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LA HELIGIO.N DE GEOUGE ELIOT 95
<l'aussi près « les passions de Tamour » que dans ces années de contrainte et de solitude, où la petite Magpfie cherchait en vain une explication « des duretés de la vie réelle » et se demandait, avec angoisse, s'il n'y aurait jamais pour elle ici-bas « un peu d'amour caressant et de tendresse ^ ».
Cette souffrance était aiguisée par une défiance instinctive dont G. Eliot ne se guérira jamais. S'est- «11e rendu compte trop jeune qu'elle n'était pas jolie, a-t-on pensé que cet enfant, un peu bizarre et si curieuse de ce qu'il y a dans les livres, avait besoin moins que les autres des marques extérieures d'affection, quoiqu'il en soit Marie- Anne avait une difficulté extrême à croire qu'on se souciât d'elle et que vraiment on l'aimât Plus tard, dans ses lettres, rien n'est plus frappant que son attitude en face des plus anciennes et des plus chères amitiés. Elle attend toujours une alerte, elle est toujours prête à trouver naturel qu'on renonce à elle. « Je ne puis m'empècher de ne pas croire qu'on m'aime, écrivitelle en 1857, à une très fidèle amie, V incrédulité est dans ma nature, il n'y a pas de fourche qui puisse la mettre dehors pour toujours. C'est si étrange, qu'en revenant sur notre passé, vous puissiez penser à moi avec plaisir ^. » Elle a souligné ce moi. A la même amie, deux ans après, elle disait encore : « Vous savez qu'il m'arrive de blasphémer contre l'amitié et de croire que je n'ai jamais été assez
1. The need of some tender and demonstralive love. The mill on Ihe Floss, book IV, chap. III. Cf. Middlemarch, book II, ch. XX : Those childlike caresses which are ihe beat of every sweet woman.