‹ L'InquisitionChapitre 5 sur 57 · LA CROISADE DES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

LA CROISADE DES ALBIGEOIS

L'herbe avait repoussé sous les pieds l'Attila. Après le Baptême de Reims, l'Église ne s'était pas attardée à pleurer sur es ruines du monde romain qui venait le s'effondrer.

Tout était à recommencer : elle recomnença.

Elle alla franchement aux Barbares, pour 'cbâtir, avec ces éléments nouveaux, mais Tustes, la cité future.

Tâche colossale, jamais achevée, qui absorba l'effort de plusieurs siècles, contrariée sans cesse et vingt fois compromise par les assauts du dehors et les crises du dedans.

Les grands Evêques du v^ siècle, pui samment secondés par les moines, l'avaiei amorcée. Les grands Papes des xi^ et xi siècles y travaillaient encore, car il fai attendre, chez nous, jusqu'à S. Louis poi la voir aboutir.

Non pas certes que ce fût Fidéal. Ma c'était un acheminement, un résultat qui n pas duré et qu'on n'a plus atteint depui

C'était la civilisation médiévale, l'ord] social chrétien du Moyen âge ; c'était Chrétienté !

L'Eglise qui laborieusement avait m sur pied cette société, qui l'avait façonn( pièce à pièce, au jour au jour, en garda tout naturellement la direction morale. ( monde nouveau, créé par elle, qui lui d vait tout, reposait tout entier sur elle. I droit et la politique s'inspiraient de l'Éva gile. La Religion était à la base et au faî de l'édifice social, fondement et clef ( voûte.

Les institutions et les lois, les popui tions et les gouvernements, tout était chr

en ; et si les mœurs, sous la pesée des dissions humaines, fléchissaient facile* lent, les faiblesses et les incotiséquences Bs individus n'ébranlaient en rien l'esprit iiblic profondément enraciné dans la foi ; 1 sorte que les cadres, Tarmature, valaient l)uvent mieux que les gens.

Dans chaque pays, TEglise et TEtal taient étroitement unis, sans se confondre, t les opérations distinctes ou conjointes es deux pouvoirs prenaient leur équilibre ans le principe supérieur de la Religion. Les rois, maîtres chez eux, n'étaient pas bs vassaux du Pape ; ils ne tenaient pas ^ur pouvoir du Pape, mais, en tant que hrétiens, ils étaient sujets de l'Eglise et élevaient du Pape, de telle façon que, sans ue cela impliquât une ingérance directe ans les affaires de l'Etat, le Pape, avec son magistère spirituel et sa suprématie moale, était devenu, par la logique même des hoses, la première des puissances, au ommet de la hiérarchie sociale.

I Représentant de la Justice et du Droit,

en dehors et au-dessus des nationalités, jouait, dans toute la Chrétienté, un rôle tuteur, de modérateur et d'arbitre. Il rep nait les rois injustes et scandaleux. Il p venait ou apaisait les conflits. Il jetait, da les balances de la diplomatie médiévale, poids très lourd de son autorité ^

Du seul fait qu'elles étaient toutes fil de l'Eglise, qu'elles se rattachaient au mêj tronc et vivaient de la même sève qui a mait tout le corps social, les nations cati liques se sentaient solidaires les unes d autres ; et, malgré les rivalités partie Hères qui les mettaient souvent aux pris entre elles, volontiers elles concentraie leurs forces et syndiquaient leurs impu sances pour faire tête aux ennemis du c hors, qui les menaçaient toutes. Il y avi donc, en dépit du morcellement féodal, u vaste et large confédération des États-Ui de l'Europe catholique dont le Pape et

1. Cf. G. GoYAU, Les Papes et la Civilisation. M trise des papes sur la société du Moyen âge (I Didot, 1895), p. 58, 82, 86.

l'inqujsition 13

Président-né et dans laquelle empereur, »is, princes, ducs et seigneurs conservaient ur autonomie, sauf dans les cas où Tinrêt général exigeait une action commune, )mme, par exemple, l'immense mobiliition de l'Occident chrétien contre les urcs.

Dans un monde comme celui-là où l'unité e la foi était la meilleure garantie de onité politique, comment, toute considéilion théologique mise à part, comment )lérer l'hérétique !

N'était-ce pas sa cohésion religieuse qui lisait la force de la Chrétienté, sa sécurité ar conséquent ?

Toucher à la foi, c'était la pire des for- ^itures. L'hérésie, c'était le suprême dan- :er que les Princes comme les Papes deaient prévoir, conjurer, et, coûte que coûte, éprimer, puisque tous les coups portés à a religion ébranlaient l'ordre social.

Quoi d'étonnant que menacés ensemble

l'Église et l'État se soient mis d'accu pour se défendre ! ^

L'Église certes y était intéressée. C pour elle une question vitale que de si vegarder l'intégrité du dogme et de réa contre tout ce qui met en péril la foi, s^ tolérer jamais qu'on y porte atteinte, pi qu'elle repose dessus et qu'elle en vit. C sacré, intangible !

On discute des opinions, des systèn philosophiques : on ne discute pas le Grec Toutes les religions positives, à doctrir précises, sont nécessairement intolérant Elles ne peuvent pas se laisser entamer supportant les novateurs ou en transigea avec eux : car la tolérance implique te jours une concession, un accommodeme avec l'erreur au détriment de la Vérité ;

1 . LeB Ordonnances des Roy s de la 3^ race exprinp très nettement cette idée de l'accord nécessaire • deux pouvoirs contre l'hérétique : « La justice laï « doibt prendre et envoler au juge ordinaire (l'Évêq <( et quand li juge l'auroit examiné, se il trou^ (^ que il feust bougre, il le devroit fère envoiér l « justice laïc et la justice laïc le doibt fère ardoî (Cf. n" cxxjii).

)ut amoindrissement de la vérité dogmaque est aussi fatal à l'Eglise qu'une voie 'eau à un navire.

L'État, en ce temps-là, l'eût-il voulu, ne ouvait s'abstenir.

Outre que c'était son devoir de prêter on appui à l'Église i, il y était contraint >ar la nécessité.

Toute société qui veut vivre, met à la lase de sa constitution quelques principes ondamentaux qu'elle déclare intangibles :

famille, la propriété, la patrie !

ibre à quiconque d'avoir, dans son for ntérieur, des préférences pour le coUectiâsme, la polygamie, Tinternationale ! Mais >'il fait école, s'il passe à l'action, s'il s'insurge contre l'ordre établi, il est anarchiste.

L'État ne s'inquiète pas des rêveurs, mais 1 musèle le propagandiste ; il réduit par a force l'anarchie, parce que la tolérance

1. Cf. Mgr d'Hulst, Conférences, 1895. L'Église et \Ètat, p. 127. -^ Ch. m. Le Droit social de l'Église, p. 224.

du Pouvoir serait une trahison, une ab( cation.

Or, au Moyen âge, la religion était u de ces colonnes fondamentales, la colon maîtresse de Fédifice et V hérétique d'Écjl était un anarchiste d'État. D'autant pi que les hérésies du Moyen âge remc quaient avec elles des doctrines et des pi tiques positivement anti-sociales ^.

Le peuple, là-dessus, pensait comme I Papes et comme les Princes. Il n'y av; pas de dissidents. Le suffrage universel tous les référendum auraient ratifié ce alliance étroite des deux pouvoirs, ce identification d,e la paix publique avec

I. « L'hérésie du Moyen âge s'est presque toujoi doublée de systèmes anti-sociaux. En un temps la pensée humaine s'exprimait le plus souvent se une forme théologique, les doctrines sociaUstes, ce munistes et anarchistes se sont montrées sous i forme d'hérésie. Dès' lors, par la force des choses, cause de l'ÉgHse et celle de la Société étaient éti tement unies, pour ainsi dire confondues ; et ai s'explique et se précise la question de la répressi de l'hérésie au Moyen âge ». J. Guiraud, La répi sion de Vhérésie au Moyen âge. Cf. Questions d'hislo^ p. 44).

faix religieuse et rassiinilafcion, qui en écoule, de Fhérésie à un crime de droit [ommun, passible des pénalités civiles.

, Ces conceptions sont à cent lieues de otie mentalité du xx^ siècle.

Vujourd'hui la rupture entre la religion t la politique est plus accentuée encore ans les esprits que la séparation de l'Eglise t de l'État dans les lois. Volontiers on ,egarde l'hérésie comme un délit d'opinion ans grande conséquence; et, jusque dans os rangs, on prend son parti des timidités, es effacements, des capitulations de consience qui se cachent sous les mots de béralisme, de tolérance et de neutralité. )n les compte, les catholiques dont la foi 'est pas humiliée sous le respect humain t qui osent, à Toccasion, relever une inxertinence dans un salon, un défi dans un telier ou une insulte dans une réunion ublique. On est si bien accoutumé à can- )nner sa religion dans sa vie privée, qu'on étonne lorsqu'il en est fait cas dans la vie ocialç.

Nos pères avaient plus de tempéramer Leurs convictions avaient une autre viguei] Leur foi robuste s'affirmait partout. Ils ( étaient fiers et ils entendaient qu'elle f respectée.

C'est donc sur ce terrain et dans cet atmosphère que surgit l'hérésie au :?

siècle, et quelle hérésie !

Les Cathares, comme ils se nommaier c'est-à-dire les Purs (xaeapot) étaient d'oi gine orientale. Ils se rattachaient, par m parenté lointaine, aux manichéens ( iii^ siècle ^. Traqués par le gouverneme de Constantinople (x^ siècle), ils avaie franchi le Danube, pour s'installer en Bi gàrie, en Macédoine, gagner successiv ment l'Italie par TAdriatique, puis le no de la France où les foires de Ghampagrj

Page 1