‹ L'insecteChapitre 19 sur 29 · ET SES ÉNERGIES CHIMIQUES, EOURPRE CANTHARIDE, ETC · texte numérisé non relu

ET SES ÉNERGIES CHIMIQUES, EOURPRE CANTHARIDE, ETC

Ai-je insisté trop là-dessus? Nullement, je sms ali fond, au plus profond de mon sujet.

La soie n’en est pas un aspect particulier, mais général. Presque tout insecte fait de la soie.

On s’est tenu jusqu’ici à une soie, celle du bombyx, même à celle d’une espèce de bombyx assez peu fécond. Espérons que la méritante Société d’acclimatation nous donnera le bombyx chinois qui vit sur le petit chêne, dont la soie forte, à bon marché, peut habiller les plus pauvres. Tous dès

180 LES INSTRUMENTS DE L’INSECTE lors pourront revêtir un habit chaud et léger, imperméable, solide; ajoutez beau, brillant, noble. Un tel changement serait, à mes yeux, l'ennoblissement général, la transfiguration du peuple.

Réaumur a dit' dès longtemps que nombre de chrysalides fourniraient une belle soie. L’araignée en donnerait une, aussi fine que résistante. Voir l’admirable voile de soie d’araignée que l’on conserve au Muséum.

Arachné, si délicate, au fil léger comme un nuage si fin, et pourtant si fort, qui sort de ses mamelons, Arachné est par excellence la tisseuse. Mais l’insecte, en général, est la fileuse, vouée à cet art féminin. J’allais dire : L’insecte est femme.

Chez nous, fémiifin veut dire faible; chez eux, c’est le synonyme de la force et de l’énergie. C’est, comme maternité surtout, pour défendre et nourrir l’enfant, pour approvisionner le berceau où il va rester seul et orphelin, c’est pour cela spécialement que l’insecte est un être de guerre, muni d’armes redoutables.

Pour les instruments qui percent , taillent , scient, etc., malgré tous nos progrès, l’insecte a peut-être encore aujourd’hui un peu d’avance sur l’homme. L’instinct de la maternité, le besoin d’ouvrir k l’enfant, à son futur orphelin, l’abri protecteur des corps les plus durs, lui a fait faire évident-

ment des efforts extraordinaires pour développer, affiner ses outils. Quelques-uns, assez bizarres, n’ont pas encore d’analogues chez Charrière nichez

Sjrlienry. * • \

Bien avant que Réaumur organisât le thermomètre, les fourmis, soignant leurs œufs délicats, hygrométriques, sensibles au froid, au soleil, divisaient leurs habitations en échelle de trente ou quarante étages, descendant oû remontant les petites créatures, juste au degré de chaleur, de sécheresse ou d’humidité, que la température du jour, ét dé l’heure du jour, leur rend nécessaire. Infaillible thermomètre sur lequel on peut se régler avec autant de certitude que sur celui des physiciens.

Dans ces comparaisons de l’industrie des insectes avec Ha nôtre, les différences qu’on remarque ne tiennent pas aux méthodes mômes, mais à la spécialité de leurs besoins, de leur situation. Ils varient leurs arts à propos. L’araignée, par exemple, qui, dans son filet de chasse chaque jour improvisé, mêle le collage au tissage pour alléger l’opération, suit un procédé différent dans son travail solennel ‘ ' des cocons durables, doux* chauds, qui doivent recevoir ses petits. Ce nid semblerait plutôt en partie tissu, en partie feutré, comme la plupart des nids d’oiseaux. ’ , ’

On sait que l’araignée aquatique nous n donné, le ■ . . • • ,:n

182 LES INSTRUMENTS DE L’INSECTE modèle des cloches à plongeur; mais on ne sait pas encore généralement qu’un ingénieux paysan de Normandie vient d’imiter parfaitement le procédé de la larve des syrphes, qui, par un appareil respiratoire extrêmement prolongé, reste en communication avee l’air pur et sain, alors même qu’elle travaille au fond des eaux les plus putrides.

Il semble qu’une pharmacie, une chimie, une parfuhierie tout entière, soit dans les insectes. Les sciences s’en sont-elles assez occupées? La vie puissante qui donne aux muscles de ces êtres si petits des forces extraordinaires, semble aussi douer leurs liquides de propriétés énergiques que n’ont pas les grands animaux, d’énergies brûlantes. Plusieurs ont, pour se défendre, des çaustiques qu’ils lancent au moment où vous approchez, ou comme des poudres fulminantes. Plusieurs, des venins qui coulent où est entré l’aiguillon. Quelques-uns ont, de surcroît, un art pour magnétiser, ou éthériser l’ennemi. D’autres, comme certaines fourmis qui travaillent dans les bois humides, assainissent leurs demeures

en les brûlant pour ainsi dire par la force de l’acide formique, ,

Le genre entier des cérambyx exhale une odeur de rose, forte, qui s’annonce au loin^. durable, qui reste après la mort. Même chez des carnassiers, même chez des mangeurs de fumier (coprophages),

on trouve des insectes parfumés, ou qui, du moins, s’ils sont en danger d’être pris, pour vous distraire ou comme pour demander grâce, jettent des odeurs , agréables. •

D’autres éclatent par des teintures admirables. Les rouges sombres de la cochenille du nopal ont fourni la pourpre des rois. - ’ Par un mélange, on obtient encore de la cochenille la couleur gaie par excellence, souriante, le carmin avec les teintes et nuances innombrables de la rose.

Un art souverain des insectes, c’est de porter par la piqûre et de concentrer sur un point les liquides qui courent dans la plante, dans l’être vivant. C’est l’art même de l’irritation. Les applications en sont innombrables en industrie, en médecine; teintures, peinturés, ornements variés, cent choses bizarres et jolies nous viennent de la piqûre des galles, des excroissances et gibbosités qu’ils font lever habilement. , ' . '

-, Une cochenille, en travail pour tirer par ce procédé, de végétaux exotiques, l’enveloppe de gomme solide où elle veut passer son sommeil, nous donne le rouge des rouges, Téçarlate de la laque, qui colorera les vernis, la cire, une foule d’objets.

En mal, en bien, les piqûres d’insectes sur la chair vivante sont de violents dérivatifs pour trou-

184 LES INSTRUMENTS DE L’INSECTE bler le cours de la vie, ou le rétablir. Rien de médiocre en eux. Quelques-uns, sans aiguillon, vous brûlent par leur âcteté intérieure.

Qui n’a vu dans une campagne poudreuse, devant la moisson altérée, la cantharide, en émail vert, croiser âprément le sentier d’un pas saccadé et fa-^ rouche î Brûlant élixir de vie, ou l’amour se change en poison : ce n’est guère impunément qu’on l’emploie en médecine. Cette pharmacie du moyen âge, dangereuse à l’homme, n’est pas innocente, ce semble, pour les animaux eux-mêmes. Une chatte, très-intelligente, mais d’une ardeur excentrique, que j’ai eue longtemps, entre autres caprices violents, faisait la chasse aux cantharides. L’àcreté du bel insecte semblait l’attirer, comme la flamme le papillon; C’était un enivrement. Mais quand, à travers les fleurs, elle avait saisi, broyé sa dangereuse victime, celle-ci semblait se venger. L’inflammable nature féline, piquée de cet aiguillon, éclatait en cris, en fureurs, en bonds étranges. Elle expiait cette orgie de feu par d’atroces douleurs.

Tout au contraire, un autre insecte, le ver du bambou, ou le malalis, si vous en ôtez la tété qui est un mortel poison, vous offre une crème exquise, dont l’effet doux et sopitif est, disent les Indiens du Brésil, d’endormir l’amoUr. Deux jours, deux nuits, la jeune fille qüi y a goûté, assoupie sous l’arbre en

fleur, n’en court pas moins en esprit la profondeur des forêts vierges, le mystère des fraîches rives qui , n’ont jamais vu le soleil ni le pas de l’homme, rien que le vol solitaire du grand papillon d’azur. Mais elle n’y est pas seule ; l’amour y étanche sa soif des fruits les plus délicieux.

Page 1