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VII

* LE PHÉNIX

Le coup de théâtre est complet. De la momie grise ou noirâtre qui se sèche et s’accourcit, vous voyez l’être nouveau, le ressuscité, le phénix, s’arracher et resplendir dans tout l’éclat de la jeunesse.

De sorte qu’à l’envers de nous, qui commençons par les beaux jpurs et semblons d’abord papillons, pour traîner plus tard et languir, lui commence par les années sombres, et d’une longue vie obscure surgit à la jeunesse où il meurt glorifié.

Assistons à ce départ. Le souffle tiède du prin- • .

temps a éveillé les végétaux ; son banquet est préparé. Plus d’unefleur l’attend et sécrète son miel. H

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tarde.... C’est qu’aujoard’hui cette enveloppe impénétrable qui faisait sa sûreté fait un moment son obstacle. Faible, fatigué d’une si grande transformation, comment percera-t-il ce trop solide berceau qui risque de l’étouffer?

Il est des espèces (les fourmis, par exemple) où la difficulté est telle que le captif n’arriverait jamais peut-être à s’élargir sans le travail secourable de quelqu’un qui du dehors s’efforce de le tirer de là, de l’accoucher pour ainsi dire, de l’arracher de ce maillot obstiné qui l’emprisonne. Heureuse difficulté qui crée le lien des deux âges, attache la libératrice à cet enfant délivré, commence l’éducation et la société elle-même !

Mais, chez la plupart des insectes, la libératrice n’est autre que la Nature. Cette mère, inépuisable de tendresse et d’invention, donne au petit la clef magique qui va ouvrir la barrière, percer la prison^ l’introduire au jour de la liberté.

« Quelle clef !..... Et comment, direz-vous, cet être mou, peu consistant, va-t-il avoir prise et mordre sur un tissu ferme et serré, doublé parfois et muré par lesalluvions pluviales pendant le cours d’un long hiver? »

Nous voilà bien embarrassé : mais la Nature ne l’est pas. De petits moyens tout simples lui suffisent; elle élude la difficulté, s’en joue. Le papillon du

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bombyx, par exemple, au moment critique, trouve une lime; où? dans son œil! Cette œil à facetles, d’une fine pointe de diamant, lime et coupe sa prison de soie. . . •

Un autre (c’est le hanneton), enfermé sous terre, se trouve tout à coup ce jour-là un parfait mécanicien. De lui-même, de tout son corps, il fait un levier. Son extrémité postérieure se trouve justement être un pic, une forte pointe. Il l’enfonce solidement, s’ancre, s’affermit. De ce point d’appui il tire une force énorme, et de ses épaules robustes il sou* lève Ig motte pesante, l’élargit, troùve enfin le jour, étend son lourd appareil et d’ailes et de fourreaux d’ailgs, et vole comme un hanneton.

Un autre mineur difforme, la courtilière ou grillon-taupe, n’atteindrait jamais la surface, si, pour remorilcr du fond de la terre, il n’avait deux énormes mains, ou plutôt deux puissants râteaux qui ouvrent sa voie. Pour être laid, il n’en est pas moins ému du printemps, pas moins amoureux. Mais il a la précaution de ne hasarder sa figure étrange qu’aux rayons douteux de la lune. Son cri plaintif touche celle à qui il s’adresse ; elle y cède, elle apparaît, mais pour rentrer dans la nuit et confier à l’ombre protectrice l’espoir de sa postérité.

Un frôle insecte aquatique, le cousin, dans ce grand jour, prend le rôle audacieux de navigateur.

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Son enveloppe délaissée lui sert encore, et c’est sa barque. Il s’y pose, s’y dresse, étend pour voiles ses ailes nouvelles, vogue, et bien souvent sans naufrage aborde à la rive, où séchées, les mêmes ailes le porteront à la chasse et au plaisir. En une heure, il apparaît maître en tous ces arts nouveaux. C’est le propre de l’amour de savoir sans avoir appris.

L’amour est ailé. La mythologie a parfaitement raison. Cela se vérifie au sens propre et sans métaphore. Dans ce court moment, la nature témoigne d’une force impatiente pour voler vers l’objet aimé. Tous s’élèvent au-dessus d’eux-mêmes, tous mon-

tent vers la lumière, tous cherchent, sur l’aile du désir. Le feu du dedans se révèle aussi en charmantes couleurs. Chacun se pare, chacun veut plaire.

Le papillon, des grands yeux veloutés qui ornent ses ailes, a l’air de vous regarder. Les scarabées de tout genre, comme dés pierres mobiles, étonnent de leurs ardents reflets , de leur vivacité brûlante. Enfin du sein des ténèbres, elle-même, nue et sans voile, en étoiles scintillantes, éclate la flamme d’amour.

Il se fait en ce moment des transfigurations étranges, et des "masques les plus humbles sortent, en contrastes violents, telles personnalités superbes.

Une larve obscure des marais, inerte, ne vivant que par ruse, devient la brillante amazone, la svelte

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guerrière ailée qu’on appelle Demoiselle (libellula). C’est le seul être de ce genre qui exprime la complète liberté du vol, étant parmi les insectes ce qu’est l’hirondelle parmi les oiseaux. Qui ne l’a suivie des yeux, dans ses mille mouvements variés, dans ses tours, détours, retours,' dans les cercles infinis qu’elle fait, de ses ailes bleues, vertes, sur la prairie ou sur les eaux ? Vol capricieux en apparence : mais point du tout, c’est une chasse, une élé- . gante et rapide extermination de milliers d’insectes. Ce qui vous paraît Un jeu, c’est l’absorption avide dont ce brillant être de guerre alimente sa saison d’amour.

Ne croyez pas que ces richesses soient de purs dons des beaux climats, que ces brillants habits de bal qu’ils prennent pour aimer et mourir soient un simple regard du soleil, le tout-puissant décorateur, qui de ses rayons cuirait les émaux, les pierreries que nous admirons sur leurs ailes. Un autre soleil encore qui luit pour toute la terre, jusque dafis les frimas du pôle, l’amour, y fait bien davantage. Il exalte en eux la vie intérieure, évoque toutes leurs puissances, et, au jour donné, en fait jaillir la suprême fleur. Ces étincelantes couleurs, ce sont leurs énergies visibles qui deviennent parlantes, éloquentes. C’est l’orgueil d’une vie complète qui, ayant atteint son sommet, s’v étale et y

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