‹ L'Inquiétude religieuseChapitre 34 sur 108 · Cross, p · texte numérisé non relu

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fait, encore jeune fille, sur la valeur historique de l'Évang-ile. Jusqu'au bout la religion chrétienne n'a été pour elle qu'une des étapes de la pensée humaine dans sa marche vers un culte de plus en plus désintéressé '. Fausse tout à fait, non pas, et « nous ne devons pas laisser les chimistes ou les physiciens faire fi des convictions les plus ardentes et de l'expérience la plus universelle de l'humanité^ ». Fausse, non pas, mais provisoire, « germe et chrysalide des idées de l'avenir-^ ». Car « l'âme du christianisme n'est pas attachée aux événements et à la vie d'un homme, — la vie de Jésus, — mais bien aux idées qui ont convergé vers cette vie et qui rajeunies et fortifiées dans cette rencontre ont repris l'essor avec un nouvel élan '' ». Le devoir des intelligences, détachées des formes traditionnelles, est de rechercher la semence de vérité éternelle qui se cache dans chaque doctrine religieuse et qui doit survivre à la ruine des théologies ■'.

Il a paru bon d'anticiper sur les événements, et de résumer dans ces dernières pages tout ce que Ton peut dire d'essentiel sur l'attitude de G. Eliot en face de la religion de son enfance. Respecté, compris, admiré, aimé, le christianisme n'occupe sa pensée, pour ainsi dire, que par le dehors et comme un objet, entre autres, de cette curiosité sympathique à laquelle rien d'humain n'échappe. Ayant fait de ce côté place nette, il nous sera plus facile d'étudier la

Cross, p. 447,

Ibid., p. 536.

Ibid., p. 351.

Ibid., p. 3(îô.

Ibid., p. n36.

doctrine de G. Eliot. Sans regrets, miss Evans vient de dire adieu à sa jeunesse. Il est temps de voir la philosophie, la morale, la religion même, si l'on veut, que les tâtonnements, les tristesses et les aspirations de ces années laborieuses ont préparées. Avec JRomola, elle a vainement attendu qu'un ange perçât le brouillard pour lui apporter un clair message.

En ce temps-là, comme aujourd'hui, il y avait des hommes qui ne recevaient jamais la visite des anges, à qui ne venaient jamais des inspirations tout à fait nettes. Les lambeaux de vérité qui leur parvenaient, ils les découvraient confusément dans les paroles et les actions de pauvres hommes qui n'avaient ni le vol infatigable, ni la perçante vision des séraphins, dont l'esprit était aussi capable d'erreur que de vérité, dont la volonté était faite de bonnes intentions et de défaillances. Les hommes qui tendaient la main à leur détresse étaient de ceux qui trébuchent souvent et ne discernent pas toujours le vrai chemin et cependant, ces êtres, privés de la visite des anges, à moins de s'arrêter et de mourir dans l'inaction et la solitude, étaient bien obligés d'étreindre la main débile qui s'offrait à les guider dans les sentiers de faction et de l'espérance, dans les sentiers de la vie ^

Celte sagesse hésitante, modeste, et 'au jour le jour, cette main débile, tendue à toute misère et qui» souvent lassée elle-même, se relève pour montrer encore d'un geste courageux et résigné « les sentiers de l'action et de l'espérance, » c'est la doctrine de George Eliot, la plus haute et la plus simplement humaine que je connaisse, la plus efficace aussi, je crois, de celles qui s'obstinent à chercher unique-

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