XXXVIII INTRODUCTION
ment captif de ce long enchantement. L’herbe s’en empare; l’arbre s’en empare; les animaux s’en emparent. Tout ce sable, auquel le roc aboutit toujours à la longue, devient perméable à l’activité d’un vaste monde souterrain.
Rien ne me faisait plus rêver, nul spectacle ne me ramenait plus fortement sur moi-même. Moi aussi, j’ai été longtemps, par je ne sais quelle pauvreté ou quelle lenteur, comme ce grès réfractaire, sur qui souvent rien ne mord, ou qui, s’ouvrant de travers, ne donne que des fragments informes, irréguliers èt de rebut. Il a fallu que l’Histoire,, de son pesant marteau de fer, me dégageât de moimême, me séparât de mes obstacles, me brisât et m’affranchit.
Sévère affranchissement. Pour quelques pierres que j’ai données au grand maçonnage d’avenir, que n'ai-je point perdu de moi-même? Parfois, frappé doublement du présent et du passé, je me sentis tomber en pièces; que dis-je? en poudre, en poussière; et je me vis par moments, comme je vois ce fond de carrière, tout de sable et de débris.
C’est pourtant de ces éléments que la Nature toute-puissante, par je né sais quelle sève cachée au fond du caillou, m’a fait un renouvellement. D’un peu d’herbe et de bruyère, reliant ce que
INTRODUCTION. .* XXXIX l’Histoire et lé monde avaient broyé, elle a dit avec un sourire : « Vous autres, vous êtes le temps. Je suis la Nature éternelle. » \
Donc, voici la rude carrière, hérisséé des débris des âges, qui verdoie, produit encore; se couvre de tant de feuilles qu’elle n’en eut jamais de telles
avant qu’on y mît le fer. « Sauvage végétation
d’hiver? noirs sapins? tristes bouleaux?... » Mais non pas qu’à cette tristesse ne se mêle l’aubépine en fleurs.
Ce que j’ai tant demandé, désiré, dans mes Ion-
gués années de silence, où j’étais comme un bloc aride et comme un homme de pierre, c’était la fluidité de la sève, sa vertu d’épanchement. Ma jeunesse, venue tard, veut répandre mon âme ajournée. Hier, je donnai t Oiseau, élan du cœur vers la lumière. Aujourd’hui, la même force me mène, au contraire, sous la terre, à m’embarquer avec vous dans la grande mer vivante des métamorphoses. Monde de mystères et de ténèbres. C’est pourtant celui où se trouvent les lueurs les plus pénétrantes sur les deux Chers trésors de l’âme : l’Immortalité et l’Amour.
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Fontainebleau, 8 septembre 1857