‹ L'Inquiétude religieuseChapitre 28 sur 108 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

superstition, c'en est assez pour changer d'avis... Nous renonçons à la chimère de mettre d'accord les intelligences, et comme seul lien possible d'union universelle, nous nous tournons vers les vérités de sentiment. Ces erreurs de Tesprit contre lesquelles nous étions partis en guerre, nous figurant qu'elles n'étaient que des parasites de l'âme vivante, nous entrevoyons maintenant qu'on ne les arrache pas brusquement sans détruire aussi la vie elle-même. Pour les individus comme pour les nations, les seules révolutions inoffensives sont celles qui répondent à des besoins que leur progrès personnel a fait naître. C'est le fanatisme de la libre pensée d'imaginer qu'on a une panacée pour le genre humain et de dire à tout venant : « Avalez mon système et vous serez guéri... » Essayons donc, non pas de comprendre nos sentiments, mais de les mettre en harmonie avec ceux de nos pères, qui peuvent moins bien raisonner que nous, mais souvent se montrent plus riches en vrais fruits de foii.

Je n'ai pas craint de citer un long fragment de cette lettre deux fois remarquable parce qu'elle a été écrite par une incrédule de vingt-trois ans, et parce qu'elle éclaire si bien les futurs romans de G. Eliot. En 1859, elle écrivait dans le même sens à ses amis de Genève :

Dix ans d'expérience changent beaucoup de choses au fond de nous. Je n'ai plus ombre d'animosité contre aucune de ces fois religieuses qui ont servi d'expression à la souffrance humaine et à l'instinct qu'ont les hommes pour une vie plus pure. Tout au contraire. Aujourd'hui ma sympathie fait taire les objections de ma raison. Je ne suis pas revenue au christianisme dogmatique... mais je vois en lui le plus

Page 1