R. H. Hutton, Some english guides, p
et que, pour être pris par elle, il fallait « la regarder dans les yeux ».
Il semble bien en effet que de tout ce qu'il y avait d'ardeur et de passion chez G. Eliot, ses grands yeux seuls aient laissé voir quelque chose. Ici encore, ne nous laissons pas égarer par le fantôme de ses héroïnes et surtout de Maggie. Pas n'est besoin de pénétrer bien avant dans cette âme pour trouver un solide fondement de sérénité, d'équilibre et de mesure. Mais en revanche, elle eut toujours ce tumulte de sensibilité qui donne aux autres et parfois nous donne à nous-mêmes l'illusion des grandes passions, ce frémissement que, encore enfant, la lecture de Rousseau faisait courir dans ses veines et qui longtemps après, communiqué à sa plume et merveilleusement transformé devait nous causer tant de plaisir.
Au-dessous de cette surface changeante, vite troublée et vite calmée, circule presque sans interruption et sans fièvre un large courant de tendresse. Qu'on me laisse, tant la remarque importe à la ressemblance du portrait, qu'on me laisse redire qu'il ne s'agit pas ici de cette « sensibilité passionnée « dont parlent trop souvent ses biographes et que d'ailleurs ses romans à elle, bien compris, n'évoquent presque jamais. Sous sa plume les sentiments les plus exaltés se transforment bientôt en une douceur maternelle et elle échoue d'ordinaire dans la peinture de l'amour. « Notre vie va son petit train, écrivait-elle à M. d'Albert en 1862, et nous sommes absorbés par notre travail et nos affections du coin du feu. Dans ce monde où tant de gens ont à lutter et à souffrir, il semble que nous ayons plus que notre part de
LA HELIGION DE GEORGE ELIOT 9t
prospérité el de bonheur. C-ette fin d'année me laisse plus que jamais heureuse de vivre, bien que ma jeunesse soit finie. L'étude est un plaisir plus vif que jamais, et les affections, loin de s'émousser avec l'âge, deviennent plus vives ou du moins leur vivacité que Végoïsme des Jeunes avidités ne trouble plusparaît plus active '. »
Que voilà un précieux témoignage et combien cette petite ligne tranquille sur Vegoism of young^ cravings nous donne raison ! De grandes passions, même éteintes, ne promèneraient pas sur le passé un aussi calme regard et ne discerneraient pas si bien la part d'égoïsme qui se mêlait alors à leurs plus belles ardeurs. En vérité à l'heure même où ces jeunes avidités furent le plus affamées, je crois bien que G. Eliot resta comme toujours plus affectueuse, plus tendre que passionnée. Appuyons sur ce trait si nous voulons comprendre l'évolution religieuse de G. Eliot, la genèse de sa doctrine, et ce que James Darmesteter, fidèle entre les fidèles, appelait « la tragédie intérieure d'une des âmes de femme les plus puissantes et les plus nobles que le siècle ait produites - ». Ou je me trompe fort, ou il n'yapaseu de tragédie.
George Eliot a mis beaucoup de temps avant d'être heureuse. On peut marquer nettement, d'après ses lettres, la date où le bonheur commence à entrer