‹ L'Inquiétude religieuseChapitre 46 sur 108 · Ibid., ch. LXXXIII · texte numérisé non relu

Ibid., ch. LXXXIII

et ne plus penser à elle-même ',» mais d'une façon plus modeste et plus simple. Elle s'en explique dans une lettre très importante que Hutton ne veut pas lui pardonner :

Je tâche, écrit-elle en 1870, de me réjouir à la pensée du soleil qui brillera quand mes yeux ne pourront plus le voir. Et je crois que cette sorte de vie impersonnelle peut atteindre une grande intensité. Je crois que nous pouvons nous détactier beaucoup plus qu'on ne l'imagine du petit faisceau d'actions qui forme notre personnalité... Nous autres femmes, nous risquons toujours de vivre trop exclusivement de nos affections ! Sans doute nous n'avons rien reçu de plus précieux que cette tendresse, mais nous devons aussi participer à une vie plus indépendante, apprendre à nous réjouir des choses en et pour elles-mêmes 2.

Là-dessus Hutton la gronde. « Tâcher de se réjouir dans les soleils que nous ne verrons pas, écrit-il, peut-on concevoir un effort plus artificiel?... Voilà à quelle pénible gymnastique une belle intelligence privée des lumières de la foi se condamne pour remplir la place vide de Celui qui était hier, qui est aujourd'hui et sera demain ^. » S'il veut dire que la religion de l'humanité ne saurait être au vrai et simple sens du mot une religion, rien de plus juste; mais je ne vois, pour ma part, rien d'artificiel à se réjouir à la pensée d'une joie que les autres goûteront quand nous ne serons plus là.

Sans forcer en rien sa nature, G. Eliot a bien pu saluer aussi dans l'avenir d'un sourire reconnaissant

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