‹ L'Inquiétude religieuse (volume 2)Chapitre 4 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA LOGIQUE DU CœUR M. BRUNETIÈRE ET k L'IRRATIONNEL » DE LA FOI '

Je ne voudrais pas dire de M. Brunetière, critique et philosophe, ce que Saint-Simon disait de Fénelon : « Il fallait effort pour cesser de le regarder. » Peu de physionomies pourtant nous arrêtent et nous intéressent davantage. Ceux-là même que M. Brunetière irrite le plus, une fois entrés avec lui dans le vif d'une discussion, sont contraints d'aller jusqu'au bout. Troublés dans la calme possession de leurs idées faites, ils ont beau tourner leur amertume contre la rudesse originale et

1. Brunetière, la Science et la Religion. Paris, Didot; — A-J. Balfour, les Bases delà croyance. Traduit de l'anglais, par J. Art, avec une préface de M. F. Brunetière. Paris, Montgredien ;

— L. Ollé-Laprune, la Certitude morale; la Philosophie et le Temps présent. Belin; — Cardinal Newman, Essay in aid of a qrammar of assent ; — University sei'77ions. London, Longmans :

— W.-G. Ward, the Philosophy of Theism. London, Kegan Paul.

— Ce chapitre a été écrit en 1897 et il a semblé préférable de le réimprimer tel quel et sans tenir compte des dernières étapes de l'évolution de M. Brunetière. — Il n'est peut-être pas mutile de faire remarquer ici que la théorie de Newman, que je vais exposer, ne se confond aucunement avec ce qu'on a appelé, dans ces dernières années, l'apologétique nouvelle. La doctrine de Newman et de Ward s'applique à toute apologétique possible. D'ailleurs, si je l'entends bien, l'apologétique moderne, loin d'être en contradiclion avec l'ancienne, ne fait autre chose que la continuer et l'adapter aux temps nouveaux.

savoureuse de son style, ils n'en sont pas moins ébranlés; le paradoxe inquiétant les obsède, et ils ne sauraient en détacher leur pensée.

Le talent seul de M. Brunetière ne suffirait pas à expliquer une pareille impression. Ce qui nous retient ainsi, et, malgré nos résistances, ce qui nous attache, c'est, je crois, le spectacle d'une lutte acharnée et presque douloureuse, à la conquête de la vérité. Quand on a parlé du ton doctoral et autoritaire de ces articles, on était dupe des premières apparences. 11 y a plus d'absolu, plus d'irrévocable dans la phrase la plus ondoyante de Renan que dans les affirmations les plus catégoriques de M. Brunetière. Je sais bien qu'il congédie en deux ou trois mots une œuvre et un auteur. (( Livre manqué », « livre à refaire » ; ce refrain de la moitié de ses articles marque peut-être moins de vanité que de mauvaise humeur. Ce chercheur voulait avidement la lumière, et vos quatre ou cinq cents pages ne la lui ont pas donnée; il ne demandait pas mieux que de se laisser instruire et convaincre, et s'il vous reproche un peu sévèrement de n'avoir fait ni l'un ni l'autre, vous pouvez mesurer, à la dureté de sa critique, quelle est sa vive et insatiable passion de vérité.

Cette remarque s'applique surtout aux derniers travaux de ce vigoureux esprit. Qu'on relise la brochure oîi il a réédité, a^œc des notes nombreuses qui en doublent l'étendue, son fameux article sur « la Science et la Religion ». L'article était déjà extrêmement curieux, mais l'homme est tout entier dans ces notes pleines d'impatience,

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de chaleur, de verve et d'esprit. Non, nous ne sommes pas en présence d'une orgueilleuse confiance de philosophe ou d'une rancune d'auteur piqué. On voit trop qu'il ne s'agit pas là d'une question de personne, et, d'ailleurs, la sûre et définitive possession de la vérité parle un autre langage. A tant de fougue, à tant de colère contre les sottes objections qui embarrassent la route, à tant de passion enfin, n'est-il pas plus juste de reconnaître la souffrance dont je parlais tout à l'heure, un immense besoin de clarté, un aveu à peine étouffé qu'on est soi-même encore dans la nuit.

On a critiqué, dans notre camp^ quelques-unes des idées fondamentales de ces derniers articles. Je voudrais essayer d'une méthode différente et, si ce que je viens de dire est exact, je n'aurai pas besoin d'excuse. On n'en use pas, en effet, avec un chercheur comme avec un homme aux idées bien arrêtées et aux formules précises. On peut faire route avec lui, le suivre dans les chemins opposés qu'il tente tour à tour et voir, si, par hasard, à force de recherches, il ne serait pas, sans le savoir, à quelques pas du bon chemin.

Je me bornerai à discuter la théorie de la foi qui se dégage de ces derniers articles. Personne, parmi ceux qui les ont lus, n'en sera surpris. Notre philosophe traite, sans doute, au cours de ces articles, d'autres questions; mais il est manifeste que le problème de la foi est une de ses plus

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