Janet's repentanca, p
nelle. Et voilà que cette curiosité devient nécessairement plus indulgente et plus tendre, quoiqu'elle reste encore le simple plaisir égoïste du spectateur qui ne veut rien perdre de la pièce, du décor et de la salle. Par là, avec des différences de détail qu'il est inutile d'analyser ici, G. Eliot touche aux grands classiques, et si la race ici est de quelque chose, je verrais le courant gallois et celtique se manifester chez elle à cette vivacité d'observation, à cette intensité de vie extérieure, à ce goût très vif pour la fête perpétuelle que donne le monde réel.
Par ailleurs, elle a reçu, et très profonde, l'empreinte chrétienne, protestante et puritaine de son pays. Nul fanatisme, mais la gravité, le souci du devoir, le sens du prix de la vie, la responsabilité de soi et des autres, et la voilà orientée sur un chemin où de grands classiques n'ont jamais passé.
Du conflit possible entre ces deux tendances différentes, presque contraires, ne craignez aucune blessure, aucune nécessité de sacrifice. Dans cette puissante, calme et vivante nature, lentement, magnifiquement tout cela va s'organiser. Elle gardera cette curiosité, ce goût de la vie, mais elle les transformera en une sympathie qui ne sera plus seulement un plaisir comme tantôt, mais un devoir. D'un autre côté le spectacle qu'elle se donne ainsi à elle-même ne l'intéressera jamais au point de la distraire de préoccupations plus austères. Mais cette constante pensée que notre présence ici-bas est quelque chose de sérieux et que la moindre de nos attitudes peut avoir des conséquences importantes, se concrétera, s'humanisera pour ainsi dire en une forme plus souriante du devoir et ce sera encore de la sympathie.
Ainsi le meilleur et le plus vrai de cette âme riche et complexe la conduit au même but. La sympathie que nous allons mieux décrire, est tout ensemble^ pour G. Eliot, doctrine d'art et philosophie de la vie. « Ma propre expérience et le développement de ma nature rendent chaque jour en moi plus profonde la conviction que notre progrès moral a pour mesure le degré de notre sympathie pour les souffrances individuelles et les joies individuelles du prochain ' . » Ces lignes suffiraient presque à définir en G. Eliot et la femme et l'écrivain. Retenez en particulier la façon dont elle redouble cette dernière épithète : individuelles. C'est en effet le trait spécifique qui distingue la sympathie telle qu'elle l'entend et la pratique d'un humanitarisme abstrait et qui, talent et morale, classe et définit G. Eliot.
Je voudrais surprendre cette doctrine dans son travail obscur de préparation et avant qu'elle se formule d'une façon définitive dans les romans de G. Eliot. Voici, par bonheur, dans l'histoire du futur auteur d'^c/am Bede une page lumineuse, et la voici au bon moment, entre les longues années de tâtonnement et la pleine révélation de sa nature, après la fleur, — cette fleur de jeunesse épanouie sans éclat et qui tombe sans regret, — avant le fruit mûr.
Nous sommes en juin 1849. Miss Evans a trente ans. Son père vient de mourir. Elle a voulu être