‹ L'Inquiétude religieuseChapitre 43 sur 108 · Ibid., p. (iOii · texte numérisé non relu

Ibid., p. (iOii

ajoutait: « C'est déjà beaucoup. » G. Eliot ne veut de bonheur que ce qu'il en faut pour être bonne. Allez faire comprendre, je ne dis pas aux pharisiens mais aux fidèles sincères du stoïcisme que cette charité frileuse est encore de la vertu ^ .

Car nous sommes loin du stoïcisme. Aucune doctrine n'a fui plus obstinément cet orgueil qui impose àl'homme l'ambitiondécevante d'uneimpossible vertu. Aucune n'a été plus simplement, plus modestement et j'allais dire plus bassement humaine. Une page perdue à la fin de Romola, mais essentielle, suffirait à nous le montrer.

Déçue, lassée, accablée par ses souvenirs, h comme sous le poids de deux ailes brisées », Romola laisse aller sa barque à la dérive et ne pouvant parvenir à lire un « message d'amour » dans l'immensité de la mer et du ciel qui l'entoure, elle se prend à désirer qu'un courant plus fort la mène vite au néant final. Mais bientôt la barque touche le rivage. On entend la plainte d'une enfant abandonnée. Un peu plus loin, un village assailli par la peste se désole et attend la mort. Il n'en fallait pas autant pour chasser le cauchemar. Déjà la jeune femme est à l'œuvre, soignant les malades, rendant du courage aux dé-

1. « En désirant ce qui est tout à fait bon, même quand nous ne savons pas exactement ce que c'est et quand nous sommes impuissants à l'accomplir, nous participons à la lutte de la puissance divine contre le mal. » Midcllemarch,

sespérés ! Autrefois, quand elle faisait du bien autour d'elle, elle s'entraînait à la pensée qu'il fait bon vivre pour alléger la souffrance d'autrui. Maintenant elle ne raisonne même plus. Toute sa nature lui crie de partager la vie de ceux qui l'entourent. Autrefois, des considérations étrangères, « des liens artificiels, le mariage... la discipline religieuse » compliquaient cette naturelle sympathie et comme, l'un après l'autre, ces différents soutiens avaient manqué à leur promesse, un instant, Romola avait cru que cette sympathie elle-même n'était aussi que vanité et men songe. Mais elle se réveille.

Ce désir de la mort n'était qu'un mauvais égoïsme. Quand tout le reste est douteux, cette souffrance-là que je puis secourir est trop certaine. Si la gloire de la croix est une illusion, la douleur humaine n'en est que plus vraie. Tant que mon bras aura assez de force, il se tendra vers ceux qui tombent, tant que mes yeux verront la lumière, ils chercheront les abandonnés '.

J'ai déjà dit qu'après une période assez courte d'irréligion agressive, G. Eliot avait reconnu que la croyance au surnaturel était chez la plupart et pour le moment une des conditions nécessaires de la vertu. Il importe donc de voir surtout dans ce passage de Romola l'expression de la pensée personnelle de l'auteur. Plus jeune et encore chimérique, elle avait écrit : « Dieu nous aide, dit la vieille religion, et la nouvelle précisément parce qu'elle ne croit plus, ne nous apprendra que mieux à nous aider les uns les autres \ » L'exaltation de ces espérances est

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