Cross, p
dance de G. Eliot ne rappelle ses romans, n'ont sans doute pas lu les lettres où elle parle de Mlle Faisan. Écoutez plutôt : « Nous sommes tout à fait bons amis, la petite Mlle Faisan et moi. Cette vieille bonne est jusqu'au cou dans la prose, mais vraiment les gens de ce calibre sont réconfortants quand on n'a pas assez de force pour des conversations plus stimulantes. Type de ces âmes heureuses qui ne demandent rien au delà du travail, trivial ou non, de l'heure présente. Contentes de vivre, sans savoir si elles sont bonnes à quelque chose, et, en réalité, très précieuses comme exemple de calme et d'égalité d'humeur. «
Ces indices d'une observation amusée et profonde sont d'autant plus intéressants qu'après Genève, nous ne les retrouverons jamais dans les lettres de G. Eliot. Tout se concentrera dans les romans. L'important était de remarquer que cette éclosion coïncide avec une période de tranquillité et de bien-être. Il y a dans les riches facultés littéraires de G. Eliot, comme dans son cœur, quelque chose de frileux. La devise des félibres lui conviendrait bien, mais le soleil qui la fait chanter n'est pas le soleil de Mireio. 11 lui faut la tiède chaleur d'une atmosphère de tendresse, les petits soins, les attentions délicates, le plaisir de donner beaucoup et de recevoir davantage, d'un mot, le nid soyeux blotti sur un vieil arbre, en face d'un beau paysage, loin des ennuyeux, loin des vrais soucis.
Ici, comment se défendre des souvenirs que ces idées réveillent, comment ne pas revoir sous la vitrine du British Muséum les quatre lignes tracées sur le manuscrit d'Adam Becle. « A mon cher mari,
George-Henri Lewes je donne le manuscrit d'une œuvre qui n'aurait jamais été écrite sans le bonheur dont son amour a rempli ma vie ; » — comment ne pas évoquer les soins vraiment maternels qui ont encouragé, protégé, réchauffé l'œuvre de G. Eliot !
« Fi, dira-t-on, de ce bel évangile de sympathie qui a été conçu dans la joie! » — Non, pas tout à fait dans la joie, mais dans une sorte de bonheur paisible et doux. Et pourquoi pas? Certes, par un côté, cette œuvre serait plus touchante et plus efficace, si G. Eliot allant jusqu'au bout de sa (loctrine avait écrit ses romans dans les rares veilles que lui eût laissées une existence de dévouement et d'immolation. Mais les petites sœurs des pauvres n'écrivent pas de romans. On n'est pas toujours le saint de la morale que l'on prêche et cela ne rend pas nécessairement cette prédication moins féconde. C'est peutêtre l'humiliation suprême et comme la rançon du prédicateur et de l'artiste — que parfois ils ne paient leur cotisation humaine qu'avec une monnaie de rêve. Leur puissance d'effort et de sacrifice s'épuise à célébrer en termes magnifiques une vertu que d'autres, grâce à eux, poursuivront avec plus d'élan. Ici d'ailleurs nous ne cherchons pas à cacher notre misère. « Pendant le déjeuner de Noël, M. Lewes, qui parle beaucoup moins que moi de bonté, mais qui est toujours plus empressé à faire le bien, trouve que c'est bien laid à nous de déguster dinde et plumpudding sans inviter quelque délaissé à notre table. Tout de même, j'en ai eu peur, nous étions très heureux d'être seuls \ « Oui c'est bien cela. A elle de