LOUER
mystérieux monologue, où toutes les aspirations, les tentations , les obscurités, les contradictions de l’âme humaine, se meuvent dans un cercle infranchissable compris entre ces deux termes : « Vanité des vanités, «tout est vanité, » et: « Grains Dieu et garde ses com- « mandements, car c’est là tout l’homme; »— cette ohservation si fine à la fois et si élevée des conditions de la vie sociale, et des secrets de la vie domestique; cette appréciation si exacte, et tout ensemble si spirituelle, des diversités de position, de sexe, de fortune, de caractère, de génie; tout cela ramené partout à la piété, où tous les chemins vont aboutir, et dont le nom alterne avec celui de la sagesse, comme le nom de la folie avec celui de l’impiété ; ce riche trésor de prudence pratique où le bon père de famille trouve à puiser sans fin, et qui cache dans son sein un trésor plus riche encore de lumière intérieure non moins inépuisable pour l'âme chrétienne — dans ce recueil de sentences détachées, où se réalise pleinement la pensée populaire, mais profonde, qui voit dans les Proverbes «la sagesse des na- « tions : » voilà pour la colonne des Écritures. Mettez
en regard, dans l’autre,
re, les trois siècles qui se sont écoulés entre la guerre de Troie et les poëtes qui l'ont chantée, les fondateurs des monarchies succédant aux demi-dieux , la vérité se dégageant lentement d’avec la fable, la poésie protégeant la naissance.de l’histoire, et toute la science des peuples se concentrant dans les
conceptions des Homère et des Hésiode, si belles, Je le
be 49
veux, mais si vaines, et qui n’ont pas seulement de place pour une philosophie, pour une morale, pour une économie domestique, pour ‘une administration sociale, pour une foi et une piété, dignes de leur nom!
Ésaïe, Daniel, Malachie, la prophétie avant, pendant et après la captivité, datent de 700 à 400 ans avant Jésus-Christ. Ésaïe, tout rempli de l'Esprit de Dieu pour décrire, dans son Évangile anticipé, ce Messie si incompréhensiblement mêlé de gloire et d’humihation ; et pour annoncer tour à tour la sainteté de ce Dieu saint : « Saint, saint, saint est l'Éternel. des armées ; » sa miséricorde toute gratuite: « C’est moi, c’est moi- « même qui efface vos iniquités pour l'amour de moi, et « Je ne me souviendrai plus de vos péchés ; » l’obéissance spirituelle qu’ilexige : « Qu'’ai-je à faire de la mul- « titude de vos sacrifices ?..,. Qui a requis cela de vos « mains, que vous fouliez mes parvis ?.… Cessez de faire « le mal, apprenez à faire le bien, faites justice à l'or- « phelin, défendez la cause de la veuve ; » son unité vivante et sa gloire jalouse : «Il n’y a point eu de Dieu «formé avant moi, et il n’y en aura point après mol... « C’est moi, c’est moi qui suisile Seigneur, et hors moi, «iln’y a point de Sauveur; Je ne donnerai pas ma gloire « àunautre ;» — Daniel, si fidèle à son Dieu, si soumis à sa loi, si touché des maux de son peuple, si sévère pour lui-même, si vigilant à prier, si ferme contre la persécution,en même temps que si sage pour conseiller les rois et sauver les royaumes; et Malachie, si pénétré de
l'honneur dù à Dieu : «Le Re : honore le père, et le « serviteur son seigneur : si donc je suis Père, où est « l'honneur qui m’appartient‘? » des devoirs de la sacrificature : « Les lèvres du sacrificateur gardaent Îa « science, et on recherchait la loi de sa bouche, parce « qu’il était le messager de l'Éternel des armées. Mais « VOUS vous êtes retirés de ce chemin-là, vous en avez « fait broncher plusieurs dans la loi, et vous avez cor- « rompu l'alliance de Lévi, a dit l'Éternel des armées” ;
des tendres obligations de l’union conjugale: « L’Eternel « est intervenu comme témoin entre toi et la femme de « ta jeunesse, contre laquelle tu as agi perfidement; et « toutefois elle est ta compagne et la femme qui t'a été « accordée *; » de la riche bénédiction promise à la fidélité : « Apportez toutes les dimes aux lieux ordonnés pour « les garder, et qu'il y ait provision dans ma maison; et « dès maintenant éprouvez-moi en ceci, a dit l'Éternel « des armées, si je ne vous ouvre les canaux des cieux, « et si Je ne répands en votre faveur la bénédiction, de « sorte que vous n’y pourrez point sufüre*; » de la grâce réservée à ceux qui se retirent vers Dieu : « Alors « CeUX qui craignent l'Éternel ont parlé l’un à l’autre, « et l'Éternel y a été attentif et l’a oui; et on a écrit «un livre de mémoires devant lu, pour ceux qui « craignent l'Éternel et qui pensent à son nom *: » voilà pour la colonne de l’Écriture. Mettez en regard, dans l’autre, Pythagore avec sa métempsycose, Démoerite
1 Mal L 6. —%11, 7,8. — 511,14. — [II 10. — 5 Mal. Ill, 16.
& dé
avec ses atomes, les sept sages, Thalès tirant le monde de l’eau, à laquelle le dispute le feu d’Anaximandre et l’éther d’Anaximène, le crépuscule de la philosophie sérieuse , Anaxagore s’élevant à une intelligence première et frayant la route à Socrate, qui doit la frayer à Platon et à Aristote. Voici enfin la science grecque, la philosophie grecque, Fhistoire grecque qui commence, en aftendant qu'elle aille réveiller Rome, qui dort encore, ou qui ne veille que pour les combats — oui, mais voici la prophétie de l’Écriture qui a fini, tant elle a de siècles d'avance sur tout ce qu’il y a de lumière dans le reste de la terre. On dirait que ne souffrant pas de rivalité, il-a fallu qu’elle se renfermât dans ce silence de quatre siècles, pour qu'il fût permis à la sagesse humaine de penser et de parler. O Ecriture de l’Ancien Testament, voix d'un petit peuple sans lettres et sans nom, dominant les plus grandes voix de la terre, quand tu ne parles pas toute seule dans le vide et dans le désert; mère ét nourrice, sans le savoir. de l’histoire, de la théologie, de la morale, de la jurisprudence, de la philosophie et de la poésie; source féconde des choses humaines, témoin unique des choses divines, attache vivante de la créature avec le Créateur, de la terre avec le ciel, et du temps avec l'éternité ; parole toujours égale à toi-même , depuis le commencement, et depuis le commencement du commencement — eh! quel autre a donc pu t'inspirer que le Dieu éternel, quand il était seul avec toi et que tu étais
= 16 seule avec lui, toi n'ayant pas d'autre maitre que lui, et lui n'ayant pas d'autre organe que toi ? Ce n'est pas l'Apôtre seulement, c'est la vérité prise sur le fait, e’est l'histoire universelle qui dit : « Toute l'Écriture est « divinement inspirée !»
J'ai comparé jusqu'ici l’Écriture avec les enseignegnements d'hommes à qui la lumière de la révélation n'était point parvenue; et, bien que je n’aie fait ce rapprochement que pour l'Ancien Testament, chacun sent qu'on pourrait, avec autant d'avantage pour-le moins, rapprocher le Nouveau Testament des compositions profanes contemporaines. Mais si je m'arrêtais ici, on dirait peut-être que la supériorité manifeste de l'Écriture sur les païens prouve la révélation de la doctrine plutôt que l'inspiration du livre. L’Apôtre ne fait point cette distinction de révélation et d'inspiration, dont il n’a pas besoin pour apprécier l'utilité de l'Écriture ; mais une certaine théologie contemporaine la fait, et en a grand besoin pour nier l'inspiration sans nier l'Évangile. Tenons compte de cette apparence même; et pour que la supériorité de l Écriture ne puisse être expliquée par la seule vérité de sa doctrine, comparons-la maintenant avec des livres écrits par des hommes en possession de cette doctrine, qu'ils avaient apprise de cette Écriture même. C’est ici que le rapprochement deviendra décisif en faveur de l’inspiraüon; 1l le deviendra même toujours plus à mesure que