‹ L'instinct (volume 2)Chapitre 4 sur 72 · OU COMMENCE I.’ INSTINCT · texte numérisé non relu

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qui le préparent dans la nature. Parmi tous ces mouvements qui s’accomplissent dans l'univers, et qui tous invariables et uniformes concourent avec tant de perfection à la réalisation aveugle de ce qu’exigent l’harmonie et l'ordre du monde, quels sont ceux qu'on peut qualifier d'instinctifs? en un mot, où commence l'instinct?

L’instinct est un mouvement spontané. Mais ce mot lui-même est très-vague et pris dans un grand nombre de sens. Pour nous, nous comprenons que l'être (pii agit spontanément se meut par luimême, non qu'il se soit résolu par lui-même, sachant et voulant ce qu’il allait faire; mais son mouvement n’est point la transformation ou la continuation pure et simple d’un mouvement antérieur. L'être qui agit par instinct subit une impulsion et il y cède, mais cette impulsion n’est pas mécanique, comme celles que vous communiquez à un corps que vous poussez; car dans ce dernier cas, le corps n'est mû que par un mouvement qui se continue en lui, pour ainsi dire, après avoir commencé ailleurs.

La nature physique, comme la science contemporaine nous le démontre , n'est que l’ensemble des mouvements qui, sous des formes variées, dues à la diversité des sens qu’ils affectent, se retrouvent toujours sans déperdition jusque dans leurs moindres éléments. Voici d'abord une certaine quantité

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de chaleur, puis voici une certaine quantité de mouvement. Mais ce mouvement c’est, dans toute la rigueur du mot, cette chaleur elle-même. Telle quantité de mouvement absorbe telle quantité de chaleur, et quand la chaleur a disparu, elle a donné son équivalent dans le mouvement qu’elle a produit. Réciproquement, telle quantité déterminée de mouvement produira tel degré fixe de chaleur; et si la chaleur et le mouvement se transforment ainsi l’un dans l’autre , c’est que la chaleur n’est elle-même qu’un mouvement des particules qui composent les corps.

Cette circulation indéfinie dans laquelle le mouvement, la chaleur, l’électricité s’engendrent mutuellement et se remplacent sans qu’il y ait jamais perte ou excédant d’aucune part, n’admet dans la nature physique aucune initiative; tout se continue et se transforme dans son sein : à proprement parler, rien ne commence. On ne saurait donc y chercher l’apparition première de l’instinct. L’amour et la haine qui, suivant les premières cosmogonies de la Grèce, régnaient en souverains dans l’univers, n’étaient, sans doute, que l’expression poétique des attractions et des répulsions naturelles. Les philosophies antiques néanmoins et les savants même de la Renaissance n’étaient pas éloignés d’attribuer aux choses de la nature des sympathies et des antipathies; essayer de prévenir et de conju-

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rer ces dernières, telle était, dans ce qu'elle prétendait avoir de scientifique, la magie des philosophes alexandrins et aussi l'astrologie de quelques grands hommes du seizième siècle. Mais ces prétendus instincts de la matière ont depuis longtemps rejoint l'horreur du vide et la vertu dormitive. Tous les mouvements de l’univers, décomposés en éléments qu’on retrouve sous toutes les formes, sous tous les aspects des phénomènes , marquant avec précision la parfaite équivalence des forces qu’ils mettent successivement en jeu , ces mouvements ne permettent point que rien de spontané vienne altérer l’unité ou rompre la continuité du monde physique.

Il est bien entendu qu’ici nous ns cherchons pas si l’univers, considéré dans son ensemble, a une origine et quelle est cette origine. En passant à un autre ordre d’idées, nous ne cherchons pas davantage quel est le principe de l'être organisé; nous nous demandons seulement quelle est la nature des phénomènes qui constituent la vie de l'être organisé. Or, quelle que soit la puissance qui donne le premier branle à ces phénomènes et qui , par une première impulsion, les dirige vers un but marqué , leur imposant d’avance un point d’arrêt déterminé, si nous les considérons en eux-mêmes, nous trouvons encore qu’ils s’engendrent les uns les autres. Il n’est même plus permis de douter

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qu’en dernière analyse, iis ne puissent être réduits à ces phénomènes physiques et chimiques dont nous venons de parler. Cela ne tranche évidemment pas la question de savoir s’il y a ou s’il n’y a pas une force spéciale, invisible foyer des attractions organiques, qui communique le mouvement à la machine; mais les effets de cette cause hypothétique sont seuls visibles pour nous. Or, à peine apercevons-nous quelque chose de matériel, que ce premier composé détermine immédiatement sous nos yeux un composé nouveau, lequel en produit un autre, et ainsi de suite. Ici, encore, il n’y a point place pour l’instinct.

Bien des esprits poétiques, et il en est parmi les savants eux-mêmes, se résignent difficilement à croire qu’il n’existe pas dans les plantes. L’art et la poésie n’étant en définitive, suivant l’expression de Bacon, que l'homme ajouté à la nature, on ne pouvait manquer d ajouter nos sentiments ou, tout au moins, quelques-unes de nos sensations à ces êtres qui , sous une forme gracieuse , bizarre ou majestueuse, épurent et concentrent pour nous les couleurs et les parfums épars dans la nature inorganique. D’ailleurs, les phénomènes inhérents à la vie, et qui, sentis par l’animal, sont connus et souvent dirigés ou contrariés par l'homme, s’accomplissent déjà dans la plante. La plante se nourrit, elle respire et se reproduit. Nous avons donc

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eu, par une suile d'expressions métaphoriques, nonseulement la sensibilité des plantes, mais les amitiés, les amours des plantes, et jusqu'à la pudeur de quelques-unes. Les savants eux-mémes crurent jadis à des sensations, à des mouvements instinctifs qui auraient constitué dans les végétaux, outre les fonctions de la vie nutritive, une sorte de vie de relation analogue à la vie de relation des animaux (1).

Mais il est inutile de dire que depuis les découvertes fameuses qui ont expliqué par l’endosmose un grand nombre des phénomènes de la vie végétative, la botanique tend de plus en plus à ramener à des causes du même ordre tous les mouvements que la plante exécute. Aucun botaniste ne reconnaîtrait donc aujourd'hui d’instinct, pourvu que le mot fût expliqué, dans les mouvements d’une plante qui se dirige vers la lumière ou se contracte en divers sens, sous l'action des agents atmosphériques. Il est des (leurs, par exemple, qui s’ouvrent, et se ferment alternativement. Les expé-

(t) « L’influence de la physiologie animale sur la physiologie végétale, » dit M. Duchartrc, u a été puissante, surtout dans les premiers temps de la science. Elle a donné cours aux idées d’analogie entre les deux règnes d’êtres vivants, idées qui n’ont peut-être pas beaucoup servi aux progrès de la botanique, mais qui , dans tous les cas , ont entravé sa marche en plus d’une circonstance. » ( Dictionnaire de d’Orbigny.)

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riences de Dutrochet ont prouvé que « l’innervation de la corolle en dehors s’effectue sous l’influence de l’absorption de l'oxygène de l’air par les fibres internes de ses nervures , tandis que l’incurvation au dehors , celle qui ouvre la fleur, est due à la déplétion du tissu cellulaire de la corolle qui se gonfle de l’humidité atmosphérique. » Voilà ce que l’histoire naturelle enseigne aujourd’hui : la plante n'est en résumé qu’un petit laboratoire où s’opèrent avec une délicatesse infinie des réactions physiques ou chimiques : aucun de ses mouvements n’est spontané.

Parmi les animaux inférieurs, il en est dont la plupart des fonctions s’exécutent comme celles de la plante : plongés au milieu de la matière qui les nourrit, ils l'absorbent comme les racines de la plante absorbent les sucs de la terre, et l’air que nous respirons par des organes spéciaux les pénètre par toute la surface de leur corps. Enfin une partie de leur organisme se détache d’eux , et voilà un autre individu tout formé : tel est leur seul mode de reproduction. Ce sont là, d’ailleurs, des phénomènes qui persistent encore , dans une certaine mesure, chez les animaux supérieurs, comme tous les mouvements de la vie végétative y persistent ; car si nous décomposons les fonctions de plus en plus compliquées qui s’accomplissent en eux, nous trouverons toujours, soit au point de départ

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