‹ L'Inquiétude religieuseChapitre 24 sur 108 · Cf. R. H. HuTTON, English Guides, p · texte numérisé non relu

Cf. R. H. HuTTON, English Guides, p

3. Cette impression remonte, chez Marie-Anne, à l'âge de treize ans. Cross, p. 32.

une même personne mais qui ne s'appellent m ne s'impliquent nécessairement. Sa propre expérience confirme abondamment ces impressions de lecture. Ce libre penseur qu'elle est allée convertir, M. Bray, mais c'est un excellent homme, cordialement bon, désintéressé, préoccupé d'améliorer le sort de ses ouvriers. D'un autre côté, chez beaucoup, la religion, plaquée du dehors sur la vie morale, ni ne la suppose, ni ne l'entretient, ni ne la grandit. Marie-Anne se rappelait avec dégoût telle vieille méthodiste fidèle aux visites quotidiennes de l'Esprit et qui pourtant ne se faisait aucun scrupule de mentir. Qu'y a-t-il de réel dans la foi du plus grand nombre et s'ils cessaient de croire, quel changement cela entraînerait-il dans leur vie ? Bien plus, chez ces gens d'église qu'elle a étudiés de si près, n'arrive-t-il pas souvent que, soit manie routinière, soit hypocrisie consciente, on couvre d'un manteau de religion les petits calculs de l'égoïsme. Plus tard, dans ses propres romans, et notamment dans Middlemarch \ elle décrira sans amertume cette comédie de gestes et de paroles, cette mimique chrétienne à laquelle rien de sérieux ne correspond. Mais dans la prime fugue de son incrédulité elle se montra et plus exaltée et plus dure. Encadrée jusqu'alors dans les dogmes et la pratique religieuse, puis brusquement affranchie, sa riche na-

1. On se rappelle l'éloquence bi])lique et bourgeoise de Mme Bulstrode qui veut empêcher sa nièce d'épouser un jeune homme sans fortune.

« Sans doute, cette vie terrestre n'est pas tout, mais c'est si rare de trouver un médecin religieux. L'orgueil de l'esprit les pervertit... et puis, il ne te faut pas un mari pauvre... avant tout nous devons chercher le royaume de Dieu, mais... »

ture morale se redressait clans une conscience d'ellemême un peu bien superbe et prenait volontiers, en face de la commune vertu , des airs de pitié ou de défi. « Je vous le dis, — criait-elle presque à un ami qui vantait devant elle l'influence moralisante de TÉvang-ile, — et je vous le dis une fois pour toutes. Ma conduite obéit aujourd'hui à des considérations bien plus hautes et je me fais du devoir une bien plus noble idée que lorsque je croyais encore à l'Évangile ' . »

Ses amis le savent bien, la vraie G. Eliot ne parle jamais aussi haut. Mais pour le moment, elle ne s'appartient pas.

Comme beaucoup de convertis, elle s'excite à tout glorifier de sa foi nouvelle, à tout mépriser du Credo qu'elle abandonne. Elle se compare aux croisés, elle va reprendre aux usurpateurs le tombeau où on tient la vérité enchaînée. Et celle-ci ressuscitera. We shall then see her résurrection, (c Je vis, ajoutet-elle, des moments indicibles - ! »

Quant aux Églises, elles n'ont que trop duré. Jadis, à la lecture de W. Scott et au spectacle du monde, elle se demandait si la religion était le fondement né-

1. Cross, p. 56. —A ce stage intermédiaire de sa pensée elle rattache encore la loi morale à l'existence d'un Être suprême. « Bien que je ne puisse reconnaître comme principes d'action la peur d'une vengeance éternelle, la reconnaissance pour la prédestination au ciel, ou la perspective des récompenses futures, pourtant j'admets pleinement que l'unique ciel, ici-bas et plus tard, se trouve dans la conformité avec la volonté de l'Être suprême, dans un perpétuel effort vers cet idéal de perfection, le vrai logos qui demeure dans le sein d'un Dieu unique, notre père. » Ihid., p. 00. Ce vague théisme va s'évanouir insensiblement.

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