M6' d'Hulst, Revue du clergé français
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constantes préoccupations. C'est, d'ailleurs, le côté de son œuvre qui a le plus intéressé ou inquiété les penseurs catholiques. Vieux sujet que je n'aborderais pas après tant d'autres, si je ne croyais avoir trouvé un peu de lumière nouvelle, non pas certes, dans mes réflexions personnelles, mais dans l'œuvre peu connue de théologiens étrangers.
On se rappelle dans quelles circonstances fut écrit le premier et le plus retentissant de ces articles. M. Brunetière revenait de Rome, où il avait eu l'honneur de voir le Saint-Père, et il prenait occasion du voyage et de la visite pour livrer au public ses propres réflexions sur les plus graves sujets.
Ce n'est pas ici le lieu de montrer comment il n'y avait rien, absolument rien dans ces pages, dont la science eût sujet de s'alarmer. On sait pourtant qu'elle se crut outrageusement offensée, et comment il fallut apaiser son amusante colère. D'autres cependant trouvaient que M. Brunetière avait encore fait la part trop belle à la science, et que la religion avait été plus sérieusement atteinte. On ne pouvait le dire avec assez de délicatesse à un homme de bonne volonté qui avait cru parler en faveur de la religion, mais enfm des réserves semblaient nécessaires. Trop soucieux de mettre science et religion d'accord, M. Brunetière n'avait
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rien imaginé de mieux que de les séparer complètement l'une de l'autre : « Chacune d'elles, dit-il, a son royaume à part » (p. 62). Or avait-on le droit de creuser un fossé entre les deux royaumes ? Parquer la science chez elle, lui interdire de mettre en doute la possibilité du miracle et de s'occuper du monde à venir, rien de plus juste. Ce qui l'était moins, c'était de confondre le domaine de la science avec le propre domaine de la raison. A la science, le raisonnement et l'expérience, à nous catholiques, la foi; à elle, les démonstrations, à nous, les affirmations. Quoi qu'en pût penser la science, nous ne pouvions nous accommoder de ce partage ruineux, et plutôt que de voir la science, après ce traité de paix perpétuelle, emporter la raison dans ses bagages, ne valait-il pas mieux continuer notre ancienne et dure vie de combat ?
Etait-ce bien là le sacrifice que M. Brunetière nous demandait? A en croire quelques phrases très nettes du premier article, il serait téméraire d'en douter : « La foi n'est affaire ni de raisonnement, ni d'expérience. On ne démontre pas la divinité du Christ; on l'affirme ou on la nie; on y croit ou on n'y croit pas, comme à l'immortalité de l'âme, comme à l'existence de Dieu. » (P. 59.)
N'est-ce pas clair? Oui, sans doute; mais une longue note explique cette phrase ; mais toute la préface au livre de M. Balfour l'explique encore ; essayons de retrouver dans la note et dans la préface la vraie pensée de M. Brunetière sur la nature de la foi.
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Je ne sais si la théorie de M. Brunetière a été conçue tout d'une pièce. Quoi qu'il en soit, je remarque deux étapes, sinon dans l'évolution, du moins dans l'exposition de sa pensée. Dans la première, il semble se borner à l'étude des vérités religieuses, l'existence de Dieu par exemple, tandis que dans la seconde, il étend et applique résolument sa doctrine à tout ce qui fait le patrimoine intellectuel de l'humanité.
« Pour ce qui est maintenant de la « nature de la foi », je ne saurais, sans doute, avoir la prétention de discuter la définition qu'en a donnée l'Eglise, et je suis d'ailleurs très éloigné, d'y avoir vu avec M. Taine, ce que M^"" d'Hulst appelle « un enthousiasme ou un délire sacré ». Mais j'avoue qu'en y roconiiaissunt une adhésion de l'intelligence à des vérités conçues comme « rationnelles », j'y vois d'abord un acte ou une décision de la volonté » (p. 61, 62).
Très bien. Mais avani de poser cet acte de volonté, exigez-vous, oui ou non, des liaisons de croire? — Oui, nous répond-il, sans ombre d'hésitation, et je ne l'ai jamais nié. (Cette réponse est capitale dans le débat.) Mais les raisons ne sont pas d'ordre intellectuel, elles sont d'ordre moral.
« Je sens^ par exemple, le besoin d'une règle des mœurs » (p. 62), et, comme je ne puis trouver qu'en Dieu cette règle, je crois à Dieu pour une
raison d'ordre morale Les arguments classiques, imaginés par les philosophes ne me convaincraient en aucune façon, si des raisons d'ordre moral ne m'avaient fait trouver Dieu. Si donc Dieu n'est pas d'abord « sensible au cœur », le raisonnement ne nous mènera pas à lui ; en d'autres termes. Dieu est déjà conçu, admis, aimé par ceux qui démontrent rationnellement son existence ; d'oii l'on conclut qu'à parler proprement l'existence de Dieu ne peut pas se démontrer « Le difficile ou l'impossible c'est de se donner à soi-même le sentiment de ce besoin, et c'est en ce sens qu'on ne se donne pas la foi » (p. 62). Voilà, dans sa première esquisse, la théorie de M. Brunetière sur la foi.
La logique, cependant, demandait qu'on allât plus loin. Ce qu'on avait dit de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'àme, pourquoi ne pas l'étendre, avec pareille vraisemblance, à une foule d'autres vérités ? Notre philosophe n'a garde de répudier cette conclusion et il la développe, d'une manière magistrale, dans sa récente préface au livre de M. Balfour. On verra de quelle main vigoureuse est mené ce nouveau réquisitoire contre la raison :
« Considérons donc un peu l'histoire de l'humanité. Nous voyons bien les ruines que la raison a faites; mais nous avons plus de peines à discerner ce qu'elle a édifié. 11 semble que de tout temps et jusque dans la métaphysique, son pouvoir de
1. J'accuse un peu trop nettement le syllogisme indiqué par M. Brunetière; mais je ne crois pas outrer sa pensée.
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dissociation ou de désorganisalion ait été très supérieur à son pouvoir de construction ou de consolidation » (p. xix).
Religion, morale, politique, la raison ne saurait suffire à expliquer ces grandes choses.
« Evidemment ce n'est pas une opération de la raison que nous trouvons à l'origine de l'institution sociale, et il faut nous en féliciter... Nous ne devons à la raison aucun des principes sur lesquels les sociétés reposent; et la preuve, c'est que, sociétés et principes, quand on veut les ébranler jusque dans leurs foudements, on pourrait presque dire qu'il suffît de vouloir les rationaliser... »
(p. XIX.)
« Que trouvera-t-on de rationnel encore dans la morale et dans la politique? Dans l'art où la « raison » s'oppose à l'inspiration comme son contraire?... Dans la science même... ?
« Tout concourt donc à nous prouver qu'il y a dans l'humanité... plus de choses que la raison n'en saurait expliquer. Et osons faire encore un pas de plus : il ne s'est peut-être accompli rien de grand ou de véritablement fécond dans l'histoire de l'humanité qui ne contienne, à son origine, dans son principe ou dans son germe, quelque chose à' irrationnel^ » (p. xxi).
Ce n'est pas assez de chasser la raison de ce domaine qu'elle réclame avec orgueil, M. Brune-
1. Disons une fois pour toutes, que ce mot «irrationnel » est mal choisi. Le sens usuel de ce mot, celui que le commun des lecteurs y verra et y a vu c'est cv contraire à la raison », « déraisonnable ». J'espère ne pas me tromper en pensant aue M. Brunctiére prend ce mot dans un sens tout dill'érent.
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tière soutient encore que si, par maliieur, elle s'appropriait un jour ce domaine, tout irait de pire façon. Qu'adviendrait-il, par exemple, de la société si tout y devenait « rationnel » ? « La raison est institutrice d'égoïsme », et le jour oii riiumanité la prendra exclusivement pour guide, on peut prévoir à quels abîmes nous serons conduits. Les inspirations de la raison « ne servent, en quelque sorte, qu'à nous « déshumaniser ». Et, si nous ne le sommes pas plus à fond, si nous demeurons capables encore de quelque sacrifice ou de quelque dévouement, si nous croyons toujours à la possibilité du progrès social, nous ne le devons qu'à ce qui survit en nous d'irrationnel.
Voici donc la raison humiliée et une large part faite à V irrationnel parmi les sources de nos connaissances. Etudions de plus près cet irrationnel ; demandons-nous quel en est le caractère, sur quel fondement il s'appuie et quelle certitude il peut donner.
Est rationnelle toute connaissance qui peut montrer qu'elle s'appuie exclusivement sur la raison, soit que l'objet apparaisse immédiatement clair à l'esprit, — c'est le cas des axiomes mathématiques, — soit que, moins évident, il faille, pour l'atteindre, recourir au raisonnement. Sera doncm-rttîonnelle toute connaissance qui, n'étant pas de soi évidente, ne pourra cependant pas prouver sa légitimité en formulant le syllogisme sur lequel elle est fondée.
N'est-ce pas là une antinomie ? Quel serait le
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fondement dune connaissance qui ne peut pas produire en sa faveur de bonnes raisons? La réponse n'embarrasse pas M. Brunetière. Elle s'appuiera, nous dit-il, sur l'autorité, sur la tradition, et, en dernière analyse, sur le sentiment et la volonté.
« Si nous voulons trouver la qualité qui nous élève au-dessus de la brute, il n'est pas exagéré d'affirmer, quoique ceci puisse avoir une saveur paradoxale, qu'il nous faudra la chercher, non pas tant dans notre faculté de convaincre et d'être convaincu par le raisonnement, que dans notre capacité d'influencer et d'être influencé par l'autorité. »
« On dira, ajoute M. Brunetière commentant les paroles de M. Balfour, on dira qu'il y a du «rationnel» dans ce genre de soumission, et je veux bien en convenir; mais il y en a si peu, dans la plupart des cas ! La « raison » n'a souvent que l'air d'examiner, et, comme on dit, de peser les autorités qu'on subit. En fait, c'est le caractère du maître qui se trouve répondre à de certaines convenances cachées de notre intelligence; et notre adhésion ne procède pas tant de notre « raison » que de notre bonne volonté... C'est également ce que l'on peut dire de la tradition dont le pouvoir est presque aussi grand que celui de l'autorité... Et que dirons-nous du sentiihent et de l'instinct? Evidemment le sentiment — ou le « cœur », comme disait Pascal — ne saurait nous apprendre que César battit Pompée dans la journée de Pharsale... ; mais que la question se pose de savoir comment l'honnête homme doit a r dans une
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circonstance difficile, ou encore s'il y a du divin dans le monde, je me fierais bien au cœur autani qu'à la raison. » (P. xxvii-xxix.)
M. Brunetière s'explique enfin sur le genre de certitude que peut engendrer une pareille connaissance. C'est ici une des maîtresses pages de la préface. Qui voudrait la relire et la méditer aurait, je crois, le vrai mot de cette théorie complexe et ne serait pas longtemps avant de se demander si, en somme, ces apparences d'erreur, ne voilent pas d'importantes vérités.
« Une psychologie superficielle avait exigé la certitude « scientifique » ou « rationnelle » — car c'est ici tout un — en modèle ou en type absolu de la certitude... C'est ce que l'on se gardera désormais de faire et... il ne s'écoulera pas longtemps avant qu'on ait rendu, parmi les fondements de la croyance, leur place « naturelle » au sentiment et à la volonté. »
Que voulons-nous dire, en effet, quand nous disons que nous « croyons » une chose ? Que nous n'en avons pas une certitude entière? Oui, peutêtre; mais bien plutôt que nous ne pouvons pas la « démontrer ». Par exemple, nous savons que deux et deux font quatre... nous croyons que la vie n'a pas son objet en elle-même, et qu'il ne saurait exister de morale sans obligation. En sommes-nous cependant moins sûrs? Tout au contraire, pourrait-on dire!... et, dans l'usage quotidien, dans l'usage même familier de la langue, regardons-y de près; que voulons-nous dire quand nous disons que nous croyons une
chose ? « Il a Fair de bien se porter, mais je le crois malade. » Quel est le vrai sens de cette phrase? et encore de celle-ci: « Le baromètre monte, mais je crois qu'il va pleuvoir? » sinon qu'aux apparences rationnelles et aux pronostics même de la science, nous opposons une autre certitude, plus intérieure, dont nous ne pouvons pas déduire lés raisons, mais à laquelle nous n'en accordons pas pour cela moins de confiance? » (xxxvii-xxxviii.)
J'ai essayé d'exposer dans un ordre méthodique la théorie de M. Brunetière. Ainsi formulée, elle a bien des chances de paraître peu orthodoxe. Son auteur, lui-même, est persuadé (p. 60) qu'elle s'écarte de la théorie catholique sur les rapports de la raison et de la foi, et de bons juges, croyant reconnaître dans ces paradoxes un nouveau traditionalisme, ont repris, pour combattre l'erreur renaissante, les vieilles armes qu'on avait laissé dormir depuis la condamnation de Lamennais.
Nous n'avons pas la prétention de vouloir trouver en défaut des juges autrement compétents que nous. Tout ce qu'ils ont dit pouvait et devait se dire, elles paroles de M. Brunetière, prises au sens immédiat qu'elles présentent, justifiaient, chez un apologiste catholique, cette attitude de combat. On nous permettra cependant d'essayer une explication orthodoxe de ces mêmes paroles, non pour un stérile plaisir de subtilité d'esprit, mais pour montrer que M. Brunetière est moins loin de nous qu'il ne pense. Eclairer cette question serait, du môme coup, jeter un peu de lumière sur un des
problèmes les plus obscurs de la psychologie de la foi*.
Sans « se déclarer catholique », sans renoncer à (( l'indépendance de sa pensée », M. Brunetièrc aurait pu montrer le lien peu apparent, mais peut-être solide, qui rattache sa théorie à l'un des lieux communs de la prédication catholique. « Il a bien le droit, nous dit-il, de se tromper avec Pascal. » Les meilleurs de nos apologistes ne sontils pas, en cette matière, du môme avis que Pascal? Il me le semble , et cette rencontre est d'autant moins surprenante, que Pascal est ici l'écho de saint Augustin, des premiers Pères, et même, — je crois, — de l'Evangile.
Quoi de plus fréquent, en effet, chez nos écrivains, que de montrer l'union étroite, indissoluble, essentielle, du cœur et de l'intelligence, de la volonté droite et de la raison, dans la recherche de la vérité : Qui facit veritatem venit ad lucem; et dilexerunt homines tenebras magis qtiam lucem. Voici, longtemps avant Pascal, la même apparence de confusion : la bonne volonté qui trouve la lumière et les cœurs mauvais, qui vont d'instinct
1. Alors même que M. Brunetière serait pleinement fidéiste, me permettra-t-on de dire que les pages suivantes ne perdraient pas pour cela toute possibilité d'intérêt. Mon but n'est pas, en pll'et, de tenter une apologie dont, peut-être M. Brunetière ne me saurait aucun gré, mais uniquement de mettre en lumière quelques principes indiscutables qui, mêlés aux thèses fidéistes, ont pu leur donner l'apparence de la vérité.
aux ténèbres. Quoi donc! la volonté serait-elle en nous principe de connaissance, et, si le conflit entre lumière et ténèbre est un pur conflit intellectuel, de quoi vient donc ici se mêler le cœur?
On dira que ces paroles s'appliquent à l'aveuglement, à demi clairvoyant où nous plongent les passions, et à « cette afl"reuse décoration d'incrédulité dont se parent les libertins ». 11 est vrai, comme le dit Massillon, dans un discours admirable, « les hommes impies et fermes dans l'impiété sont rares... parmi tout ceux qui nous vantent tous les jours leurs doutes et leur incrédulité, et qui en font une déplorable ostentation, il n'en est pas peut-êlre un seul sur le cœur duquel la foi ne conserve encore ses droits... on commence par les passions, les doutes viennent ensuite'... »
Assurément, cette analyse est exacte; mais il semble que le Christ dise autre chose, indique une part plus grande faite à la volonté dans l'acquisition ou la perte de la vérité. Dans les exemples que nous venons de citer, la lumière était déjà acquise chez ces faux incrédules, et c'est à peine si leurs « doutes de dérèglement » l'ont fait vaciller. Qui facit veritatem venit ad liicem. N'est-il pas clair qu'il s'agit ici d'acquérir une lumière qu'on n'avait pas ; n'est-il pas clair que la route indiquée pour aller à cette lumière est la route non du raisonnemeat, mais de la vertu. Car enfin faire n'est pas voir; et si, par hasard, il plaisait à M. Brunetière de reconnaître dans ce
1. Sermon pour le mardi de la quatrième semaine du Carôuoe : Des cloutes sur la religion.
facere veritatem une des formes de cet irrationnel qui est, selon lui, le plus solide fondement de la croyance, n'aurait-il pas, en sa faveur, au moins les premières apparences?
Veut-on entendre là-dessus un prédicateur que nul jusqu'ici, à ma connaissance, n'a soupçonné de traditionalisme, revenons à Massillon. 11 veut montrer dans la conduite des mages un modèle des dispositions dans lesquelles nous devons accueillir la vérité.
« Accoutumés par une profession publique de sagesse et de philosophie à tout rappeler au jugement d'une saine raison et à se mettre au-dessus des préjugés populaires, ils ne s'arrêtent pas^ cependant, avant que de se mettre en chemin sur la foi de la lumière céleste, à examiner si V apparition de ce nouvel astre ne pouvait pas trouver ses causes dans la nature ; ils n'assemblent pas de tous les endroits des hommes habiles pour raisonner sur un événement si inouï; ils ne perdent pas le temps en de vaines difficultés, qui naissent plus d'ordinaire de l'opposition qu'on a pour la vérité que d'une envie sincère de l'éclaircir et de la connaître. Instruits par la tradition de leurs pères sur l'étoile de Jacob qui devait un jour paraître, ils comprennent d abord qu'il ne faut point mêler à la lumière céleste les vaines réflexions de l'esprit humain, que ce que le ciel leur montre de clarté suffit pour les déterminer et pour les conduire, que la grâce laisse toujours des obscurités dans les voies où elle nous appelle, pour ne pas ôter à la foi le mérite de sa soumis-
sion, et que, lorsqu'on est assez heureux pour entrevoir une lueur de vérité, la droiture du cœur doit suppléer à ce qui manque à l'évidence de la lumière : Vidimus et venimus^. »
Ils comprennent d'abord. Sent-on la force de ce d'abord dans le vieux et vrai sens du mot? Les mages ne raisonnent pas, ils oublient leurs habitudes philosophiques, et, sans penser à se munir de bonnes réponses aux objections, ils coinprennent d'abord que cette étoile est miraculeuse. Ils ne recherchent pas, — cependant rien de plus raisonnable que cette recherche, — ils ne recherchent pas si le phénomène n'aurait pas par hasard une explication naturelle. Non ; un rapide éclair a uni dans leur esprit l'apparition de l'étoile et le souvenir de l'antique prophétie. Ils ont cru « d'abord », et ils sont partis.
Dans cette adhésion spontanée, immédiate, dans cette absence au moins apparente de raisonnement'-, M. Brunctière ne serait-il pas un peu fondé à reconnaître quelque chose d'assez semblable à cet instinct, à ce sentiment qu'il substitue à la raison dans l'analyse de la foi? Appeler la droiture du cœur pour suppléer à l'inlirmité de la raison et pour compenser la rareté de la lu-