
cher les causes, et montrer qu'ils ne sont pas le fruit naturel de cette dévotion des temps nouveaux. Si Ton veut savoir comment nous avons aimé le Christ, qu'on n'aille pas le demander à la mièvrerie ou à l'exaltation de la plupart des cantiques, au bariolage symbolique de l'imagerie religieuse, et aux déclamations sentimentales de certains livres dits pieux. Nous avons, grâce à Dieu, des documents de meilleur aloi. Si la statue du Sacré Cœur est encore à faire, nous pouvons du moins citer des ouvrages de premier ordre inspirés par la pensée de Jésus; et des existences plus belles que tous les livres montrent qu'au xix" siècle, une foule de chrétiens ont été, suivant la forte expression de Lacordaire « pénétrés de Jésus- Christ jusqu'à la moelle des os »,
Les gens du dehors ne savent pas assez combien notre littérature religieuse est considérable. L'abondante et l'évidente sincérité des matériaux lui donne une valeur documentaire de premier ordre. Taine entrevit avec étonnement cette mine féconde et n'eut pas le temps de l'exploiter. En effet, biographies, recueils de lettres, ouvrages de piété, bulletins des œuvres ou des diocèses pullulent, mais l'idée ne vient à personne de traiter ces documents dans un esprit scientifique, d'aborder l'étude de la vie religieuse de notre temps avec la méthode critique que d'autres appliquent à la religion des anciens Grecs.
Sans doute une pareille entreprise demande une extrême délicatesse. Plus que son histoire extérieure, l'histoire intime de l'Eglise, qui est plus
strictement encore l'histoire de la grâce, doit-être traitée avec un profond respect et un grand esprit de foi. Mais on peut concilier sans peine cette double exigence de la critique et des égards dus aux choses saintes. La vie surnaturelle se manifeste par des actes sensibles, qui sont objet d'observation et dont on peut dresser la statistique. Prières, pratiques de piété, réception des sacrements, vocations et départs pour le cloître, œuvres de zèle, tout cela a un côté humain que l'on peut décrire scientifiquement, et toutes ces actions parcourent, dans un pays et dans un siècle, une courbe que l'historien peut dessiner. Il n'est pas indifférent, par exemple, de savoir quelles ont été les variations du goût public et de la mode dans la rédaction des livres de prières ; quel a été le nombre d'éditions d'ouvrages comme ceux de M^"^ Gay, dans quelle province et à quel moment ces livres ont eu le plus de succès ; quel est l'appoint de chaque diocèse aux œuvres générales ; ce qui se passe, par le menu, dans les innombrables associations, congrégations et tiers-ordres répandus dans le monde entier. Puisqu'il s'agit d'une enquête sérieuse, rien n'est inutile, aucun renseignement n'est à dédaigner. Personne ne songe à se plaindre qu'on ait recueilli dans le Corpus des inscriptions tant de lignes d'apparence insignifiante, et de même on ne sera pas surpris de voir se multiplier les minuties d'un tel questionnaire, si l'on veut se souvenir qu'il n'y a rien de plus intéressant au monde que l'histoire du règne du Christ.
Le résultat dernier de cette immense recherche serait, je pense, consolant pour notre foi. Sans doute, bien des illusions s'évanouiraient en route, et, déplacés par la curiosité de l'analyse, de vieux monuments d'apparente piété tomberaient en poussière. On mettrait à nu la réalité païenne de bien des pratiques que ne vivifie plus la pensée du Christ ; mais, en même temps, on serait surpris de découvrir, là oii on s'y attendait le moins, de vraies merveilles de foi ardente et d'intense amour. Pour un grand nombre, surtout parmi les simples et les petits, et pour plusieurs aussi parmi les plus grands, le nom de Jésus est comme pour le moine des temps extatiques, une nourriture, un parfum, une harmonie, une lumière.
Ce sentiment n'est pas réservé aux saints, dit encore Newman. L'intimité avec le Verbe incarné a été, de tout temps, la note caractéristique et comme la définition du chrétien. Je me rappelle, il y a bien longtemps, avoir entendu un de mes amis anglicans avouer la perplexité où le mettait la lecture d'un livre de dévotion catholique. « Cet auteur, disait-il, écrit comme s'il avait une sorte d'attachement personnel à Notre-Seigneur. Au lieu de croire simplement à la doctrine de la Rédemption, c'est comme s'il l'avait vu et connu, comme s'il avait vécu avec lui », et ce phénomène frappe tous ceux qui ne sont pas catholiques, quand ils entrent dans nos églises ^