Newman, Sermons on varioiis occasions. Waiting for Christ
Je sais bien que cette dernière observation n'est pas toujours juste, et qu'au contraire on est quelquefois peiné du contraste qui existe entre la familiarité sublime de nos formules ou de nos cérémonies et l'insouciance de nos vies. En apparence, le Christ ne semble pas obséder la pensée des fidèles, et plusieurs se résignent, sans trop d'armertume, à « ne pas trouver » celui que Pascal cherchait dans une si poignante détresse. « Ils ne croient guère à Dieu », écrivait Maxime du Camp en résumant des observations trop incomplètes sur les gens d'église^. Je ne pense pas que cette cruelle petite ligne soit due à un sentiment de malveillance ; en tous cas, elle ne sera pas sans quelque vraisemblance aux yeux de ceux qui ne soupçonnent pas combien de tels problèmes sont complexes et délicats.
En effet, le vrai règne de Dieu dans les âmes vient sans fracas ; son œuvre commence, grandit et s'achève dans la plus discrète intimité. Il vit, il passe, il parle au milieu de nous, sans que les indifférents prennent garde à sa mystérieuse présence. Ici encore, c'est tout un volume de psychologie religieuse qui nous manque, un traité sur la présence et l'action implicite du Christ, sur l'amour presque inconscient des âmes pour lui, et sur cette obscure merveille d'un Dieu qui peut à la fois être si près et si loin de nous. Pascal se rassurait un peu sur lui et sur les autres, dans la méditation d'une parole de l'Evangile dont, je ne sais pourquoi, on