‹ L'inspiration prouvée par ses œuvresChapitre 8 sur 10 · LÀ · texte numérisé non relu

LÀ

nous le ferons porter sur des temps et des éerivains qui nOUS SONt MIEUX CODNUS.

A côté milieu ment, qui nous ont été transmises par les Hébreux, Rome y 2 sjoutés, bien qu'ils soient rejetés par les Hébreux et qu'ils n'existent pas même dans leur langue; telsque Tolte, E Sapience, l'Ecelésastique, ete. Ces Evres ont été composés, entre Malichie et Jésus-Christ, par des Juifs versés dans là lecture de FAncien Tesisment et soumis à sa doetrime : ils offrent done les eonditions que nous cherchons, pour être rapprochés des Écritures, et leur mfériorité morale une fois constatée nesauraf s'expliquer. comme celle des auteurs païens, par l'ignorance des révélations divmes. Je dis leur mférioriié morale; car je veux m'en tenir à Fordre d'idées indiqué par mo texte, et n'ai pas l'intention de relever les erreurs lustoriques, dogmatiques ou autres, dent plusieurs livres apoervphes abondent.

Vous trouverez dans les Apoervphes de bonnes lecons, de pieux conseils, qui ont fat trouver une phkee, quoique une phce ordre, autrefos dans le eulte publie, et plus tard dans ka Bible protestante elle mème. Me vous y remarquerez en même temps une infériorité manifeste, constante, profonde, à Fézard de l'Ancien Testament, en ce qui concerne ces mmypresson surifuelles et salutaires que FApôtre attrrbue à s2 lecture, et que j ai développées dans une autre

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partie de ce discours. Pour rendre cette observation bien sensible, il faudrait suivre, page après page, la lecture des Apocryphes. Ici, il faut me borner à deux ou trois réflexions générales, faciles à vérifier par une lecture personnelle des Apocryphes; allons droit aux meilleurs : la Sapience et l’Ecclésiastique ; plus ils sont respectables, plus l'argument est fort.

Voici le point capital, d’où dépend tout le reste. Vous chercheriez en vain dans les Apocryphes ce que j'appelais tantôt dans les Écritures Dieu sur le premier plan. Eci, cette place première est occupée par l’homme: on y sent la manière de l’homme, le travail de l’homme, les mobiles de l’homme, et jusqu’à la convoitise de l’homme. La manière de l’homme : à ces sentences courtes, nerveuses, solennelles de l’Écriture, a succédé l’amplification, telle qu’on la trouve partout sous la plume de l’homme, une amplification oratoire, souvent verbeuse et traîinante‘. Le travail de l’homme : au lieu de cette originalité simple qui distingue les EÉcritures, les Apocryphes trahissent partout un effort d’imitation ; des sentiments de l'Écriture développés, paraphrasés, sans pensée n1 lumière nouvelle, voilà ce qu'on y rencontre à chaque pas’. Les mobiles de l’homme : tandis que la gloire et la volonté divine est seule cherchée dans l’Écriture, les Apocryphes se montrent préoccupés aussi, quand ce n’est pas préoccupés surtout, de la gloire et de la volonté humaine, pour-

i Ecclésiastique XVII, 1-13. — ? Ecclés. XXX, 1-13, avec Prov. XIII, 24.

suivie par une prudence charnelle‘, jusqu'à compromettre parfois la charité ou l'affection naturelle*. Je dis plus encore : la convoitise de l’homme. L'Écriture est toujours sainte et pure, alors même qu’elle manie les sujets qui le sont le moins : elle parle des péchés de la terre, comme on en parle dans le ciel, naturellement, avec horreur, sans mélange d’aucun attrait. Il n’en est pas de même des Apocryphes. Ils s’arrêtent plus d’une fois, avec une complaisance secrète, sur ce qui remue les sens et la chair; plus d’un trait dans leurs pages blesse la délicatesse, la pudeur; on comprend que je répugne à citer ici des exemples. Non, non, nul lecteur attentif des Apocryphes ne pourra dire ce que Pierre a dit des prophètes, que « leur parole n’a « point été apportée par la volonté humaine ; » la part de la volonté humaine y est grande, et celle de la sainteté divine y perd en proportion! Lisez-les une fois ou deux, vous en aurez assez : leur utilité n’est ni si profonde, ni si inépuisable, que vous éprouviez le besoin d'y revenir toujours.

Des remarques analogues peuvent être faites sur les Pères de l'Église, comparés avec les éerits du Nouveau Testament. Mais ici, ces remarques, j'ai plus de raison encore pour ne pas les étendre, la grande majorité de mes auditeurs n’ayant pas le moyen de les vérifier par eux-mêmes; quelques indications me suffiront. Au reste, pour en borner le champ, en même temps que

1 Ecclés, XXX, 17; XXXIH, 20; XXX VII 12, ete. — ? XXXVIN, 16-24. À

pour rendre le rapprochement plus sensible, restreignons-nous à ceux des Pères qui ont connu personnellement quelqu'un des apôtres, et qu’on a honorés pour ce motif du nom de Pères apostoliques. Des écrits composés par ces Pères pendant que les apôtres composaient les leurs, l n’en est point parvenu jusqu'à nous : cela même marque la différence que l’Église primitive a faite entre les uns et les autres; mais 1] nous reste quelques lettres, malheureusement rares, courtes, mutilées, écrites après la mort des apôtres, par Clément -de Rome, compagnon de saint Paul, et par Ignace et Polycarpe, disciples de saint Jean. Voici donc des hommes croyants, d’une piété exemplaire, fidèles jusqu’au martyre, plus apostoliques encore d'esprit que de position, et qui, placés auprès de la source pure de l'Évangile, les premiers après les disciples immédiats de Jésus-Christ, réunissent toutes les conditions intérieures etextérieures pour parler aussi utilement que les apôtres, si l’on peut y attendre par la foi, la piété, les lumières chrétiennes, sans le secours spécial que mon texte désigne sous le nom d’inspiration. L’ont-ils fait ?

Non, ils ne l’ont pas fait; aucun d'eux ne l'a fait; non plus qu'aucun des Pères et des écrivains qui les ont suivis ne l’a fait. Des Pères apostoliques aux apôtres, la distance est moindre que de l’Ecclésrastique ou de la Sapience aux Proverbes ou aux prophètes; mais elle est grande encore : je ne crains pas d’être démenti sur ce point par quiconque aura fait sans parti

M GE — pris le rapprochement que je propose. On respire, sans contredit, dans ces pages de la primitive antiquité, un parfum délicieux de foi simple, naïve, dévouée, dont la torture et le martyre ont assez éprouvé la force et la sincérité. Mais ne leur demandez ni cette fermeté de la conception, ni cette largeur des principes, ni cette richesse des pensées, ni cette plénitude concise du langage, mi cette précision du dogme, ni cette étendue des vues, ni cette solidité des raisons, ni cet équilibre de la doctrine, ni cette sûreté de la morale, ni cette sobriété des sentiments, qui caractérisent les écrits des apôtres, et qui égalent, par exemple, la première moitié de l’épitre aux Éphésiens aux derniers discours de Jésus-Christ dans saint Jean, et la seconde au sermon de là montagne dans saint Matthieu. La lettre de Clément aux chrétiens de Corinthe, et celle de Polycarpe à ceux de Philippes, la première écrite pour rappeler les Corinthiens à l’harmonie fraternelle, la seconde pour presser les obligations de la sainteté chrétienne sans application spéciale, sont animées l’une et l’autre de l’esprit de saint Paul, leur modèle avoué; mais ni l’une ni l'autre n’ont rien de sa manière. Au lieu d’en appeler à saint Paul, comme saint Paul en appelle à Moise ou à David, pour pénétrer dans leur parole plus avant qu'ils n’ont fait eux-mêmes, et la présenter sous des aspects tout nouveaux, Clément et Polycarpe en appellent à l’Apôtre, comme nous le faisons tous les Jours, tantôt pour reproduire textuellement ce qu'il à

écrit, tantôt pour le développer et l’adapter aux circonstances, mais sans y rien ajouter de leur propre fonds. Des citations bien appropriées, des amplifications édifiantes, des applications instructives, voilà ce que nous offrent ces monuments de la foi primitive : mais des révélations, des lumières nouvelles, je dirai presque des pensées propres et personnelles, nous n’y en découvrons point. Aussi l’un et l’autre de ces deux Pères s'appuient sur saint Paul, comme saint Paul ne s’est jamais appuyé sur aucun homme ; témoin ces modestes paroles de Polycarpe : « Je vous rappelle nos obligations saintes, non dans la vue de m’arroger quelque autorité sur Vous, mais parce que vous m'y avez Invité les premiers. Car ni moi, n1 aucun homme, nous ne pouvons attemdre à la sagesse du bienheureux Paul, ce glorieux apôtre qui, pendant qu'il était dans notre ville et au milieu de ceux qui vivaient alors, y a préché avec un zèle infatigable là Parole de vérité; et qui depuis, éloigné de vous, vous a écrit une lettre où vous pouvez puiser encore tout ce qui vous est nécessaire pour avancer dans la foi que vous avez reçue. »

Ignace s’aventure un peu plus que les deux autres, mais à quel prix! Aux citations et aux amplifications qu’il fait de l’Écriture, il ajoute parfois des sentiments

et des pensées qui lui appartiennent en propre; mais

il ne s’écarte de son modèle que pour s’égarer. Sa

piété, toute sincère et toute vive qu’elle est, manque

de cette mesure, de cette sobriété, qui distingue celle ? O

CP : ro © Pom

des apôtres. Chez lui se découvrent déjà, cachées encore dans leur germe, plusieurs des erreurs qui devaient se faire jour plus tard, au grand préjudice de PÉglise. La plus belle de ses épiîtres est sans contredit celle qu’il adressa aux Romains, pour les détourner du dessem qu’ils avaient formé de le soustraire, s'ils le pouvaient, au martyre; elle est brülante de foi, de charité, de piété, de vraie éloquence : « Je crains que vous n’ayez pour moi une compassion trop tendre. Si vous m'aimez d’une affection véritable, vous me laisserez allez jouir de mon Dieu. Je n'aurai jamais une occasion aussi favorable que celle qui se présente de me réunir à lui... Vous ne portätes jamais envie à personne; ne m'enviez pas ma félicité ! Ne vous occupez que du som de m'obtenir, par vos prières, le courage dont j'ai besoin pour résister aux attaques du dedans et repousser celles du dehors; afin que l’on ne me nomme pas seulement chrétien, mais que je sois trouvé tel... C’est aujourd’hui que je commence à être disciple du Seigneur. Tout ce qu'il y a de créé dans le monde visible m'est indifférent; mon unique désir est de posséder mon Sauveur. Que je sois consumé par le feu, que Je meure de la mort lente et cruelle de la croix; que Je sois mis en pièces par les tigres et les lions affamés; que mes os soient dispersés, mes membres meurtris, mon corps broyé; que les démons épuisent sur moi leur rage, Je souffrirai tout avec joie, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ. Eh! que me servirait-il de posséder

toutes les grandeurs et tous les biens de la terre? Il m’est plus glorieux de mourir pour mon Dieu que de régner sur tout le monde. Cest celui qui est mort pour moi que je cherche; c’est celui qui est ressuscité pour moi que je veux. » Mais pourquoi rechercher les tortures et le martyre? pourquoi refuser d’y être soustrait, s’il le pouvait sans infidélité? La simplicité chrétienne, l'intérêt même de l’Église conseillaient une autre vole : celle que Jésus-Christ avait ouverte par ses leçons et par ses exemples, et dans laquelle saint Paul le suivait en écrivant ces belles paroles : « Mon « désir tend à déloger et à être avec Christ, ce qui m'est « beaucoup meilleur; mais 1l est plus nécessaire pour « vous que je demeure en la chair. Et je sais cela « comme tout assuré que Je demeurerai, et que je con- « tinuerai d’être avec vous tous pour votre avancement « et pour la joie de votre foi; afin que vous ayez en « moi un sujet de vous glorifier de plus en plus en « Jésus-Christ par mon retour au milieu de vous”. » À cette simplicité divine d’obéissance se substitue déjà chez Ignace cet enthousiasme humain, qui appelle le martyre, et qui a été préjudiciable à l'Église, soit en la privant avant le temps de beaucoup de ses plus fermes appuis, soit aussi en faussant les notions de la sainteté chrétienne. Je ne m'arrête pas sur l’éerit qui porte le nom d’Hermas, parce que l’origine en est trop peu certaine. Autrement, à le croire du compagnon de saint

1 Phil. 1, 23-26.

Paul*, J'aurais à y relever une déviation bien plus marquée de la manière apostolique, dans un abus perpétuel de l’allégorie, aussi contraire à la clarté qu’au bon goût, et dont les apôtres se montrent exempts, jusque dans leurs interprétations les plus spirituelles. En deux mots, les auteurs les plus rapprochés du Nouveau Testament sont ceux au-dessus desquels il s’élève le plus haut; et l’on ne saurait passer des apôtres aux Pères sans se sentir tombé du domame de la sainteté et de la vérité divines, dans celui de la falhbilité et de

si

Pinfirmité humaines, rendues plus sensibl

s ici par la foi et la piété à laquelle elles sont unies.

Voilà pour la supériorité morale de l’Écriture, soit de l'Ancien, soit du Nouveau Testament, sur les auteurs contemporains qui ent connu la révélation divine ; elle est décisive, incontestable; et ne pouvant s’expliquer par la différence des lumières, elle ne peut s’expliquer que par celle que l’Apôtre indique dans mon texte : un secours spécial, surnaturel, qu’il appelle une « inspiration divine. » Mais que sera-ce, et comment pourra-t-on douter de ce secours spécial et surnaturel, si Je puis ajouter que rien d’égal, rien de comparable aux Écritures, pour l’utilité, n’a été écrit durant les dixhuit siècles qui se sont écoulés depuis la mort du dernier de leurs auteurs ? On pourrait supposer que chez les écrivains apocryphes de l’Ancien Testament, que même chez les Pères apostoliques, l'avantage d’être si

1 Rom. XVI, 14.

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