‹ L'Inquiétude religieuseChapitre 23 sur 108 · Ibid.. p · texte numérisé non relu

Ibid.. p

Dieu. Mais de telles âmessont rares et, au plus grand nombre, le programme d'une religion exclusivement individuelle, les expériences personnelles, l'ardente et inquiète poursuite de la présence sensible de Dieu ne conviennent pas. Sur ce point-là, George Eliot ne se distinguait point de la foule. Malheureusement, d'une part la logique de son credo calviniste et de l'autre certains entraînements méthodistes de son entourage, exigeaient d'elle une initiative plus compliquée. Loyalement, et sans doute aussi par cette ambition d'excellence qui l'animait alors, elle essaie d'entendre les voix célestes et de sentir Dieu. Effort d'autant plus vain qu'elle y apporte plus d'assiduité et de contemplation. J'ai déjà dit qu'elle ne croyait pas facilement à l'affection et il faudrait redire sans fin combien elle avait besoin de caresses, — to be /?e//ec/, c'est son expression favorite. Eh bien! ce Dieu, malgré tout si loin d'elle, est une des premières tendresses dont elle ait douté. Oh ! non pas douté de façon pathétique \ et de cette expérience manquée, elle est revenue, non pas encore moins croyante, mais, toute préparée à ne plus croire. Quand d'autres voudront lui démontrer que les promesses des dogmes sont un leurre, elle n'aura que trop de facilité à lire, dans ses propres souvenirs, une preuve nouvelle, et la meilleure pour elle, de la justesse de leurs leçons.

1. Une ligne d'elle, écrite dans les dernières années de sa vie, évoque peut-être la déception et la fatigue de cet effort. « Il a prêché contre la crainte, dit-elle à propos dun prédicateur célèbre, et il revenait à cette idée que le chrétien élu offense Dieu quand il a trop peur de lui. Mais pas un instant il n'a touché la vraie cause de cette crainte, l'angoisse de savoir si les signes d'une élection divine se trouvent vraiment en nous. » Cross, p. 464.

Toujours à son insu, une autre difficulté fermentait en elle et l'acheminait depuis longtemps à accepter un jour sans secousse et sans résistance les objections du rationalisme contre la divinité de Jésus-Christ. Comme cette difficulté contient en germe la doctrine que G. Eliot va bientôt substituer au christianisme, il est nécessaire d'en indiquer ici quelque chose. Un jour qu'on lui demandait ce qui avait commencé à la détacher de l'orthodoxie, elle répondit avec une vivacité assez insolite chez elle : « Oh ! Walter Scott ' ! » De prime abord, on ne voit pas bien ce que le grand romancier vient faire ici. Le lien est logique pourtant. Très curieux de merveilleux, et peintre excellent du fanatisme, Walter Scott semble ignorer les formes plus calmes et plus ordinaires du sentiment religieux ^. Or c'est là précisément ce qui suggéra à G. Eliot ces premiers étonnements qui, tôt ou tard, conduisent au doute un esprit comme le sien •*.

Voilà donc en une représentation si touchante et si vraie de la vie humaine les meilleures, les plus vertueux des personnages chez qui aucune influence dogmatique n'est sensible. Morale et formules de foi, vertu et dévotion seraient donc choses distinctes et séparables qui peuvent sans doute se rencontrer en

Page 1