‹ L'Inquiétude religieuseChapitre 59 sur 108 · Book VI, ch. VlII. Le titre même du chapitre est signi · texte numérisé non relu

Book VI, ch. VlII. Le titre même du chapitre est signi

On trouverait sans peine beaucoup d'exemples analogues, et si on veut bien repasser à ce point de vue Tensemble de l'œuvre de G. Eliot on ne tardera pas à reconnaître que là est vraiment l'inspiration principale et constante de ses romans. De chaque être, elle voudrait dégager et louer ce qu'il a de bon.

— Youare the only felloiv that knowsthe besfofme,

— et si, par malheur, elle ne trouve rien à glaner ni dans le présent, ni dans le passé d'une âme, elle se rabat sur un autre caractère, un autre don, peu rare, hélas! celui-là, et qui, pour elle donne encore une consécration, une noblesse aux moins aimables et aux plus basses natures. C'est la souffrance. Et n'entendez pas par là ces spectacles douloureux qui épouvantent u la chair et le sang » comme dans plusieurs romans de Dickens, mais « ces obscures tragédies dont le inonde ne se soucie point et qui, disait-elle à vingt ans, ont pour moi tant d'importance ».

Eh oui! ainsi va la vie. Pendant que nous discutons froidement la carrière d'un homme, ricanant de ses erreurs, blâmant ses bévues et donnant une étiquette à ses opinions « Evangelical étroit » ou « Laîiludinaire panthéiste » ou « anglican et orgueilleux »... pendant ce temps cet homme pleure à chaudes larmes dans sa solitude parce que sa mission est dure, parce que la force lui manque pour dire le mot difficile, pour se mettre à une action trop héroïque ' .

ficatif. M^akem in a new Ughl. Cf., un peu plus bas (bock Vil, eh. III), un autre titre : Où Von voit que de vieilles connaissances sont capables de nous causer des surprises. Cf., aussi dans le même sens, la promenade du misérable Dempser avec sa mère {Janet's repenlance, ch. VII). l. Janet's repenlance, ch. VIII.

Ici non plus les exemples ne manquent pas, mais je dois me contenter de citer une fin de chapitre de Middlemarch puisque, aussi bien, cette œuvre importante est presque inconnue en France. Mme Bulstrode vient d'apprendre, après toute la ville, que son mari s'est conduit jadis comme un misérable.

Elle s'enferma dans sa chambre. Elle avait besoin de temps pour se faire à cette mutilation de son âme, à sa pauvre vie manquée... Les vingt années pendant lesquelles, grâce au silence de cet homme, elle avait eu foi en lui et l'avait même vénéré, lui revenaient avec des détails qui donnaient à toute cette conduite l'air d'une constante et odieuse fourberie. Mais cette femme sans culture avait une âme de fidélité. L'homme dont elle avait partagé la prospérité pendant une moitié de vie et qui l'avait chérie sans défaillance, maintenant que le châtiment était sur lui, elle ne pouvait, en aucun sens, l'abandonner. Il y a un abandon qui vit sous le môme toit que l'abandonné et qui partage sa couche, plus cruel encore par cette proximité sans ombre d'amour.

Elle savait quand elle avait fermé la porte de sa chambre que, après l'avoir rouverte, elle redescendrait vers son infortune, pour épouser son chagrin à lui et lui dire : « Je souffrirai sans me plaindre. » Mais il lui fallait un peu de temps pour recueillir ses forces, pour donner librement un sanglot d'adieu à la joie et à l'orgueil de sa vie.

Bulstrode avait passé ce temps-là dans une égale agitation. Il avait envisagé le cas oîi sa femme apprendrait la vérité du dehors et il aimait mieux cela que de se confesser lui-même. Mais à cette heure où il devinait quelle savait tout, il attendaitlerésultatde cette révélation avec angoisse... Il se sentait sombrer dans une détresse sans pitié. Peut-être ne verrait-il plus jamais d'affection sur le visage de sa femme...

Il était huit heures du soir quand la porte s'ouvrit. Sa

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femme était là. Il n'osa pas la regarder. Il était assis la tête basse et comme elle s'approchait de lui, elle crut voir qu'il paraissait plus petit, ainsi flétri et accablé. En une seule et immense vague, cette fraîche pitié et l'ancienne tendresse passèrent sur elle, et mettant une main sur la main qui s'appuyait au fauteuil, l'autre sur l'épaule de son mari, elle lui dit avec une douceur solennelle :

— Regarde-moi...

Il leva les yeux, avec un léger frisson et la regarda une seconde, comme interdit. La pâle figure, les habits de deuil, les lèvres tremblantes, tout disait : « Je sais », et cependant les mains et les yeux se fixaient doucement sur lui. Ses larmes à lui éclatèrent et ils pleurèrent ensemble, assis l'un à côté de l'autre. Le moment n'était pas venu de parler... La confession du coupable fut muette; muette aussi, de l'autre côté, la promesse de fidélité... Elle ne put pas lui dire : « Qu'y a-t-il exactement de vrai là-dedans et où commence la calomnie? » Lui n'eut pas à dire : « Je suis innocenta »

Dans ce prompt oubli de l'offense, dans cette pitié qui entraîne le pardon, vous ne voyez, el à bon droit que l'instinct éternel d'un simple cœur de femme. Mais G. Eliot demande autre chose au lecteur. Dans sa pensée, cette première pitié irraisonnée doit nous amener à examiner de plus près la vie de Bulstrode, et après cette revision se transformer en une indulgence plus haute, plus juste et où frémira la conscience de notre propre bassesse. Gel homme a joué pendant vingt ans une comédie de vertu sans tache et vous criez à l'hypocrisie. Allez moins vite, nous dit-elle, el, merveilleusement elle dissèque les hésitations, les faiblesses, les défaillances, les retours

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