Revue de la Marine Marchande, 13 août
La Réunion
FASCUIS MANEIMES 2...) ox 680
Inactifs ou absents sans nouvelle. 343 Navigant au commerce . . . . 330 Présents au service de l'État. à 1 Guyane Inscrits maritimes. . . . . . 435 Inactifs ou absents sans nouvelle. 90 Navigant au commerce . . ,. . 36 Présents au service de l'Etat . . 9
Saint-Pierre et Miquelon
mscriis maritimes C0. 0 309 Inactifs ou absents sans nouvelle. 38 Navigant au commerce . . . . 281 Présents au service de l’État . . 0
Ce qui donne un résultat de 10.000 inscrits sur lesquels 66 sont au service de l'État. On peut remarquer avec étonnement que sur ce nombre les 2/5 sont portés comme inactifs ou absents sans nouvelle, mais ceci est
un cas particulier aux colonies et il n’en faut pas
déduire, que de tels errements se retrouvent dans tous les quartiers. Ce serait vouloir passer du particulier au général, et il y a là un peu de parti pris de vouloir, dans cet exemple défavorable au système, en conclure la suppression du régime (ces chiffres ont paru dans le journal Le Yacht, 1903).
Au congrès du commerce, M. Camille Vallaux s’efforçait lui aussi de réclamer la suppression de l’inscription maritime, comme ne donnant pas de bons résultats en se basant sur ce qu'on trouvait dans l'institution au point de vue de la marine de guerre « un déficit chronique ». Il y a chaque année 5.000 inscrits incorporés, sur ce nombre 1 200 sont dispensés à titre de soutiens de famille et ne font qu'une année de service, il en reste donc 3.800 dont la moitié refusent de rengager.
Il faut aussi reconnaître que, d’autre part, on constate une diminution du nombre des inscrits et au contraire une augmentation du nombre des engagés. En 1901 on comptait 33.000 inscrits et 16.934 engagés, tandis qu’en novembre 1904 les premiers figuraient au nombre de 28.708 et les seconds au nombre de 21.551.
Quoi qu'il en soit ce vœu des inscrits avait tout lieu d’étonner ; on avait généralement escompté au contraire de leur part de nouvelles revendications en voyant le service dans l’armée de terre réduit à deux ans.
Aussi dans la presse ont-ils été blamés, en général.
Dans la Revue de la marine marchande M. Dechaille
va même jusqu’à écrire à propos de ce vœu que : « Ceux
des inscrits maritimes qui semblent croire encore indispensable à leurs intérêts l’existence de ce vieux système, se rendent compte que le vœu qu’ils viennent d'émettre aura tout juste rempli le rôle du pavé de l'ours. Ils n'auront fait qu'accuser cruellement l’inutilité de ce régime déjà chancelant et que hâter sa chute irrémédiable. »
Toutes ces discussions avaient lieu avant le vote de la loi et le législateur a tranché la question.
Il a décidé dans les articles 3 et 101 de la loi du 21 mars 1905 que les engagements de l’armée de mer seraient réglés par des lois spéciales à cette année. EN L’ESPÈCE ils sont encore régis maintenant par l’article 43 de la loi du 15 juillet 1889.
Il faut reconnaître avec impartialité que maintenir la loi sur l'inscription maritime n’est peut-être plus en rapport avec nos besoins militaires, mais on ne peut s’empècher de reconnaître qu’elle a tout au moins rendu de grands services.
C’est une institution ancienne qui reposait sur cette idée qu’il devait y avoir nécessairement un lien entre la marine de guerre et la marine de commerce, idée qui n’est peut-être plus exacte de nos jours, mais qui l'était au moment de l'institution du régime. A cette époque la différence entre la navigation sur les navires de commerce et la navigation sur les navires de guerre était loin d’ètre ce qu’elle est aujourd’hui.
La marine marchande en servant de réserve à la ma-
+ 1008 rine de guerre lui a rendu pendant longtemps d’inappréciables services en lui fournissant des hommes entraînés ayant des aptitudes professionnelles que n’auraient pu avoir ceux de l’intérieur, aptitudes qui pendant longtemps constituaient la qualité primordiale nécessaire aux hommes composant les effectifs de la flotte.
C’est cette idée qu'exprimait M. M. de Chasseloup- Laubat lorsqu'il disait : « Je cherche dansl’histoire et je ne trouve aucun peuple puissant par sa marine militaire qui ait pris son personnel maritime ailleurs que dans les ressources de la marine marchande. »
Les conditions ont changé, ce lien entre les deux marines longtemps cru nécessaire, n’a peut-être plus une utilité incontestable aujourd’hui et le régime de l'inscription maritime sera peut-être amené à disparaitre; maison ne peut qu’approuver le législateur qui a su résister aux sollicitations pressantes dont il était l’objet et qui a maintenu la limite minima de trois ans pour les engagements volontaires de l’armée de mer et a énergiquement refusé d'accorder le bénéfice de la loi de deux ans à l’inscrit maritime.
Nous sommes entièrement de l’avis de M. Caugardel quand il dit (1) que l’adoption du service de deux ans pour les inscrits aurait pour effet de détruire l’équilibre du régime, puisque les marins n’ayant pas à subir
de plus lourdes obligations que les autres Français se
1,Revue marilime, avril 1906, p. 76.
verraient contester des avantages qu'ils sont seuls à posséder. IL y aurait atteinte non seulement aux intérêts respectables de cette catégorie de citoyens, mais il y aurait plus encore car cette mesure pourrait mettre en péril notre défense nationale.
Quoi qu'on veuille dire, au point de vue des équipages de la flotte, les inscrits en forment le fond indispensable. C’est sur eux que la marine peut compter, et c'est parmi eux que les commandants trouvent dans leurs équipages les hommes les plus dévoués et les plus pratiquement utilisables au combat. Aussi est-il bon de ne pas s’engager à la légère dans une voie aussi grosse de conséquences puisqu'elles touchent à notre défense nationale.
En ces matières peut-être est-il préférable de s’en tenir au vieux proverbe : « un bon tiens vaut mieux que deux tu l’auras. »
Il faut toujours songer qu’il n’en est pas d’une question de cette importance, comme d’une simple question administrative, qui n’intéresse que l’intérieur, ici il ne faut pas oublier qu’il y a d’autres peuples autour de nous.
Ce n’est pas une question de politique; c’est une
question qui touche à l’existence même de notre pays!