LES M LIBATIONS
loi
périence de Franklin. Mettez en communication deux chambres inégalement chaudes; deux courants s'établiront : un courant inférieur, allant de la chambre froide à la chambre chaude, un courant supérieur allant de la chambre chaude à la chambre froide. La loi des courants aériens n’est pas autre chose. Prenons en effet la terre entière pour le théâtre du phénomène; comme elle est constamment échauffée sous les tropiques et refroidie aux pôles, il en résulte deux grands courants atmosphériques permanents, l’un d’air chaud, dirigé de l’équateur vers le pôle et occupant les hautes régions de l'atmosphère, l’autre d'air froid et occupant les régions inférieures, à cause de sa plus grande densité. Toutefois, ces deux courants ne vont pas du nord au sud et du sud au nord en droite ligne. En vertu du mouvement de rotation que la terre exécute d’occident en orient, le premier incline de plus en plus à l’est; le second, au contraire, s’infléchit d'autant plus vers l’ouest qu’il se rapproche davantage de l’équateur. Par une conséquence de cette loi fondamentale, si le sol s'échauffe sur un point donné, l’air qui est en contact avec lui se dilate et s’élève, puis s’écoule vers les régions plus froides. Enfin, de semblables différences de température et par conséquent de densité se produisant dans les eaux de la mer, il en résulte ainsi des courants marins, obéissant à la même loi.
l’instinct et le milieu.
Ces phénomènes peuvent-ils n’èlre pour rien dans les migrations des animaux ? Cherchons-le. On sait que ces migrations sont de plusieurs espèces, et que, pour ces actes admirables, comme pour toutes les fonctions physiologiques, la nature nous olfre une série d'insensibles gradations. Bien des fois on a remarqué, dans les hauteurs de l'air ou dans les profondeurs de l’Océan, des milliers, soit d'infusoires, soit de papillons, soit d'autres animalcules, que les courants promènent çà et là et qui s’en vont porter avec eux la vie dans cent régions différentes (1). Ici, c'est le seul mécanisme physique qui continue son action, et l'instinct de l'animal n’est pour rien dans ces déplacements accidentels. Mais faites que l’animal soit doué d'une sensibilité assez délicate pour que des changements de température (que souvent nous connaissons à peine en en constatant les effets dans nos instruments de précision) lui fassent éprouver des impressions vives et soudaines , vous le verrez , baromètre ailé, suivre comme des routes tracées dans l'air, et il nous annoncera , par la nature de ses mouvements, les phénomènes qui se préparent ou qui déjà s’accomplissent hors de la portée de nos sens et de nos moyens d'investigation.
Que ces phénomènes soient persistants, l'animal
(1) A. de Humboldt, Cosmos, I, j>. 365.
uns MIGRATIONS.
sera chassé par la rigueur du climat ; il s’en ira peu à peu du nord au sud, restant quelque temps dans une région, descendant au fur et à mesure que le froid le chasse et que la chaleur pressentie l'attire. C’est là ce qu’on appelle les migrations erratiques (I).
Arrivons maintenant au dernier mode de migrations, à celles, par exemple, qu’accomplissent chaque année les oiseaux d’un vol puissant qui vont d’un continent dans un autre. Assurément, nous ne pouvons présenter ici que des hypothèses, mais il en est une qui s’offre d'elle-même : c’est que les oiseaux doués d’une sensibilité si exquise , pénétrés jusque dans les cavités des os par l’air qu’ils respirent, et guidés par des sensations de nous inconnues, pressentent les variations atmosphéri-
(1) Elles se produisent aussi chez les poissons : « Depuis l’équateur jusqu’aux parallèles du 48° de latitude boréale et australe, » dit M. de Ilumboldt, « la température moyenne de la surface des mers est un peu supérieure à celle de l’atmosphferc. Mais la température décroissant à partir de la surface, ?i mesure que la profondeur augmente , les poissons et les autres habitants de la mer qui aiment les eaux profondes ( peut-être à cause de leur respiration branchiale et cutanée) peuvent trouver, jusque sous les tropiques , les basses températures et les frais climats des eaux tempérées ou même des régions froides. Cette circonstance influe puissamment sur les migrations et sur la distribution géographique d’un grand nombre d’animaux marins » {Cosmos, I, 305).
l’instinct et le milieu.
ques et ont comme line route tracée dans les airs, grâce aux courants qui s’y produisent. « Ces routes mobiles, » comme dit ingénieusement M. Flourens, « sont les climats prolongés des espèces qui les parcourent. » Tout à l'heure les physiciens nous disaient qu’il y a deux grands courants permanents dans l’atmosphère, l'un venant du sud et allant dans la direction du nord-est, l’autre venant du nord et allant dans la direction du sud-ouest. Or, interrogeons maintenant les naturalistes ; ils nous diront que dans notre continent les oiseaux gagnent le sud-ouest en automne et le nord-est au printemps. N’y a-t-il pas là une coïncidence frappante, et ne peut-on pas affirmer qu’elle doit avoir une grande part dans ce phénomène si curieux des migrations ?
Ce qui tendrait à le prouver, c’est que bien des perturbations atmosphériques peuvent , dit-on , faire dévier les voyageurs, et que le cours des rivières ou la direction des montagnes, en changeant les conditions atmosphériques elles-mêmes, peuvent aussi modifier leur route primitive.
Cette explication a déjà été donnée et beaucoup d’autres avec elle ; car on est naturellement tenté d’en chercher une dans les circonstances où l’animal se trouve placé à l'époque des migrations. Or, ces circonstances varient avec l’organisation et les besoins des différentes espèces. Les uns sont obli-