Letters, p
Sans (loule intelligence et sensibilité religieuse restent très vives chez lui, et il entre pleinement dans rame de Gœdmon, d'Anselme, de Morus et des prédicateurs du premier « réveil ^ ». Son livre est même un de ceux où on peut le mieux suivre l'évolution du christianisme anglo-germanique, mais encore une fois cette histoire ne l'intéresse que par le fonds d'humanité plus tendre, plus exquise et plus exaltée qu'elle révèle et par ce que les compatriotes de Gœdmon, de Bunyan et de Wesley ajoutent de curieux et de pittoresque aux manifestations de la foi.
Il semble même — quoique à vrai dire, force nous soit ici de marcher en tâtonnant — il semble que Green ait poussé ce détachement, cette indifférence, plus loin que l'ensemble de ses amis de VÉglise large. Chez lui, le divorce d'avec tout le passé anglican et biblique semble complet. Vous chercherez même en vain dans les lettres de la seconde partie de sa vie, une trace de cette phraséologie religieuse qui survit si habituellement en Angleterre à la perte de la foi. Sans doute lextrême logique le veut ainsi, mais on connaîtrait mal VÉglise large en se figurant qu'elle est toujours logique avec elle-même. Enfants du siècle, ils ont beau faire à l'incrédulité toutes les avances, ils n'en restent pas moins anglais, c'est-àdire hommes de tradition et de respect, hommes de fidélité aux habitudes anciennes, façonnés au mysticisme par une éducation biblique et par la plus abondante des littératures religieuses, gardant enfin au plus profond de leur être je ne sais quel attrait
1. Qu'on relise dans la Short Ilistorif la jolie page sur Edmond Rich et ses fiançailles avec la Vierge, t. I, pp. 155, 15fi.
mystérieux, et quelle docilité curieuse et fervente à suivre la parole pour eux toujours nouvelle des pêcheurs de Galilée. Les plus avancés parmi les breadchurchmen, plusieurs du moins, gardent quelque chose de cette tendance en dépit des plus généreuses concessions au rationalisme. Le doyen Stanley a une piété à lui, élégante et pittoresque et un ancien de Balliol, J\L jMontefiore, écrivait, il y a quelques années, un article très documenté et très convaincu sur la vie et rinfluence religieuse de cet excellent Jowet qui n'aurait pas pu dire lui-même s'il croyait ou non à la divinité de Jésus-Christ. Rien de semblable chez Green. Il semble avoir tout laissé de la religion comme d'un vêtement denfance et la considérer dorénavant avec une curiosité respectueuse comme une relique et un monument du passé. Il n'est pas téméraire pourtant de croire que s'il en avait eu le temps, cette première fougue de logique et d'indépendance tombée, il aurait retrouvé quelque chose de la facilité anglicane à accepter les derailumières et à se résigner aux compromis.
Je ne me tourmente plus, comme autrefois, de questions que je ne puis résoudre... Mais une vie nouvelle apporte avec elle de nouvelles espérances, de nouveaux désirs de foi, une foi nouvelle que nous arriverons à connaître la vérité. Espérances vagues et confuses, foi vague et confuse, mais mamlenant je suis plus résigné que jadis clans le vague et le confus. Je vois maintenant que pour savoir il faut vivre, pour connaître la vérité, vivre la vérité '.
Cela a été écrit en mai 1877, au moment de son mariage. Vers ce même temps, en envoyant sa dé-